Blur – The Magic Whip

C’est assurément une belle leçon de storytelling. Après avoir pansé sur scène les plaies d’une séparation douloureuse, le groupe chéri des anciens de l’adolescence s’enferme quelques jours en studio à Hong Kong, y enregistre de la musique inédite, en parle ouvertement mais n’en fait rien. Pause puis reprise d’activité souterraine.

Dans son coin, Graham Coxon retravaille les bandes avec Stephen Street avant que Damon Albarn ne se les réapproprie complètement. Les deux autres devaient sans doute être occupés à faire du fromage ou plaider devant quelque tribunal (Alex James tient une ferme dans l’Oxfordshire et Dave Rowntree est juriste).

Et tandis que chacun en semble encore surpris, voici un nouvel album de Blur, après douze années d’un hiatus discographique qui aura permis à Damon d’exposer au monde l’étendue de ses talents. Parfait. Mais est-ce un bon disque ? Est-il seulement pertinent ?

La réponse est oui, et c’est une vraie surprise. En travaillant à l’instinct et à tâtons, le groupe a miraculeusement évité les deux écueils redoutés : The Magic Whip n’est ni un pastiche pop tirant sur la corde d’une supposée jeunesse éternelle, ni une tentative de grande œuvre de la maturité.

C’est un album moderne, puissamment irrigué par toutes les expériences menées par Damon Albarn ces quinze dernières années. On y entend The Good, The Bad & The Queen, Gorillaz ou Mali Music. Mais on y entend surtout Blur, et c’est ce qui le rend fascinant et précieux.

Il y a là une identité irréductible à l’âge du capitaine, aux formats et aux sonorités. Qu’ils jouent sur le velours d’une pop à guitare efficace (I Broadcast, Ong Ong) ou sur les formes et arrangements plus ambitieux de chansons magnifiques (Ice Cream Man, Thought I Was A Spaceman, Mirrorball), Blur a une épaisseur singulière.

L’écriture n’est jamais prise en défaut et trouve un nouvel écrin de choix dans des orchestrations et des partis pris de production dont il faut souligner la beauté. À cet égard, My Terracotta Heart est une merveille absolue, marquée par le jeu de guitare de Graham Coxon, qui pour être légèrement en retrait face à la rythmique, n’a jamais été aussi libre et fluide.

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