Real Estate – Atlas

Il n’est pas toujours évident de céder aux sirènes de la nostalgie. Et dans le cas de Real Estate, c’est encore plus douloureux tant le talent le dispute à la pire des pathologies, le retour à l’adolescence. Synthèse presque parfaite de deux groupes majeurs rangés à la lettre F (Felt et The Feelies pour ne pas les nommer) dans notre discothèque depuis le lycée mais toujours près de la stéréo ou sujet aux partages YouTube quand il s’agit d’y revenir ou d’éduquer les jeunes générations. Pourtant rien n’était couru d’avance lorsque leur deuxième album (Days, 2011) nous fit d’abord grand plaisir avant de nous renverser. Le plus fâcheux, c’est qu’avec Atlas, tous les petits automatismes jeunistes qui pouvaient être agaçants se voient définitivement gommés pour laisser place à une réelle profondeur de champ. De Felt, le groupe exploite le même romantisme triste et néanmoins lumineux (Had To Hear, cousin de I Can’t Make Love To You Anymore) ou un sens de la dilution guitaristique affirmé (l’instrumental April’s Song faisant écho à Mexican Bandits).

Des Feelies avec lesquels il partage cette bonne terre du New Jersey, Real Estate a gardé la simplicité factice (Talking Backwards), aussi faussement enjouée que désarmante. Car sous des dehors acoustiques badins (Horizon), elle cache en filigrane toute la noirceur du Velvet Underground. Pas étonnant alors de croiser aussi la descendance de Luna sur How Might I Live, belle berceuse à la navigation stable et presque adulte. Tant qu’à dépoussiérer notre jeunesse – ce que Real Estate fait de mieux en mieux tout en trouvant sa vraie personnalité –, on s’étonnera aussi de trouver une agréable parenté de ton avec The Stone Roses (le fabuleux Crime, parfait de A à Z) mais plutôt ceux qui firent chavirer les filles que ceux qui firent groover les garçons. Le génie de ce groupe désormais supérieur tient aussi au fait qu’il nous permet de regarder en arrière et de nous apercevoir que, sans négliger le chemin parcouru, nous avons gardé la même capacité d’émerveillement pour une certaine forme de beauté. Ces jeunes gandins que l’on soupçonnait à raison d’avoir un petit truc en plus viennent de prouver que l’on pouvait définitivement allier classe, profondeur, élégance et décontraction. On ne peut que se réjouir de la suite.



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