Blowin' Up
Kiwi jr.
K RECORDS with PERENNIAL

« Blowin’ Up » : la danse auprès du précipice de Kiwi Jr.

Power pop, jangle pop et indie rock classique sont au programme de "Blowin' up", quatrième album des Canadiens de Kiwi Jr., dans la lignée de Big Star, Pavement et Fountains of Wayne, le tout sorti le 14 août sur Perennial Records.

C’est déjà le quatrième album du groupe canadien Kiwi Jr., qui, quatre ans après son dernier effort (Chopper) a opéré un nouvel exil. Originaire de l’Île-du-Prince-Édouard et installé à Toronto, le quatuor s’est enfermé en studio l’hiver dernier à Detroit sous la direction de Graham Walsh (Holy Fuck), le mix étant confié à Nicolas Vernhes (Deerhunter, Animal Collective, The War on Drugs). Objectif, après un changement de label ? « L’explosion » du titre semble faire référence à l’explosion commerciale espérée par le groupe… mais aussi à celle d’un monde au bord de la rupture, un groupe près d’exploser mais aussi de faire exploser la planète, acteur malgré tout de cette bascule : « Et l’on retrouvera nos empreintes sur la scène de crime », glisse le chanteur et parolier Jeremy Gaudet, dans la chanson-titre, conscient et auto-ironique.

La solution selon Kiwi Jr. ? De la power pop, encore et toujours, qui reste l’assise d’un groupe excellant également sur les terrains de l’indie rock classique, de la pop rock énervée et de la jangle pop. Au menu donc, guitares sautillantes, un peu d’orgue/piano, refrains accrocheurs et chœurs, dès l’introductive Photos of the Reenactment. La démonstration se poursuit au fil d’une face A, dont on fredonnera en particulier New Jade Rabbit, midtempo quand même assez énervé. Big Star, les Cars, les Replacements, ou Fountains of Wayne ne sont jamais très loin. C’est à Arcade Fire des débuts que peut faire penser l’enlevé Stage Names.

Et si Gaudet a assoupli son chant, moins parlé et slacker, le fantôme de Pavement, référence historique revendiquée aussi bien pour la capacité à être ultra mélodique dans le chaos que pour le chant, n’est jamais loin non plus. Difficile de ne pas y penser sur la seule ballade de l’album, Caught in the Wild, terminée dans un solo de guitare grungy joliment achevé par quelques notes de piano onirique. Conséquence, Blowin’ Up ne s’effondre pas, là où la difficulté classique des groupes de power pop est de maintenir l’intérêt de l’auditeur sur la durée.

Histoire de le maintenir jusqu’au bout, le combo a réservé la fin d’album aux chansons « à invités ». D’abord, Margaux Bouchaudon, d’En attendant Ana, sur une chanson hommage à Polly Noonan, proche d’Evan Dando. Enfin, deux membres de Protomartyr, venus ici à contre-emploi sur Landscape with Limousine, idéalement atmosphérique pour clôturer l’album. À noter aussi, l’intervention plus discrète, çà et là, de Kerri MacLellan, la claviériste d’Alvvays, et acolyte de Brian Murphy (bassiste de ces derniers et à la six-cordes ici).

Avec tout ça, pas sûr que Kiwi Jr. explose vraiment, mais nous aurons pu danser, quarante minutes encore, au bord du précipice, un sourire à la fois idiot et hébété aux lèvres.

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