Cat Power en 2022, pour "Covers"
© Mario Sorrenti

CAT POWER : “Nous allons et venons, mais les chansons sont éternelles”

Cat Power est l'album de la semaine du premier hebdo de l'histoire de "Magic". Chan Marshall, qui fait paraître "Covers" vendredi, nous explique pourquoi la reprise est un art si naturel dans sa carrière, et si présent dans sa discographie.

À Miami, Chan Marshall décroche, essoufflée. Elle s’excuse pour son léger retard : elle doit garder son fils, sa classe ayant fermé en raison d’un cas détecté de Covid. Notre conversation sera donc émaillée des adresses à son enfant de six ans à qui elle prépare un copieux petit-déjeuner, et à ses deux chiennes – Paloma et Mona. On devine l’intensité de l’artiste quand elle développe ses réponses et l’amour débordant qu’elle porte aux êtres qui l’entourent. On aperçoit les ombres et la fragilité aussi, mais celles-ci semblent chassées à présent. Chan est heureuse de parler de son nouvel album, le onzième en vingt-cinq ans et le troisième constitué de reprises, Covers. De l’art des reprises nous parlons donc, ainsi que d’indépendance, de composition, de fraternité musicale et de chansons, ces planètes innombrables et brillantes qui peuplent l’univers de Cat Power.

Cet album Covers, l’avais-tu prévu ou s’est-il imposé, comme une étape imprévue dans ton «vagabondage» ?

J’ai toujours aimé reprendre des chansons. Les reprises sont une tradition dans l’histoire de la musique, depuis la musique classique, les chansons folk ou tribales. Je suis attirée sans cesse par la musique des autres. Les chansons sont un tissu dont sont brodées nos vies, elles font partie de nos âmes, de l’histoire de l’humanité. Alors, inévitablement, je m’attendais à ce disque. D’autant plus que j’ai réalisé deux disques de reprises par le passé, qui avaient beaucoup surpris mon ancien label [Matador, ndlr] même si c’est une pratique profondément enracinée dans le terreau de tous les artistes depuis la nuit des temps. Mais avec l’avènement des clips et de MTV, et en raison de la cupidité des entreprises et du besoin d'avoir de nouveaux chanteurs, de nouvelles chansons, cette tradition avait disparu. Je crois qu’aujourd’hui, on assiste à un retour du genre.

Dans ce disque, de Frank Ocean jusqu’à Billie Holiday, y a-t-il une volonté consciente de couvrir différentes époques, différents genres musicaux ? 

Mes choix résultent uniquement de ce qui me touche. Puisque je suis une artiste vivante contemporaine, il est naturel que je veuille chanter les chansons d’artistes vivants, comme j’ai pu le faire avec Smog à une époque. J’ai grandi avec des chansons qui ne m’ont jamais quittée : à quatre ans, c’étaient les chansons de Johnny Cash et Hank Williams et aujourd’hui, à cinquante ans, c’est par exemple Frank Ocean. C’est pourquoi je reprends des chansons anciennes comme des nouvelles. Dans les années 1930, Billie Holiday avait un choix plus réduit de chansons, quelques centaines seulement. De même pour Nina Simone, une autre grande interprète de reprises. C'est comme ça qu'elle gagnait sa vie, tu sais. Elle est allée à Juilliard pour le piano classique. Mais pour gagner de l'argent, elle chantait des reprises. C'est ce que mon père fait. Depuis que je suis née, c'est ce qu'il fait pour gagner sa vie.

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