Dogrel
Fontaines D.C.
Partisan Records

Chronique : Fontaines D.C., gonna be big

Le 30 juin prochain, le leader de Fontaines D.C. Grian Chatten sortira "Chaos for the Fly", son premier album solo. Magic en a profité pour revenir au temps du premier effort de groupe, le flamboyant "Dogrel". C'était au printemps 2019, Fontaines D.C. n'était pas encore une tête d'affiche de festival et Jules Vandale avait vu juste.

Bien que leur nom évoque la sérénité de l’eau qui coule, les cinq Irlandais qui forment le phénomène Fontaine D.C. semblent davantage habités par une intense flamme celtique. Forgé dans le milieu underground dublinois, préférant partager leur temps entre cuites au Jameson et sessions poésie plutôt que s’assoir sur les bancs de l’université qui les aura vu se rencontrer, le groupe s’est toujours débrouillé seul, en témoignent leurs trois premiers excellents 45 tours, tous autoproduits. En à peine trois ans d’existence, Fontaine D.C. s’est hissé comme l’une des grandes promesses du garage rock anglo-saxon, épaulé par Idles, leurs illustres camarades chez Partisan Records. Nourri par la pure tradition des poètes populaires celtiques tels que Kavanagh ou MacNeice, leur premier album Dogrel frappe au cœur et s’incruste profondément dans nos tympans. En quelques chansons aux rythmiques intemporelles, il arrive à nous transporter en plein cœur de The Liberties, quartier historiquement ouvrier de Dublin, accoudé au bar d’un pub où les prolétaires échangeraient sur les divisions causées par le Brexit, sur la gentrification qui menace la culture de leur chère communauté, sur le prix de la pomme de terre… Tous ces thèmes du quotidien se bousculent dans Dogrel, qui transpire l’authenticité comme dans un roman de Dickens. «Trop rare aujourd’hui», regrette le chanteur Grian Chatten, vingt-trois ans. Les guitares virulentes dégagent un parfum de brique rouge. Les mélodies percutent dans l’urgence, sublimées par l’accent délicieusement irish de Chatten, dont le débit ressemble à celui qu’adopterait le frontman d’une manifestation du parti travailliste local. De véritables petites bombes comme Liberty Belle ou Hurricane Laughter arriveront sans peine à vous donner envie de danser une gigue au milieu d’une foule en délire, tandis que l’émouvante Dublin City Sky, qui clôt le disque, ressemble à ces mélopées que vous chanteriez en observant les navires quitter le port vers de nouveaux horizons. “I’m gonna be big”, scande Grian dans Big, qui ouvre le disque de façon magistrale. Avec un debut album aussi flamboyant que Dogrel, Fontaine D.C. réalise ici un véritable coup de maître, mais aussi un pari d’avenir.

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