Ils sont deux, ils sont québécois mais avec leurs costumes à pois improbables, ils semblent venir d’une autre planète. Angine de Poitrine revient en France pour une mini tournée à ne pas manquer, avec un passage au Supersonic à Paris le 11 février. Le duo avait fait sensation aux Transmusicales de Rennes en décembre dernier avec leur rock minimaliste inspiré des expérimentations microtonales de King Gizzard. À cette occasion, Magic a rencontré Klek et Khn - deux copains d’enfance avec un goût pour les galéjades et les noms de scène loufoques.

Magic : Vous pouvez me parler un peu plus de vos costumes et de comment tout
cela est venu ? Parce que c’est quand même un délire assez contraignant sur
scène.

Khn: On avait un autre projet en duo ensemble dans notre région (le Saguenay-Lac
Saint-Jean, région du nord du Québec, ndlr), qui n’est pas un énorme marché, même si
culturellement, c’est foisonnant. On voulait arriver avec une nouvelle entité, mais que
les gens confondent pas les deux propositions. D’où l’idée des costumes, puis de
l’anonymat, mais dans un format très ludique. Comme si on jouait un tour de magie…
Au Québec l’été dernier, on a joué dans un festival… après, je me change, je retourne
dans la foule et j’entends une spectatrice dire à sa copine : « t’as tu vu le spectacle hier
? C’était malade ! » Et toi t’es là, incognito, tu dis rien, t’assistes au succès de ton
bonhomme !

Klek : Les costumes c’est quand même un handicap important. On a extrêmement
chaud, on voit pas bien, c’est inconfortable, ça donne mal à la tête… Et ça limite le
champ d’action niveau mouvements. Donc c’est sûr qu’au niveau de la qualité
d’interprétation, si on n’avait pas de costumes, ça serait meilleur. Mais faut pas oublier
qu’un spectacle, c’est un spectacle, ça touche tous les sens. L’idée, c’est que les gens
voient quelque chose d’intéressant en plus d’entendre la musique.

Khn: Quand t’es musicien, t’as presque deux métiers : composer de la musique et faire
du théâtre quasiment.

C’est quoi les principales difficultés à surmonter ?

Khn : Moi, c’est le champ de vision. Parce qu’en plus de jouer de ma guitare et de la
basse, j’ai un sampler par terre… c’est presque comme contrôler un ordinateur avec
ses pieds ! Et avec les couches de guitare et de basse toutes entrelacées, il y a tout le
temps une nécessité d’aller jouer avec les settings spécifiques sur chacune des pédales
avec les orteils, d’aller monter et descendre les volumes entre les couches, d’aller jouer
avec les niveaux de saturation… Ayant un champ de vision restreint, tu dois développer
une espèce de mémoire musculaire ! C’est comme une espèce de danse qui devient un
automatisme, mais qui nécessite de pratiquer avec le costume.

Vous arrivez à vous regarder entre vous ?

Klek : Oui, c’est super important ! On a des langages visuels quand même assez facile
à comprendre.

Khn : Ça fait 20 ans qu’on joue ensemble, aussi.

Klek : On répète avec les costumes aussi. C’est obligé, impossible de donner un
spectacle si t’as pas pratiqué avec le handicap.

Ils sont faits en quoi, ces costumes ?

Khn : À la base, ils étaient faits en papier mâché, carton, papier mâché, peinture.
C’était tout le temps endommagé, tout le temps en réparation, on traînait de la colle
avec nous !

Klek : Mais on vient de changer très récemment : comme on tourne plus, on a du
trouver une solution plus légère. Donc on a sollicité des scénographes professionnels.
Ils ont réussi à faire quelque chose qui ressemblait au costume d’origine à partir de
textiles, de mousse, de latex et de fibre de carbone.

Parlons musique. Ça vous vient d’où ce goût pour la microtonalité ?

Klek : Ça fait longtemps que j’ai une fascination totale pour la musique moyen-
orientale. Puis après ça, il y a évidemment King Gizzard et l’album Flying Microtonal
Banana. J’ai vu qu’ils avaient rajouté des frettes à la guitare pour faire des quarts de tons
et j’en ai construit une. N’étant pas guitariste, je me suis un peu amusé avec mais je l’ai
surtout apporté à Khn, je savais qu’il allait adorer. Tous les deux, on a toujours eu cette
fascination pour les frictions. Cet instrument, il est loufoque, tu peux faire des trucs
complètement saugrenus ! Jusqu’où tu peux aller dans le truc presque dissonant sans
que ça soit dissonant, en gardant ça écoutable ?

Khn : Tu doubles le potentiel de tension harmonique, en fait ! Toutes tes notes
naturelles sont au même endroit que d’habitude, mais au niveau de chacune des frettes,
tu en as une de plus. Ça demande de la précision au niveau du jeu et surtout pas mal
de recherche. Il y a beaucoup d’essais et erreurs. Tu te promènes sur ton manche puis
tu improvises. Notre but c’était pas genre d’être absolument full différent, mais on a
vraiment trippé sur la quantité de possibilités.

Un autre long format ?