The Afghan Whigs – Do To The Beast

“If they’ve seen it all/Show’em something new”, proclame Greg Dulli d’un ton rageur en ouverture de ce premier LP de The Afghan Whigs depuis 1998. Plus facile à dire qu’à faire car, au fond, quelle différence entre ce retour aux affaires collectives et les œuvres accumulées par Greg Dulli depuis le split de 2001 au sein de The Twilight Singers ou The Gutter Twins ? Après tout, le seul maillon qui rattache encore Dulli à ses années de gloire, celles où il inventa la recette d’une fusion si particulière entre la sauvagerie rock et le bouillonnement sensuel de la soul, reste son vieux compère bassiste et cofondateur du groupe John Curley puisque Do To The Beast a été enregistré sans l’aide du guitariste Rick McCollum, visiblement pas aussi avancé que ses camarades sur le chemin qui conduit au terme des fameuses douze étapes de la guérison. Comme pour mieux liquider d’emblée les inévitables tentations de comparaison avec son propre passé et prouver au passage qu’il n’a rien perdu de sa fougue d’antan, le rockeur quasi quinquagénaire commence par rouler des mécaniques, enchaînant coup sur coup deux des titres les plus résolument bruitistes de son répertoire – Parked Outside et son riff plombé puis Matamoros traversé par une ligne de basse métallico-discoïde digne de Rage Against The Machine. Une fois liquidée cette brève parenthèse régressive, certes pas ridicule mais aux accents quelque peu jeunistes, il consent à passer aux choses sérieuses, justifiant de la plus belle des façons la conception longtemps différée du successeur de 1965 (1998). Nichées au cœur de l’album, Algiers, Lost In The Woods et Can Rova apparaissent ainsi, après l’entrée en matière fracassante, comme autant d’oasis musicales apaisantes où Greg Dulli consent enfin à révéler des trésors de nuance et de subtilité inédits. C’est en effet lorsque le climat sonore se fait plus contrasté que l’ancien guerrier prend le risque de s’aventurer dans un registre vocal étonnamment délicat où les notes se brisent parfois sur les hauteurs des émotions les plus aigües. Dans ces instants d’une beauté rare, The Afghan Whigs remporte donc son pari le plus audacieux, celui de faire fructifier sans le dénaturer son propre héritage.

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