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bitknot
Feeble Little Horse
Saddle Creek Records

« Bitknot », le retour toujours aussi nerdy de Feeble Little Horse

« Feeble Little Horse continue de perfectionner cet art de la pop lo-fi façonnée dans les méandres d’internet »

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Un cheval miniature frottant frénétiquement ses naseaux contre un piano-toy. Ce n’est ni un rêve fiévreux ni une représentation des enfers selon les personnes atteintes d’hippophobie, mais bien ce qui peut vous arriver au réveil d’une anesthésie générale dans les – heureusement rares – hôpitaux qui proposent ce « service » à travers le monde, principalement aux États-Unis. Rangez donc vos cauchemars et gardez les quelques dollars que coûte cette initiative : Bitknot, troisième album de Feeble Little Horse, vient tout juste de sortir de son étable. Passée l’interrogation initiale – pourquoi sortir un disque un mardi post-jour férié ? – et une légère appréhension liée aux trois années de silence du groupe de Pittsburgh, on appuie sur play. Bitknot sera-t-il à la hauteur des excellents Hayday (2021) et surtout Girl With Fish (2023) ? Après une première écoute – beaucoup trop courte, d’ailleurs ; s’il fallait vraiment pointer un défaut au disque, ce serait mon envie frustrante qu’il dure deux fois plus longtemps – la réponse semble clairement être oui.

Toujours signé chez Saddle Creek Records – « le ruisseau de la selle », comme par hasard – Feeble Little Horse continue de perfectionner cet art de la pop lo-fi façonnée dans les méandres d’internet ; du rock alternatif pour nerds qui vous demandera quelle est votre faction principale dans Warhammer 40,000 ; du shoegaze qui glitche autant que ma copie Xbox 360 de Red Dead Redemption après avoir été tartinée de dentifrice parce qu’un tuto YouTube promettait que ça réparait les rayures. Quel plaisir de retrouver les vocalises légèrement timides de Lydia Slocum, comme si elle espérait ne pas trop déranger les autres membres du serveur Discord. Quel plaisir, aussi, de retrouver les guitares de Rob Potesta – qui remplace Ryan Walchonski – et de Sebastian Kinsler, patchwork de fuzz abrasives et de textures plus acoustiques, tranchantes comme une épée-tronçonneuse – vous jouez quelle faction principale dans Warhammer 40,000, vous, du coup ? Quel plaisir, enfin, de replonger dans ces incursions laptop twee faites de bidules qui sonnent comme des flûtes de pan déglinguées, de chœurs en yaourt samplés dix fois puis transformés en synthés et de claviers poussiéreux dénichés dans le Best Buy du coin.

Sur le chat en direct – excellente idée – mis en ligne par le groupe pour accompagner la sortie de Bitknot, on peut lire “Scientists are saying Upside Down is a perfect song”. On ne peut qu’être d’accord avec ces scientifiques manifestement très compétents dans leur domaine, même si on ajouterait volontiers quelques titres à la liste : Shady, Guts, Shopping, Dior… Et surtout Rewind, qui rappelle qu’aussi brillants soient Feeble Little Horse dans l’exercice de la noise-pop massive, ils le sont encore davantage lorsqu’ils ralentissent le tempo pour signer des ballades mélancoliques et sautillantes – on pense à Picture sur Hayday, ou à Paces et Station sur Girl With Fish. C’est décidé : même si je n’ai pas remis les pieds dans un bloc opératoire depuis 2015, je veux bien que Feeble Little Horse joue quelques morceaux lors de mon prochain réveil post-anesthésie générale. 

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