Benjamin Schoos – Beau Futur

Cet homme fut ventriloque à la radio… Certes, ce n’est pas pour ce fait d’armes que l’histoire retiendra le nom de Benjamin Schoos, mais l’anecdote en dit long sur l’esprit d’un stakhanoviste pop qui ne fut jamais vraiment pris au sérieux. Ça pourrait changer. Pas trop tôt au vu d’un parcours débuté au mitan des années nonante sous le pseudonyme de Miam Monster Miam. Depuis, le songwriter de Seraing (à un jet de pierre de Liège) a joué avec Mark Gardener et Chrissie Hynde, fondé la maison Freaksville Record et le groupe Phantom, remis Jacques Duvall sur le devant de la scène, édité un ouvrage sur ce dernier et créé Rectangle, webradio totalement addictive. Dans ce demi-millier d’activités, le Belge trouve le temps d’enregistrer un second essai sous son patronyme. Couchée sur bandes au gré des voyages (New York, Paris, Séville, Manchester, Londres), invitant de nombreux amis (Alain Chamfort, Stef Kamil Carlens, Femminielli, La Féline, on en passe et pas des moindres), cette œuvre aurait pu manquer de cohérence. Ce n’est pas le cas. Parmi la grosse vingtaine de chansons coécrites avec Doriand, Pierre Mikaïloff, Alexandre Chatelard ou le précité Duvall, Beau Futur en présente quinze (dix dans la version vinyle).

Nous sont contés la tragique destinée d’un Cascadeur (dont le final accidenté rappelle Leader Of The Pack des Shangri-Las), des amours passionnés (Une Dernière Danse, duo avec Laetitia Sadier) et des romances vaines (J’Ai Essayé De T’Aimer en tandem avec April March). Ailleurs résonne l’écho de François de Roubaix (les orchestrations sophistiquées de La Grande Aventure) ou d’Alain Souchon (Villa Borghini et son clin d’œil à Christophe Je ne suis pas le dernier des Bevilacqua”). Riche et sophistiquée, la mise en son renoue avec une certaine idée de la pop seventies. Ce piano, ces cordes et ces synthétiseurs antédiluviens confèrent à l’ensemble une couleur rétrofuturiste – on jure entendre un Emulator sur Granit et Michel Moers (Telex) apparaît le temps de Moonlight D.V. Face à ces mélodies claires et cette voix grave, on songe souvent à Benjamin Biolay. Mais à la différence de Biolay, Benjamin Schoos ne se présente pas en écorché vif et cultive une certaine distance, revendiquée le temps du conclusif Vocodeur : “Je laisse les autres chanteurs roucouler la bouche en cœur/Et à l’inverse moi qui pense tout ce que je dis j’installe une distance/Je passe ma voix dans le vocodeur”. De notre côté, ni distance ni réserve : Benjamin Schoos vient de signer son meilleur album à ce jour. Un grand disque de variété.

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