Deux ans après "Red Mile", le retour de Crack Cloud est l’un des plus étonnants de 2026. Non pas parce qu’on ne s’attendait pas à revoir la formation post-punk, mais parce que "Peace And Purpose", enregistré dans un sous-sol avec des moyens et un matériel réduits au strict minimum, sonne aux antipodes de l’orchestration maximaliste à laquelle les Canadiens nous avaient habitués. Rencontre avec Zach Choy, leader du groupe, pour évoquer un processus créatif volontairement auto-limité et un monde aux allures de gigantesque abattoir.
Il y a quelques semaines, quand j’ai écouté pour la première fois le dernier disque d’Ulrika Spacek avant qu’il ne sorte, Rhys m’a envoyé un message pour me dire que cet album était un peu étrange, qu’il rompait un peu avec ce que le groupe avait fait auparavant. Et je dois dire que je ressens un peu la même chose avec Peace and Purpose. Si on se réfère aux standards habituels de Crack Cloud, j’ai l’impression que c’est un disque assez étrange. Comment aimerais-tu que votre public réagisse à cet album ? Est-ce que tu le vois un peu comme un test pour eux ?
Zach Choy (chant / batterie) : Honnêtement, je n’ai aucune attente. Quand nous faisions ce disque, je ne pensais à rien d’extérieur à la pièce où nous étions. Donc je n’ai aucune prescription pour la manière dont les gens devraient le recevoir.
Parce que pour moi, ça ressemble un peu à un point d’équilibre parfait entre les débuts de Crack Cloud, très lo-fi, et ensuite il y a eu ce qu’on a entendu avec Tough Baby et Red Mile. Ce nouveau disque garde un peu ce côté lo-fi, mais ce n’est pas simplement du post-punk oblique avec des guitares. C’est vraiment un mélange de beaucoup de choses. Est-ce que tu le vois comme un maillon manquant entre les débuts de Crack Cloud et ce que vous faites depuis quelques années ?
Zach : Oui, d’une certaine manière. Tout a été enregistré dans un sous-sol avec un équipement assez pourri. Dans ce sens, c’est un vrai retour aux sources. On sortait d’une période où nous avions travaillé avec des ressources illimitées pour Red Mile, et nous n’avions pas vraiment l’intention de faire un autre album. Il y avait simplement une urgence émotionnelle à faire quelque chose, et nous avons utilisé ce qui était à notre disposition, littéralement dans notre propre arrière-cour, sans chercher d’autres ressources. Je pense que c’est pour cela que le disque peut sembler proche des anciens travaux : il a été réalisé dans le même esprit. Mais sur le plan de la composition, il y a probablement plus d’expérience aujourd’hui. Nous avons appris à mieux nous exprimer et à développer davantage le récit.
Justement, à propos du matériel… J’ai aussi l’impression que ce disque est une sorte de déclaration. Aujourd’hui, beaucoup d’artistes cherchent toujours à enregistrer avec le meilleur équipement possible, dans les plus grands studios. Et vous l’avez fait aussi auparavant : vos disques devenaient presque orchestraux. Mais là, si j’ai bien compris, vous avez utilisé seulement un micro SM57 pour enregistrer. Du coup, on pourrait presque y voir une sorte de geste contre l’industrie musicale.
Zach : Oui… peut-être. Ça fait dix ans maintenant, et c’est incroyable de se dire que nous avons eu toutes ces opportunités : travailler avec des orchestres, faire toutes ces expériences. Alors peut-être qu’il y avait effectivement un défi implicite dans l’écriture de Peace and Purpose. On voulait voir ce que nous étions sans tout cela. Si on enlève toutes ces couches, toute la bureaucratie, à quoi ressemble notre musique ? Comme se regarder dans un miroir sans maquillage, sans correcteur.
Est-ce qu’on pourrait presque dire que c’est un disque “écologique” ? Dans le sens où vous n’avez rien acheté de nouveau et où vous avez simplement travaillé avec ce que vous aviez dans votre sous-sol.
Zach : Oui, c’est une manière amusante de le formuler. Je n’y avais jamais vraiment pensé comme ça, mais tu as raison : c’est un disque fait de matériaux recyclés.
Justement, beaucoup de gens m’ont demandé : comment on enregistre un album avec un seul micro ?
Zach : Il y avait quand même du multipiste. Ce n’était pas simplement le groupe dans une pièce avec un seul micro. On enregistrait des bases avec ce micro, puis on l’utilisait pour tout le reste. Mais on superposait les pistes, on coupait, on manipulait les sons, on ré-amplifiait à travers des enceintes bricolées. Il y a donc une certaine rugosité, une certaine abrasion dans le son du disque, et cela vient en partie de l’utilisation de ce seul microphone.
Et se limiter à l’équipement qu’on possède peut aussi rendre plus créatif.
Zach : Absolument. Je pense que c’est une leçon que nous avons peut-être apprise inconsciemment au fil des années : parfois, moins c’est plus. Quand on n’est pas submergé par une infinité de possibilités, il est plus facile de se concentrer sur une idée, sur une intuition. On se rapproche de l’essence même des choses.
Le communiqué de presse dit aussi que vous vouliez renouer avec certains principes DIY que vous aviez peut-être oubliés. Lesquels ?
Zach : Je pense que c’était surtout une manière de simplifier, de clarifier les choses. Il est très facile de trop compliquer les choses.
Est-ce que vous aviez l’impression que cela arrivait avec les albums précédents ? Que ça devenait trop complexe ?
Zach : Oui, en quelque sorte. Nous avions créé une certaine ampleur pour nous-mêmes. Nous étions toujours en mouvement, travaillant dans plusieurs studios, un peu partout. Il y avait aussi cette volonté constante de contrecarrer la manière dont la musique est aujourd’hui produite numériquement, avec le sampling ou le MIDI, et d’essayer de faire les choses “pour de vrai”. Il y avait aussi une forme de romantisation des anciennes époques d’enregistrement analogique, avec de grands orchestres. Une envie d’avoir la même expérience que les musiciens d’autrefois. Mais la production peut devenir un monde en soi, et parfois elle influence le sens d’un disque d’une manière involontaire. Avec cet album, c’était un exercice de contrôle et de retenue. Se souvenir d’il y a dix ans : quand on n’avait pas de violoncelle, on trouvait autre chose. On se disait : on n’a pas de violoncelle, mais on a un tin whistle.
Tu as dit que vous étiez devenus “globaux”, et je trouve ça très intéressant. Red Mile semblait très lié à des lieux précis, comme le désert de Mojave ou Calgary. Pour Peace and Purpose, je n’arrive pas à situer l’endroit. Où était ce sous-sol ?
Zach : Dans mon sous-sol, à Calgary.
J’ai toujours vu Crack Cloud comme une sorte d’esprit collectif. Mais ce disque me semble plus personnel. Est-ce que c’était une intuition individuelle ou collective ?
Zach : Celui-ci est très personnel. Nous n’étions même pas sûrs que ce soit un disque de Crack Cloud. Nous ne pensions pas à Crack Cloud du tout. C’était surtout Aleem et moi. Et au départ, nous ne pensions même pas le partager. Nous faisions simplement cela pour nous-mêmes. Puis, après des mois de travail, nous avons décidé que nous voulions le montrer.
Dans les interviews, vous dites que vous privilégiez l’intuition plutôt que les conventions. Comment, dans ce cas, sait-on alors qu’un morceau est terminé ?
Zach : C’est justement ce qui était libérateur cette fois-ci. Avec Red Mile, nous travaillions avec un label, il y avait des attentes, des délais, des gens à qui rendre des comptes. Toutes ces contraintes peuvent influencer négativement le processus créatif. Mais cet album était totalement hors réseau. Nous l’avons protégé des influences extérieures. Donc nous avons su qu’il était prêt au moment où nous avons senti qu’il l’était. Quand on enlève les influences extérieures, on sait que c’est fini quand on ressent simplement l’envie de passer à autre chose, d’aller vers de nouvelles expériences.
Avez-vous eu des moments où vous pensiez avoir terminé, puis où vous reveniez dessus ?
Zach : Non. Quand c’était fini, c’était assez clair. La notion de finalité est difficile à accepter, dans l’art comme dans la vie. Mais au bout d’un moment, il faut simplement avancer. Nous étions à un moment où il se passait beaucoup de choses dans le monde, et cet album représentait bien l’époque dans laquelle il avait été écrit. Il était temps de passer à autre chose.
Le communiqué parle aussi d’un “hiver propice au deuil”. Peux-tu expliquer un peu cette idée ?
Zach : Je préfère rester assez vague. La vie est faite de hauts et de bas. La dépression, la tristesse, le deuil… ce sont des émotions difficiles, mais dans les bonnes circonstances elles peuvent devenir des opportunités. Si on a un moyen de les explorer – comme la musique – elles peuvent révéler quelque chose de bon et permettre de grandir. C’est toujours ce dont Crack Cloud a parlé. Peace and Purpose était une manière d’explorer ces émotions.
Tu dis aussi que cet album n’est pas “un projet artistique sur le punk”, mais qu’il est punk. Après dix ans de Crack Cloud, qui est pour moi un groupe très influent dans l’underground post-punk, je me demande : qu’est-ce que le vrai punk signifie pour toi aujourd’hui ?
Zach : Le punk est quelque chose d’éphémère.C’est un moment très particulier : un mélange de naïveté, d’idéalisme, d’espoir, et de désir de changement. C’est quelque chose qui n’est pas durable, mais qui est essentiel dans la société. On le voit réapparaître à chaque génération. C’est quelque chose pour la jeunesse, quelque chose qui inspire. Et cela permet à la culture de continuer à avancer – et de nous tenir responsables. C’est une forme de pensée critique, tu vois. C’est la capacité à s’examiner soi-même. C’est le pardon. C’est la compréhension. Et oui, je dois beaucoup à cet état d’esprit. Il continue de m’influencer. Que je sois capable ou non d’exercer un ethos punk dans ma vie quotidienne, ce n’est pas vraiment la question. Il m’a influencé, j’y ai été confronté, et Crack Cloud aussi. Nous avons travaillé à l’intérieur de ces principes. Et je pense que c’est quelque chose qui mérite d’être repris, adopté et réincarné par la génération suivante.
Pour toi, c’est quoi le punk en 2026 ? Est-ce que simplement survivre dans le monde actuel peut être considéré comme punk ? Et garder son esprit clair, sans se laisser influencer par des pressions politiques par exemple… est-ce que ça aussi, c’est punk ?
Zach : Oui… nous vivons une époque vraiment particulière. Il y a cette idée un peu ancienne du punk, presque romantique. Et je me demande comment elle se traduit aujourd’hui, dans une société comme celle de 2026. J’ai beaucoup de sentiments sur ces questions, mais je ne sais pas si je peux les formuler précisément : ma vision de la culture, du punk, et de la relation entre toutes ces choses… J’ai l’impression qu’il devient de plus en plus difficile de distinguer ce qui est authentique de ce qui ne l’est pas, ce qui est réel ou non. Mais je dirais que la chose la plus punk qu’on puisse faire aujourd’hui, c’est peut-être simplement de se détacher du bruit des réseaux sociaux. De se reconnecter à sa communauté, à sa famille. Essayer de trouver de la beauté dans ce qui nous entoure. Et essayer de provoquer du changement à partir de ce qu’on peut réellement toucher, de ce qui est concret, de ce qui se trouve dans notre sphère d’influence. Parce qu’il y a tellement d’informations aujourd’hui, tellement de choses qui peuvent nous distraire ou nous décourager.
Oui. Dans le communiqué de presse, tu parles beaucoup d’images liées aux chaînes de production de viande, à quelque chose de mécanique. Et j’ai l’impression que la vie moderne ressemble parfois à une sorte d’usine de transformation de viande. Un grand abattoir. En France, on a une expression : « chair à canon ». Elle fonctionne toujours très bien en 2026.
Zach : Je pense aussi que ce qui différencie vraiment notre époque de celle d’il y a cinquante ans, c’est simplement la quantité d’informations à laquelle nous sommes exposés chaque jour. C’est presque impossible à gérer : savoir ce qui se passe partout dans le monde, en permanence. C’est énormément de choses à porter pour n’importe quelle conscience. Et tu sais, il y a énormément de beauté dans le monde, mais aussi énormément d’horreur. Nous sommes souvent beaucoup plus sensibles aux aspects horribles – certains plus que d’autres – et nous les internalisons constamment. Et oui, cela peut devenir très lourd pour l’esprit. Je pense que c’est l’un des aspects les plus uniques de l’époque dans laquelle nous vivons : essayer de traverser le quotidien avec un cœur aussi lourd. Il faut presque développer une certaine forme d’ignorance volontaire… ou au moins une forme de distance, pour pouvoir continuer à avancer.
Mais d’une certaine manière, ce retrait émotionnel peut être une forme d’autodéfense… mais ça peut aussi devenir une sorte d’auto-emprisonnement. Et en fait, la première question que j’avais écrite pour cette interview était : quel moment bizarre pour sortir un album qui s’appelle Peace and Purpose ? Parce que je pense que tout le monde aime la paix, et que tout le monde aime avoir un but dans la vie. Mais si tu devais choisir entre la paix et le sens – si tu étais obligé d’en privilégier un par rapport à l’autre – lequel choisirais-tu ?
Zach : Oui, c’est une question et une observation très pertinentes. Parce que tu as raison : parfois, est-ce qu’on peut vraiment avoir les deux ? Ou est-ce que, parfois, l’un compromet l’autre ? Personnellement, j’ai souvent l’impression de sacrifier ma propre paix au nom d’un but – à travers Crack Cloud, à travers ce projet artistique. D’une certaine manière, quand tu utilises des traumatismes ou des émotions difficiles pour créer de l’art, tu es constamment obligé d’y revenir. Bien sûr, il y a un bénéfice – comme je le disais plus tôt – le fait d’avoir un exutoire pour explorer ces émotions est très important. Mais cela a un coût, je pense. Parfois, prendre de la distance pour guérir de certaines choses est aussi essentiel. Avec l’art, tu vis littéralement à l’intérieur de ces émotions. Tu les transformes presque en marchandise pour produire des résultats artistiques. Et je pense que beaucoup de gens font les mêmes sacrifices au nom de l’argent. On sacrifie la paix à la maison, on sacrifie l’équilibre pour avancer ou pour accomplir ce qu’on considère être notre mission dans la vie. C’est intéressant. C’est un symptôme intéressant de notre condition humaine. On a tous besoin d’un but. Et si tu arrives à trouver un but qui est compatible avec la paix, alors là… c’est vraiment l’idéal.
Certaines personnes trouvent un but complètement incompatible avec la paix. Et c’est dommage. Pour revenir à ce que tu disais sur l’argent, il y a la chanson Shut the Fuck Up. Est-ce que c’est une critique du journalisme musical qui donne parfois l’impression d’être plus une industrie qu’une véritable conversation culturelle ?
Zach : Oui, naviguer dans l’industrie musicale a été une expérience assez déroutante. Je ne pense pas que Crack Cloud ait jamais eu l’intention de faire partie de cette industrie. Ça s’est simplement produit. Et jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours ressenti une forme de syndrome de l’imposteur, même en ayant cette conversation. C’est une expérience assez étrange. Et il y a beaucoup de choses, pour dire le moins, que je n’admire pas dans la manière dont cette industrie fonctionne. Mais avec cette chanson, j’ai simplement voulu me permettre un petit moment d’indulgence personnelle.
De mon côté, j’ai un peu l’impression de ne pas vraiment faire partie de l’industrie musicale. J’ai la chance de ne parler que de groupes que j’aime et d’interviewer des artistes que j’aime. Du coup, je ne vois pas vraiment ça comme un travail, même si c’est ma principale source de revenus. Mais, par exemple, j’ai parfois l’impression que certains gros médias ne critiquent certains groupes que pour générer des clics. Du coup, où se situe la frontière entre le business et une véritable recommandation musicale ?
Zach : Je ne vois pas l’écriture comme une institution monolithique, ni les journalistes comme un groupe auquel je serais opposé. D’une certaine manière, je me considère moi-même comme un écrivain, au même titre que toi ou n’importe qui d’autre. Cette chanson parle plutôt d’une mutation très spécifique de la critique musicale ou artistique que je trouve parasitaire.
Il y a aussi une autre chanson intéressante sur l’album, Thoughts on My Faith. On a l’impression que la foi n’y est pas présentée comme une révolution, mais plutôt comme une routine. Est-ce que tu dirais que ta foi fonctionne comme une routine ? Et comment l’as-tu découverte ?
Zach : Comment je décrirais ma foi… Je dirais qu’elle est conflictuelle. Et cette chanson est justement une tentative d’illustrer ce conflit intérieur : ce qu’est la foi, ce qu’elle apporte et comment elle fonctionne dans ma vie – et peut-être dans celle des autres aussi. La foi est une disposition humaine fascinante. Elle nous a permis de rester à flot pendant très longtemps. Mais elle nous a aussi divisés. Elle nous place dans de nombreux états émotionnels différents. Malgré tout, comme le sens ou le but dans la vie, c’est un outil sur lequel nous nous appuyons pour naviguer dans la complexité de l’existence. Je trouve particulièrement fascinante l’idée de pénitence et d’examen intérieur dans certaines traditions religieuses. Par exemple, j’aime beaucoup l’Ancien Testament – le Livre de Job et ce genre d’histoires qui parlent de pénitence et de soumission. Et je trouve tout ça très intéressant. Je n’aime pas trop en parler aujourd’hui, mais j’ai aussi un passé marqué par l’addiction, et tout le groupe est en quelque sorte construit autour de ces expériences. Et la foi croise naturellement ce genre de parcours.
C’est intéressant que tu parles du groupe, parce que j’ai l’impression que Truth in Trauma est peut-être la chanson la plus importante de Crack Cloud. Elle ressemble vraiment à une forme de guide, presque comme une manière d’aider sa communauté – ce qui est central chez Crack Cloud.
Zach : C’est peut-être l’une des plus vulnérables. Tout est relatif. Mais en écrivant certaines chansons, j’ai parfois vécu des moments de clarté incroyable – une sensation de lucidité très forte. Et j’ai clairement ressenti ça avec Truth in Trauma. Ce qui est spécial avec cette chanson, c’est qu’elle est inspirée par l’idée d’une fin possible pour Crack Cloud, par l’idée d’abandonner l’art. Il y a quelque chose de très romantique là-dedans. Je pense que beaucoup d’artistes se demandent à quoi ressemble la fin d’un projet, le moment où l’on s’en éloigne. À quoi ressemble la vie après ça ? On devient tellement attaché à notre art qu’il finit par faire partie de notre identité. Et imaginer la vie sans lui peut être très effrayant. Mais il y a aussi quelque chose de très libérateur là-dedans, et c’est ce que je voulais célébrer dans cette chanson.
Dans Life on a Farm, dont les bruits de cochons me font penser à La Ferme des animaux de George Orwell, tu parles de construire une clôture de barbelés pour empêcher les loups d’entrer…
Zach : Quand nous écrivions cette chanson, je pensais vraiment de manière très littérale, pas métaphorique. Je crois que j’ai vu une vidéo d’abattoir vraiment horrible, qui m’est apparue sur internet sans que je la cherche, un soir. Et ça m’a complètement retourné. C’est un peu de là qu’est venue la chanson.Je pense qu’il y a énormément de métaphores possibles autour de l’abattoir. On peut facilement faire des parallèles avec la manière dont notre société fonctionne. Mais honnêtement, à ce moment-là, je pensais juste aux cochons.
Et pour toi, quelle est la chanson la plus importante de l’album – ou peut-être les plus importantes ?
Zach : Toutes celles dont on a parlé : Thoughts on My Faith, Truth in Trauma. Et Safe Room est l’une des premières chansons que nous avons écrites, et tout l’univers sonore de l’album s’est plus ou moins construit autour d’elle. On s’est dit « il y a déjà tellement de choses qu’on peut faire avec ce qu’on a, alors continuons simplement à construire à partir de là ». Mais je pense que chaque chanson vient d’un endroit très profond et introspectif. Marathon of Hope, Reunion… elles sont toutes importantes pour moi. Elles sont toutes un peu comme mes enfants.
En parlant de Marathon of Hope, il y a beaucoup de références à Terry Fox dans l’album.
Zach : C’est vrai. Je ne sais pas à quel point il est connu en France.
Je l’ai découvert grâce à l’album. Je ne le connaissais pas avant.
Zach : C’est intéressant. C’est une véritable icône au Canada. On grandit avec son histoire à l’école. Quand on est jeune, on a tendance à prendre ce genre de figures pour acquises. Mais en revisitant son héritage… dans ma famille, nous avons perdu des proches à cause du cancer. Et je repense à Terry Fox : une seule jambe, au début de la vingtaine, en train de courir un marathon à travers le Canada. Je trouve que c’est un symbole extrêmement puissant de l’esprit humain.
Pour terminer : qu’est-ce qui attend Crack Cloud maintenant ?
Zach : Je pense qu’on va vraiment essayer de profiter de cette année au maximum. Ces dernières années, pour être honnête, j’ai parfois redouté les tournées. Mais cette fois, j’aimerais vraiment venir en Europe et être pleinement présent – vivre l’expérience sans la prendre pour acquise. Et pour le reste… c’est très incertain.
Mais cette incertitude peut aussi être une liberté, non ? Si j’ai bien compris, vous n’avez plus vraiment de label, à part Meat Machine, donc vous n’êtes pas obligés de sortir un album tous les deux ans. Ça peut peut-être vous donner plus de liberté.
Zach : Oui, je pense qu’à ce stade, l’incertitude est presque nécessaire. Il faut simplement faire confiance à notre instinct. Et si un jour le moment vient de faire un autre album, ça aura du sens pour nous.
Oui. Tant que la Troisième Guerre mondiale ne commence pas demain, ça va…