Destroyer – Poison Season

Maître du pas de côté stylistique, Dan Bejar nourrit depuis vingt ans une discographie à la fois passionnante et inégale, toujours placée sous le signe de l’exigence et d’une ambition assumée. Oscillant entre Bowie ou Dylan pour le côté fougueux et Prefab Sprout ou The Blue Nile pour le côté soyeux, le Canadien creuse son obsession pour les années 70 et 80 en catapultant selon son bon plaisir le glam, le folk et le rock avec une indéniable maestria.

Kaputt (2011), son précédent long format tout en rondeurs mélodiques, saxophone aérien et chœurs féminins fondants, fait désormais partie de ces disques atemporels vers lesquels on revient toujours. C’est d’ailleurs ce qui frappe le plus chez Destroyer, ce côté touche-à-tout difficilement traçable si ce n’est par cette voix nasillarde tour à tour piquante et émouvante, doublée d’un modus operandi qui ne se soucie guère des courants dominants de la pop contemporaine. D’où peut-être cet insuccès chronique qui n’est pas sans rappeler celui de Lawrence Hayward (Felt, Denim, Go-Kart Mozart).

Enregistré avec un ensemble orchestral, Poison Season tranche avec la mouvance psyché indie du moment (Tame Impala, Unknown Mortal Orchestra) pour s’intéresser davantage à une forme de cabaret glam pop où remontent les réminiscences de comédies musicales d’un autre temps. Rugueux, sensuel et d’une extrême subtilité, ce disque brille de mille feux sans être jamais tape-à-l’œil. Face à une luxuriance d’arrangements qui évoque parfois les folies de Kate Bush, Dan Bejar sait aussi se faire discret en adoptant le ton de la confession.

Pour preuve, le smooth jazz sensuel d’Archer On The Beach ou l’extraordinaire Forces From Above, avec un chant tout en murmures qui flotte sur un tapis de percussions et de violons joués en staccato, histoire de mieux exploser sur un final où les cuivres se déchaînent. Plus rythmés et offensifs, Dream Lover et Midnight Meet The Rain suivent les sentiers épineux de Diamond Dogs (1974) de Bowie sans avoir jamais à souffrir d’une telle comparaison. D’une richesse qui déboussole, Poison Season prône autant la fuite en avant que l’exil intérieur, la clarté mélodique que la dissonance. Et son auteur, plus inspiré que jamais, arbore tous les stigmates de celui qui a passé une saison en enfer.

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