Slow Pulp est désormais grand. Suffisamment pour que “Melodie”, leur troisième album, puisse être considéré autant comme un retour aux sources que comme une évolution majeure du son du quatuor né dans le Wisconsin et désormais basé à Chicago. Longue rencontre avec Emily Massey et Henry Stoehr pour évoquer le processus ayant mené à la création de ce grand disque d’indie rock, le parcours d’un groupe désormais incontournable de sa scène, mais aussi la soupe de poireau et la passion d’Henry pour les balayeuses.
Je considère Slow Pulp comme l’un des précurseurs de cette nouvelle vague d’indie rock qu’on a vu s’épanouir ces dernières années. Je vous considère comme des précurseurs de groupes comme Wednesday, Rocket ou Momma, et je vous place dans la même lignée que Snail Mail ou Soccer Mommy. Est-ce que vous êtes d’accord avec cette lecture de la filiation de la scène indie rock actuelle aux États-Unis ?
Emily Massey (guitare / chant) : Déjà, c’est un énorme compliment. Attends… Il y a soudainement toutes ces voitures qui klaxonnent dehors. D’habitude, c’est plutôt calme, mais il doit se passer quelque chose dans le coin. Bref, pour répondre à ta question… Encore une fois, merci de nous placer dans cette catégorie. Je pense qu’il se passe quelque chose de vraiment excitant dans l’indie rock, avec plein de gens incroyables qui font de la musique incroyable. Et on a eu la chance de rencontrer pas mal de ces personnes, de les avoir comme pairs et comme amis. Et ouais, je trouve que la communauté musicale est aussi très… je ne sais pas, accueillante. Les gens sont généralement très enthousiastes à l’idée de partager des choses entre eux et de faire connaissance. Et il y a beaucoup de respect mutuel. Ce qui n’est pas toujours le cas, j’ai l’impression, dans le rock. Donc ouais, ça me semble être une particularité assez spéciale de cette scène. Mais je ne sais pas. Au bout du compte, je pense qu’on fait simplement de la musique sans forcément beaucoup réfléchir à la manière dont elle s’inscrit dans un genre ou dans quelque chose de plus vaste. Mais ouais, on est reconnaissants d’avoir cette possibilité.
Henry Stoehr (guitare) : C’est gentil de nous inclure là-dedans. Dans ma tête, ces groupes-là sont aussi des légendes de la direction qu’a prise la musique ces dix dernières années, ou quelque chose comme ça.
Et c’est justement intéressant, Emily, que tu aies parlé de respect, parce que j’ai aussi l’impression qu’il y a énormément de femmes dans les groupes qui composent la scène. Qu’est-ce qui fait de cette branche particulière de l’indie rock un espace aussi accueillant pour les musiciennes ?
Emily : Il y a peut-être cette forme de camaraderie. Je pense que beaucoup d’entre nous ont sûrement vécu la même chose en découvrant la musique et en apprenant à en faire. Peut-être quand on était enfants ou adolescentes, à une époque où il y avait moins de femmes qui faisaient ça. Je sais qu’une bonne partie des groupes que j’admirais et qui étaient encore actifs quand j’étais au lycée n’avaient pas beaucoup de chanteuses. Je pense que c’est surtout dans les années 90 que j’ai commencé à constater que c’était davantage le cas. Et je pense que c’est peut-être un fil conducteur pour beaucoup de ces groupes. Il y a énormément d’influence du rock alternatif des années 90. Et je me demande si c’est en partie parce qu’à cette époque, les femmes étaient très visibles dans les groupes. Donc je pense que c’est là qu’on a pu élargir notre regard, se reconnaître et voir des exemples de femmes qui faisaient ça, et que ça a ensuite ressurgi de cette manière. Je n’en ai jamais vraiment parlé avec d’autres musiciennes dont je suis proche. Je me demande si elles ont la même réflexion.
Parce que je dirais même que plus il y aura de groupes frontés par des femmes, plus il y aura de groupes frontés par des femmes qui se formeront. Parce que vous serez des modèles pour les jeunes filles qui vont découvrir l’indie rock. Et au lieu d’écouter toujours les quatre mêmes mecs déprimés… Il y aura peut-être deux mecs déprimés et deux filles déprimées dans le même groupe. Mais les deux filles déprimées deviendront des modèles pour les filles déprimées qui ne font pas encore de musique aujourd’hui, mais qui en feront dans le futur. On mérite tous, quel que soit notre genre, d’avoir des groupes de gens déprimés qui font de la musique triste.
Emily : Exactement. (Rires)
Quels étaient vos modèle quand vous étiez enfants ?
Emily : Pour moi, une grosse influence, c’était Shirley Manson de Garbage. Elle est écossaise, mais le reste du groupe vient du Wisconsin. Ils jouaient donc souvent à Madison, et j’allais les voir quand je grandissais. Je pense que voir sa présence scénique, la manière dont elle pouvait s’imposer sur scène, ça m’a vraiment impressionnée. Ça a eu une énorme influence sur moi. Et puis il y en a tellement d’autres. Je pense que Kim Gordon est une autre influence que j’ai toujours beaucoup aimée. Alanis Morissette aussi. Quand j’étais plus jeune, j’adorais Avril Lavigne, tout cet univers-là. Et toi, Henry ?
Henry : Mes influences remontent à quand j’étais gamin. C’est marrant, parce que quand j’ai commencé à apprendre la guitare, j’étais vraiment à fond dans Green Day. J’étais un ado complètement obsédé par Green Day. Coldplay… Je veux dire, les premiers Coldplay, ça allait.
Ouais, les deux premiers albums étaient bons.
Henry : Je maintiens. Je n’avais pas beaucoup de héros du rock. Quand j’étais gamin, je n’étais pas forcément hyper attentif aux membres des groupes. J’étais un gamin de LimeWire. Je téléchargeais des chansons au hasard et je me disais : « Celle-là ! »
Emily : Ouais, tu avais davantage des chansons-héros que de véritables héros.
Henry : Ouais, je n’avais aucune idée d’où elles venaient. C’était aussi un peu l’époque pré-Internet, quand on était gamins. Donc je trouve qu’on n’avait pas vraiment de modèles, à moins de les connaître personnellement.
Emily : Ou de les voir dans des magazines ou des trucs comme ça. Mais il fallait déjà savoir qui était la personne pour laquelle tu achetais le magazine. Si tu voulais trouver un magazine sur Green Day, il fallait déjà savoir ce qu’était Green Day, à quoi ils ressemblaient.
Ou alors il fallait être un fan hardcore.
Henry : Il fallait être un énorme fan, ouais.
Ce qui est cool, aujourd’hui, c’est qu’on peut avoir des héros qui ne sont écoutés que par 20 000 personnes dans le monde entier.
Henry : Exactement. Ouais.
Melodie est votre troisième disque, et le titre semble vraiment très simple par rapport aux histoires que vous y racontez. Pourquoi ce titre ?
Emily : Je pense que la réponse est assez drôle, parce qu’on cherchait un titre et on s’est dit : « Bon, utilisons l’un des titres de chansons pour l’album. » Et Melodie était honnêtement le seul qui sonnait comme un bon titre d’album. Et je pense que ça fait un peu écho à notre premier album, Moveys. C’est une sorte de déformation d’un mot, qu’on transforme en un autre mot. Je pense qu’on aimait l’idée de poursuivre ça avec cet album, notamment parce que Melodie est orthographié comme un prénom plutôt que comme le nom commun.
Melodie s’écrit justement comme ça en français. « Mélodie ».
Emily : Ouais, c’est vrai.
Et qu’est-ce qui rend une mélodie belle, à tes yeux ?
Henry : (il pense que la question traite de Melodie, l’album) J’ai toujours une relation un peu étrange avec les albums. Enfin, avec les trois qu’on a faits, en tout cas. Je participe au minimum à leur mixage, et je pense qu’au moment où je termine un album, je suis incapable d’y penser pendant au moins six mois. Donc je commence seulement maintenant à arriver à un stade où je me dis : « Ah, en fait, je l’aime à nouveau. » Mais ouais, je ne sais pas. Qu’est-ce qui est spécifiquement beau sur celui-ci ? On est en train de redécouvrir un peu le produit fini. Je ne sais pas. C’était un album amusant à écrire et on a essayé plein de nouvelles choses.
Je parlais de la mélodie, en fait. D’une mélodie musicale : qu’est-ce qui fait qu’une mélodie est belle en tant qu’œuvre musicale ?
Emily : Ah, simplement la mélodie.
Henry : Pour moi, c’est une sorte de truc abstrait – enfin, je ne sais pas si c’est vraiment abstrait –, mais je ne sais pas exactement comment l’expliquer. Parfois, une mélodie et les paroles que tu chantes s’alignent sur un certain centre émotionnel, avec une ou deux phrases où tu te dis : « C’est exactement comme ça que ça devait être. » Tu sais, c’est la bonne intonation, le bon mouvement par rapport à la nature des paroles. Et je pense que c’est généralement à ce moment-là que je le remarque vraiment et que je me dis : « Waouh, c’est incroyable. »
Emily : Ouais. Ou simplement… Je ne sais pas, même la musique instrumentale, ou quelque chose qui fait que les humains ont, je ne sais pas, une connexion innée avec la musique. Même si ce ne sont que quelques notes jouées au piano, ça peut toucher quelque chose en nous sur le plan émotionnel. Et il n’y a aucune raison logique à ça. Je pense que c’est un exemple assez classique du fait qu’on se projette dans une forme d’art et qu’on essaie de s’y retrouver. Et quoi qu’on traverse, quoi qu’on vive, on peut utiliser cette musique comme une sorte de compagnon pour nous aider à traverser tout ça.
À quel point pensez-vous être proches d’écrire votre mélodie parfaite ?
Emily : Eh bien, je pense qu’on ne le saura pas. C’est le genre de chose qui peut arriver demain comme dans vingt ans. Tu ne le sais pas forcément avant que ce soit arrivé. Mais je ne sais pas… Prenons Dolly Parton, par exemple – paix à son âme –, qui a écrit I Will Always Love You et Jolene le même jour. Ce sont deux de ses plus grandes chansons, et deux des plus belles mélodies qu’elle ait écrites. Elle n’a pas choisi le moment où ça allait arriver. C’est simplement arrivé. Donc j’attends mon jour « Dolly Parton ».
Touche du bois ! Et pour revenir à Melodie, vous en avez parlé comme d’une boucle qui se referme et d’une forme de croissance. Quand on est enfant, on pense que grandir, c’est suivre une ligne droite. Mais parfois, comme tu le disais, il faut revenir en arrière, revenir à certains endroits, à certaines relations, à certaines façons de penser. À quel moment avez-vous compris que ce retour en arrière constituait en fait une forme de progression ?
Emily : Je pense que la manière dont on a abordé l’écriture de cet album, c’est justement ce qui nous a fait prendre conscience de cette idée de cycle. Quand Henry et moi nous sommes rencontrés, on a commencé à écrire de la musique ensemble, ou à s’envoyer des morceaux. Et on s’est retrouvés à refaire exactement la même chose, alors qu’on ne l’avait quasiment plus fait pendant presque dix ans. Et je pense que le progrès, là-dedans, c’était qu’à l’époque, on était peut-être encore en train d’apprendre à se connaître. C’était une façon de découvrir quelqu’un. Alors que maintenant, on avait déjà cette confiance qui s’était construite entre nous. Et c’était donc une progression vers davantage de confort, de liberté pour explorer les choses ensemble, et pour être en quelque sorte de vrais guides l’un pour l’autre. Et je pense que c’était une vraie forme de progression, parce qu’il y a probablement eu une période où on se perdait un peu en essayant différentes choses, ou en testant de nouvelles approches. Enfin, je ne pense même pas qu’on soit réellement perdus. On essayait simplement des choses. Mais revenir à cette façon de faire, ça a été une sorte de révélation. « Ah, en fait, on adorait vraiment travailler comme ça. » Et tout ce qu’on avait construit au fil du temps, en essayant toutes sortes de choses, nous a permis d’y revenir avec beaucoup plus de solidité, je pense.
Est-ce que tu dirais que c’est un disque dont tu rêvais quand vous avez sorti votre premier EP, en 2015 ?
Emily : Ouais, carrément. En tout cas, pour moi, c’est sûr. Je ne sais même pas si j’aurais été capable de l’imaginer.
Henry : Ouais, ça en fait partie. Je pense que pour chaque album qu’on fait, on essaie de trouver la meilleure façon de faire un album. Et parfois, on se dit : « Pourquoi ne pas essayer une méthode qu’on a déjà utilisée, mais qu’on n’a pas… » Tu sais, parfois, quand tu décides enfin de le faire, ça paraît beaucoup plus évident. « Ah ouais, en fait, c’est complètement logique. » Et d’une certaine manière…
Emily : Tu ne t’en rends compte qu’après coup.
Henry : Ouais, c’est clairement un truc qu’on ne comprend que de l’intérieur. Je ne sais pas si, quand on faisait nos premiers EP, on aurait pu savoir que… Notre processus a toujours été vraiment chaotique, lui aussi. Et j’ai l’impression que pour celui-ci, on s’est davantage dit : « Et si on essayait d’en faire une méthode ? » Quelque chose sur lequel on puisse réellement compter. Et je pense que ça a fait une assez grosse différence. Je pense simplement que si tu parlais aux Emily et Henry de 19 ou 21 ans et que tu leur disais où on en est aujourd’hui, ils seraient super contents.
Ouais. C’est marrant que tu dises ça, parce que ma question suivante portait justement là-dessus. Si tu pouvais… Parce que vieillir te rend plus fort à bien des égards, mais ça peut aussi affaiblir certaines choses. Qu’est-ce qui vous manque le plus dans la version de Slow Pulp qui existait entre 2015 et 2020, avant Moveys ?
Emily : Je pense qu’il y a eu une période, au tout début, où on jouait simplement pour jouer, dans des caves et des petites salles, et où, du moins au début, pour moi, il n’y avait pas encore cette question de savoir : « OK, où est-ce qu’on peut emmener tout ça ? » Ça est venu un peu plus tard. Mais il y avait quelque chose de magique dans le fait de simplement laisser les choses arriver, sans avoir aucune attente. Je pense que c’est quelque chose qui a beaucoup changé dès lors que ça devient ton métier, parce que tu commences à espérer voir une trajectoire, à imaginer comment les choses peuvent évoluer, où tu peux les emmener. Ce qui crée forcément davantage de pression. Mais ouais, à cette époque, il y avait quelque chose de vraiment amusant et insouciant là-dedans. Par exemple, je suis partie en tournée avec les mecs pour la première fois alors qu’ils étaient déjà tous dans un groupe ensemble et avaient déjà fait une tournée ensemble. Et on est partis en tournée juste jusqu’à Philadelphie. Deux concerts là-bas, puis on est rentrés en voiture. Et pour moi, c’était le truc le plus cool du monde. Le simple fait de faire partie de quelque chose comme ça. Et ouais, je pense qu’il y a une certaine douceur dans l’innocence de cette époque. Mais tu ne la retrouveras jamais. Tu ne revivras jamais cette époque. Enfin, je ne sais pas… On n’aura plus jamais vingt ans.
Enfin, tu peux revenir à ça : recommencer à faire des concerts dans des maisons, par exemple. Mais tu ne le vivras pas de la même manière que la première fois, parce que tu sais déjà ce que c’est d’avoir joué dans plein de salles plus grandes. Tu pourrais commencer à te dire : « Putain, ce concert dans une maison est quand même moins confortable que la salle où j’ai joué. »
Henry : Ouais. Je pense qu’une partie de tout ça est aussi liée à l’âge. C’est comme tu dis, tu as raison : c’est quelque chose que tu ne peux pas vraiment retrouver quand tu as vingt ans. Et, je ne sais pas pourquoi, mais à cet âge-là, tes besoins fondamentaux semblent beaucoup moins importants. Il y a une certaine liberté là-dedans. Et une certaine excitation. Et puis tu ne sais simplement pas, tu vois ? En termes de réussite ou de progression de carrière, ouais… Conduire jusqu’à Philly, casser notre voiture et jouer deux concerts au hasard dans des maisons, ça ne t’apporte pas grand-chose. Mais c’était simplement : « Bon, qu’est-ce qui nous ferait marrer ? » Et c’est assez chouette de laisser ça guider tes actions.
J’ai fait quelques tournées en accompagnant des amis, notamment en 2023, et c’était vraiment de la tournée DIY : tu loues un van et tu essaies de faire rentrer tout le matos façon Tetris. Et mes amis me disaient toujours que leurs collègues de boulot étaient incapables de comprendre l’idée de prendre des jours de congé pour aller jouer dans des salles pourries et de passer une semaine dans le même van avec les mêmes personnes.
Henry : Exactement.
Emily : Mais c’est génial. Ça l’est toujours. On a d’ailleurs joué dans une maison à New York il y a deux semaines, et c’était vraiment génial. Et je pense que pouvoir retrouver un peu cette sensation, c’est vraiment particulier. Il y a encore des gens qui font ça comme ça. J’ai énormément de respect pour les gens qui, à n’importe quel âge, montent dans un van et partent jouer de la musique, peu importe dans quelles conditions. Je trouve que c’est vraiment le truc le plus cool au monde.
Ouais. Et justement, dans le communiqué de presse, il est question d’un son « plus grand ». Qu’est-ce que ça veut vraiment dire pour vous, dans ce contexte ? Parce que je n’ai pas l’impression que vous ayez mis davantage de distorsion sur les guitares que sur vos précédents albums. Alors, qu’est-ce que vous cherchiez pour rendre votre son plus grand ?
Emily : Encore une fois, je ne pense pas que ce soit quelque chose qu’on ait forcément choisi consciemment. Je pense que la musique que Henry et moi écoutions avait peut-être en partie ce côté très hymnique, avec un son très ample. Et on avait peut-être envie de s’en inspirer, dans une certaine mesure. Mais je pense que c’est simplement quelque chose vers quoi on était attirés. Ce n’est pas comme si, avant de commencer le disque, on s’était dit : « Allez, faisons en sorte que ça sonne énorme. »
Henry : Ouais. Je pense qu’une partie de l’explication, et en tout cas la principale pour moi sur cet album, c’est que ce qui paraît le plus grand, ce sont les voix. Et j’ai l’impression que ta voix a changé au cours des deux ou trois dernières années, simplement parce qu’on a énormément tourné. À force de tourner, tu la fais évoluer petit à petit. Et j’ai l’impression que nos morceaux prennent de l’ampleur et que tu les chantes de plus en plus fort. C’est peut-être simplement le résultat du fait d’avoir beaucoup joué, et de l’évolution de la voix d’Emily, mais c’est vraiment cet aspect-là qui me donne l’impression que le son est plus grand. Et c’est aussi une progression qu’on retrouve tout au long de nos albums. C’est peut-être une sorte de reflet de ce qu’on est : au début, tout était un peu plus serré, plus timide. Et puis tu prends de l’ampleur autant que tu peux au fur et à mesure que tu avances.
On ne peut pas parler de Slow Pulp sans parler de Madison et Chicago, mais qu’est-ce que Madison vous apporte que Chicago ne vous apporte pas, et inversement ?
Henry : Le soutien aux Packers.
Emily : Henry s’est fait plaquer l’autre jour.
Henry : J’ai failli me faire agresser dans la rue. À Chicago.
Parce que tu portais des vêtements des Packers ?
Henry : La rivalité entre Chicago et Green Bay est très profonde. Elle commence à devenir de plus en plus intense.
Emily : Pour en revenir à ta question… Je pense que Madison était un super endroit pour commencer. C’est une ville plus petite, donc peut-être que pour nous, on avait davantage accès à certaines choses. Enfin, je ne sais pas. Peut-être qu’on aurait même eu davantage accès à certaines choses si on avait grandi ici. Je pense qu’il s’y passe plus de choses. Mais il y a vraiment, je trouve, une communauté musicale très dynamique et très solidaire à Madison. On avait facilement accès à des cours de musique et à des gens qui nous encourageaient à en faire quand on était enfants. Il y a aussi une énorme communauté de ce genre ici, à Chicago. Mais pour nous, Madison, c’était simplement logique. Et je me dis que si on avait vécu ici, on se serait peut-être dit : « Il faut qu’on… » Je pense que quand on a déménagé à Chicago, on est vraiment passés à une nouvelle étape : « OK, on va essayer de devenir un groupe, un vrai groupe. » Alors qu’à Madison, c’était vraiment purement exploratoire.
Ouais. Mais j’ai l’impression que quand tu commences à faire de la musique et à avoir un groupe dans une petite ville, parce que tu n’as pas accès à tout, d’une certaine manière, tu dois créer les choses auxquelles tu n’as pas accès. Et ça te rend peut-être plus débrouillard qu’un groupe qui s’est formé à Chicago et n’en est jamais parti, d’une certaine manière.
Henry : Je pense clairement que ça nous a rendus débrouillards et économes. Et ouais, je pense qu’il y a aussi une dimension plus émotionnelle, voire spirituelle. Grandir et faire de la musique dans l’endroit d’où tu viens, ça n’a rien à voir avec le fait de déménager quelque part pour en faire, où tu es forcément plus directement influencé par la culture du lieu. Ce qui est de toute façon inévitable. Et ça nous est forcément arrivé quand on a déménagé à Chicago. Mais je pense qu’on avait déjà établi ce qu’on ressentait et ce qu’on voulait faire quand on était encore relativement proches de chez nos parents.
Emily : Et puis, quand on est arrivés à Chicago, je pense qu’on savait déjà plus ou moins qui on était. Mais ça a aussi fait de nous des outsiders, d’une certaine manière.
J’ai l’impression qu’il y a une sorte de trajectoire quand tu réussis dans le Wisconsin : tu veux explorer la grande ville, donc Chicago, puis peut-être aller à New York ensuite.
Henry : Ouais, carrément. Définitivement.
Emily : Et maintenant, on se dit peut-être qu’on va retourner dans le Wisconsin. C’est en tout cas comme ça que je le ressens.
Ouais, peut-être pour le quatrième album ?
Emily : Peut-être. Ouais.
Si je ne me trompe pas, c’est le premier album depuis Yard sur lequel vous avez recommencé à écrire de la musique ensemble. Est-ce que vous avez dû apprendre à écrire chacun de votre côté pour redécouvrir à quel point c’est amusant de créer avec quelqu’un d’autre ?
Emily : On a toujours écrit pendant tout ce temps. Henry a écrit plein de morceaux au fil du processus de Slow Pulp. Donc ce n’est pas nouveau, pas plus que notre façon de travailler sur un morceau à tour de rôle. Et c’est marrant parce qu’en fait, quand on a commencé à travailler sur la production de cet album, on l’a fait ensemble. Mais quand on écrit les morceaux, on reste encore chacun de notre côté, pour pouvoir simplement… Je ne sais pas, entrer dans notre bulle et trouver ce qu’on a besoin de faire. C’est plus ou moins ce qu’on fait depuis le début. On ne s’est jamais vraiment assis pour essayer d’écrire un morceau ensemble à partir de zéro. Peut-être qu’on essaiera un jour. Mais je pense qu’on a compris qu’on aimait avoir un certain temps seuls, une certaine forme d’isolement, quand on travaille chacun sur nos morceaux ou nos parties. Et comme tu as déjà beaucoup d’expérience là-dedans, notamment avec la production par le passé, c’était peut-être ça, le gros changement.
Henry : Non, je pense que oui, la partie production était différente. Je pense que, comme Emily l’a dit, la principale chose qu’on a changée, c’est que par le passé, j’étais vraiment très concentré sur la production, et elle, sur l’écriture. Mais il y avait quand même une sorte de chevauchement. Tu vois, on se complétait vraiment, on remplissait les blancs l’un pour l’autre. Mais c’était relativement peu structuré et ça prenait pas mal de temps. Et je pense que cette fois, on a presque créé un système dans lequel on devait tous les deux être impliqués. Je pense qu’on cherche toujours des façons de structurer notre temps. Tu sais, quand on ne tourne pas, ça peut devenir très flou. Alors on essaie simplement de trouver une façon de faire qui nous permette de rester créatifs, de rester inspirés, mais aussi d’avoir une sorte d’engagement mutuel, de nous imposer certaines attentes l’un envers l’autre. Donc, d’une certaine manière, c’était différent parce que j’étais davantage concentré sur l’écriture. Mais en même temps, on essayait simplement de faire, de manière plus intentionnelle, une version de ce qu’on avait déjà fait auparavant. Ouais. C’était simplement plus clair et plus… plus intentionnel.
Emily : Pendant quelques mois, on s’est juste envoyé des morceaux tous les deux jours environ.
Vous avez d’autres façons de continuer à vous inspirer ?
Emily : Ouais, on a une playlist partagée qu’on avait créée pour cet album. Et on vient justement d’en commencer une nouvelle la semaine dernière.
Ah, pour ce qui vient après ?
Emily : Ouais, pour tout ce qui arrivera ensuite. Mais je ne sais pas.
Henry : Je pense que… Enfin, en ce moment, c’est difficile à dire parce qu’on travaille encore sur tellement de choses. Tu vois, on reste inspirés, mais tout ça est vraiment dirigé vers certaines choses précises. On travaille actuellement sur pas mal de trucs. Donc ouais, Emily va m’envoyer plein de choses qu’elle a vues et qu’elle aime. Et aussi des idées Photoshop.
Emily : C’est vrai. Et ça dépasse même la musique.
Henry : Ouais, ça dépasse la musique. C’est simplement une façon de garder cette partie de ton cerveau qui a envie de créer, de prendre des choses et d’en faire quelque chose. Et tu sais, j’ai l’impression qu’on a de la chance parce que, par la nature même de ce qu’on fait, on a plein de raisons de le faire. Je pense que le plus important, c’est plutôt de continuer à le faire quand il n’y a pas forcément de raison de le faire.
Mais par exemple, quand on parle de l’inspiration derrière un morceau comme Red Car, né parce que tu avais vu une Mazda rouge dans la rue, avec de la musique à fond qui sortait de la voiture. Est-ce que tu dirais que, depuis que tu fais de la musique, tu t’intéresses encore davantage à certains petits détails de la vie auxquels les gens ne prêteraient même pas attention ?
Emily : Je ne sais pas. Je pense que c’est assez similaire au processus d’écriture d’un morceau. Je pense que parfois, tu ne choisis pas forcément le moment où tu trouves l’inspiration. C’est juste… Je ne sais pas pourquoi, quelque chose résonne en toi. Pour une raison ou pour une autre, tu le remarques. Et je pense que j’essaie de faire ça davantage dans ma vie, de prendre note de ces petites choses banales qui ont quand même un effet sur moi, d’une manière ou d’une autre. Et je ne sais pas, de les noter. J’ai l’impression que c’est surtout ce que je fais en ce moment. Enfin, depuis quelque temps. Je ne pense même pas que tu savais que je faisais ça depuis un mois environ. Je me promène simplement, et ensuite j’écris ce qui me passe par la tête. Ça peut être un texto bizarre que quelqu’un m’envoie. Comme l’autre jour, Henry, tu m’as écrit : « J’ai une nouvelle lampe. » Et moi, je l’ai noté.
Je me souviens que la première chanson que j’ai écrite, c’était l’année dernière. Elle n’est toujours pas sortie, mais je regardais Escape from New York. Et j’ai écrit une chanson entière avec mon téléphone dans mon sac, en plein cinéma. Tu sais, comme la théorie du ketchup : tu secoues la bouteille, rien ne sort, et puis soudain tout sort d’un coup. Et maintenant, dans mon application Notes, j’ai juste plein de phrases randoms. Est-ce que ton téléphone est lui aussi rempli de ce genre de phrases dont tu ne sais absolument pas quoi faire ?
Emily : Ouais. Elles ne verront peut-être jamais le jour, et ce n’est pas grave. Mais si, pour une raison ou pour une autre, quelque chose te touche, ça pourrait devenir quelque chose de génial dans une chanson. Ça pourrait aussi, un jour, devenir quelque chose auquel quelqu’un s’identifie, auquel quelqu’un d’autre s’accroche. C’est ce que je fais davantage en ce moment. Mais c’est toujours quelque chose qu’il faut, je pense, aller chercher d’une certaine manière, ou simplement se permettre d’être dans un état d’esprit qui laisse la place pour le trouver.
L’un des morceaux de l’album, Better Man, tourne autour de l’écart entre la personne que tu voudrais devenir et celle que tu es réellement. Mais devenir une meilleure personne, est-ce que ça implique forcément de changer tout ce qu’il y a en toi ? Ou est-ce plutôt apprendre à accepter que tu es comme tu es, et que tu n’as pas nécessairement besoin de changer ?
Henry : Je pense que c’est plutôt la deuxième option. Enfin, c’est un peu les deux. Pour moi, c’est presque… Ouais, essayer de s’améliorer, tout en étant aussi rattrapé par le sentiment que tu ne peux pas complètement échapper à qui tu es et à ce qui t’est arrivé, d’une certaine manière. Donc je dirais que cette chanson est à la fois pleine d’espoir et assez désespérée. C’est comme si elle cherchait à s’accrocher à une forme d’optimisme. Mais les deux sentiments coexistent en quelque sorte. Je pense que ça parle de cette sensation contradictoire, de ce conflit intérieur. Au fond, c’est surtout le sentiment de ne pas vraiment être à la hauteur de ce qu’on attend de soi, d’une certaine manière.
De quelle manière est-ce que tu penses être devenu une meilleure personne depuis le début ?
Henry : Depuis le début… Oh mon Dieu. Il y a dix ans… C’est une bonne question.
Emily : Je joue mieux de la guitare.
Henry : Je joue aussi mieux de la guitare. On a commencé à jouer ensemble quand j’avais 20 ou 21 ans. J’en ai 32 maintenant. Je pense que j’essaie toujours d’apprendre de mes erreurs, d’améliorer ma vie et ce qui m’entoure. Je trouve ça difficile. C’est difficile de quantifier ou même de qualifier précisément de quelles façons j’ai pu devenir meilleur.
Emily, tu devrais répondre pour Henry. Et Henry, tu devrais répondre pour Emily.
Emily : Oh, on devrait répondre l’un pour l’autre ? En fait, je pense que ce serait pire. Enfin, ça fait longtemps qu’on se connaît. Je veux dire, en dix ou onze ans, tu changes tellement. Tellement. Tu évolues de façons que tu ne contrôles pas forcément. Mais au bout du compte, c’est toujours pour le mieux. Tu apprends, tout simplement. Et ça t’aide à mieux comprendre qui tu es et ce dont tu as besoin. Et ça, ça changera toujours. Mais je pense que tu communiques mieux qu’à 20 ans.
Ça, c’est un green flag.
Emily : Moi aussi, probablement. Probablement tous les deux. Enfin, j’espère que tout le monde évolue comme ça entre 20 et 30 ans.
Henry : J’ai l’impression que c’est peut-être vrai pour nous deux, et probablement même pour tout le groupe. Quand on avait 19 ou 20 ans, j’ai l’impression qu’on était tous assez anxieux, mais pas très doués pour communiquer. On manquait de confiance, tout en pensant plus ou moins en avoir. J’ai l’impression qu’on était tous un peu comme ça. Et maintenant, j’ai l’impression que tout le monde est un peu plus calme.
Ouais, parce que le succès que vous avez rencontré vous rend plus détendus. Parce que vous savez que ce que vous faites fonctionne. Alors qu’à 20 ans, tu montes un groupe et tu te dis : « Et si ça ne marche pas ? Je vais devoir avoir un boulot normal. Je vais devoir abandonner mes rêves de musique », tu vois.
Emily : Ouais, on était un peu plus à cran à l’époque.
Henry : J’étais vraiment très stressé. Ouais, tout le temps. Enfin, en partie parce que je n’avais tout simplement jamais envisagé de faire autre chose. Que ça marche ou pas, tu vois. Donc j’étais juste là : « Oh mon Dieu… »
Emily : Ouais, c’était probablement notre plus grosse différence à l’époque : Henry était en mode « il faut absolument qu’on y arrive », et moi, j’étais plutôt détendue. Je n’y réfléchissais pas vraiment. Lui, il a vraiment fait en sorte que ça arrive. Et moi, je me suis un peu laissée porter. Et maintenant, j’ai l’impression qu’on est sur la même longueur d’onde.
Henry : Je pense que tout le monde voulait que ça marche. Mais moi, je n’avais vraiment aucune idée de ce que j’aurais pu faire d’autre. Alors que tous les autres auraient pu faire autre chose.
Imaginons un monde parallèle dans lequel Slow Pulp n’existe pas. Qu’est-ce que tu aurais fait de ta vie ?
Henry : Mon vrai rêve… ce serait de travailler pour la ville et de conduire une balayeuse.
C’est vraiment trop cool, en fait.
Henry : Mais c’est assez difficile d’obtenir ce genre de poste.
Emily : Si Henry pouvait décrocher un de ces postes, il quitterait le groupe.
Henry : Je quitterais le groupe.
Tu ne pourrais pas faire les deux ?
Henry : Non. Parce qu’il faut vraiment s’investir à fond dans la balayeuse. Je vais balayer les rues et m’y consacrer entièrement.
Emily : Mais maintenant, c’est un boulot saisonnier.
Henry : C’est vrai. En fait, je crois que je pourrais faire le groupe et la balayeuse.
Emily : Je ne sais pas non plus ce que je ferais. J’ai l’impression que toutes mes autres compétences sont aussi spécialisées que la musique. J’ai quitté la fac pour faire de la céramique. Et puis je faisais aussi du ballet. Je pense que si je faisais de la danse et de la céramique, j’aurais une vie géniale.
Et tu pourrais même faire des objets en céramique pour le groupe. Du merchandising en céramique, par exemple.
Emily : C’est vrai. Ce serait juste difficile à transporter en tournée.
Ouais, mais pour un concert à Chicago ou à Madison.
Emily : C’est vrai… Maintenant, tu me donnes des idées.
J’ai l’impression que Better Man fait écho à Slip Away, notamment dans cette idée de ne plus chercher à fuir cette partie de soi-même, mais plutôt d’apprendre à la comprendre et à vivre avec. Si tu avais découvert ce sentiment plus tôt, comment est-ce que ta vie aurait été différente ?
Henry : Je ne pense pas que ce soit forcément un sentiment. Enfin, c’est clairement un sentiment profondément ancré en moi. Ça l’a toujours été. C’est comme quand tu t’assieds pour écrire une chanson et que tu ne sais pas exactement ce qui va en sortir. Et je pense que, dans l’ensemble de cet album, il y a certaines choses que… Parfois, écrire une chanson est une manière plus simple de mettre des mots sur un sentiment abstrait que d’essayer simplement de réfléchir à ce que c’est. Mais je pense que si ça vient aussi facilement, c’est parce que ça parle de certaines choses dans ma vie qui sont vraiment profondément ancrées en moi. Donc il y a beaucoup de choses à écrire. Mais ouais, je ne sais pas… C’est difficile de dire si la chanson en elle-même change quoi que ce soit. À part peut-être qu’elle me permet d’avoir une relation plus intime avec moi-même.
Ouais, mais parfois, avoir une relation plus intime avec soi-même, c’est justement ce qui fait de toi une bonne personne.
Emily : Voilà. Enfin, j’espère. C’est le but.
Dans Entertainer, vous parlez aussi d’être un artiste torturé. Mais est-ce que ça vient des gens qui t’entourent ? De la société ? Du label ? Ou est-ce que tu penses que, parfois, c’est toi-même qui crées cette idée de l’artiste torturé ?
Emily : L’artiste torturé… C’est probablement surtout auto-infligé.
Henry : C’est probablement auto-infligé, mais c’est aussi… Je ne sais pas si quelqu’un le fait vraiment. Je ne dirais pas que ça vient de la société, mais c’est simplement lié à la nature de ce que tu crées. Et au fait que ce soit quelque chose que les gens consomment réellement. Le fait d’avoir un produit, ou un sous-produit de toi-même, qui devient quelque chose de consommable… Je pense que ça te fait forcément quelque chose, en tant que personne. Peut-être que le choix de devenir comme ça est auto-infligé, mais c’est aussi quelque chose dont il est relativement impossible de s’échapper.
Et pour la dernière question sur l’album : Yellow and Green fait référence au changement des saisons, mais aussi aux Green Bay Packers. Qu’est-ce que les Packers représentent pour vous qui vous rappelle Slow Pulp ? Le communiqué de presse parle de résilience, mais est-ce qu’il y a autre chose ?
Emily : Voyons voir… Henry, je pense que tu es presque mieux placé que moi pour répondre à cette question.
Henry : La persévérance. C’est la persévérance. Green Bay, c’est la plus petite ville de la ligue. La plupart des équipes de NFL viennent de villes moyennes ou grandes. Et puis il y a Green Bay. Et c’est l’une des plus anciennes équipes de la ligue. Mais je pense qu’il y a quelque chose de presque spirituel dans le fait que… Les Packers sont une équipe de football très sérieuse. Ils ont une grande histoire, mais ils viennent quand même un peu du trou du cul du monde. Je pense que, d’une certaine manière, être fan des Packers quand tu viens du Wisconsin, ça donne aussi un peu cette impression. Et on a vraiment eu beaucoup de chance de pouvoir faire ce qu’on fait, à quelque niveau que ce soit. Mais ce n’est pas forcément quelque chose de très courant là d’où on vient. Et je pense que, d’une certaine manière, les Packers, ce n’est pas si différent.
Ce qui est intéressant avec les Packers, c’est que c’est une équipe qui appartient à ses fans. Elle n’appartient pas à un milliardaire de la tech qui pourrait simplement faire ce qu’il veut. Donc peut-être que, d’une certaine manière, vous aussi, vous comptez sur vos fans. Vous pensez à eux quand vous faites de la musique, plutôt que de simplement penser à ce que l’argent vous dit de faire.
Emily : Ouais, absolument. Je pense qu’on essaie vraiment de faire ça de manière assez consciente. On n’a pas besoin des milliardaires.
Et donc, pour la dernière question de cette interview – c’est une question qu’on me pose toujours : quelle est la question qu’on ne vous a jamais posée et que vous avez toujours rêvé qu’on te pose ?
Henry : La question que j’aimerais qu’on me pose… C’est celle à laquelle on va devoir réfléchir le plus longtemps. Là, je ne pense qu’à la question la plus débile qui soit. « Quelle est ta saison préférée ? » Je ne sais même pas quelle est ma saison préférée, ni quelle est ma soupe préférée.
Quelle est ta soupe préférée ?
Emily : La soupe pommes de terre-poireaux. C’est une soupe très française, en fait.
C’est vrai, ouais, mais je n’aime pas vraiment les poireaux.
Emily : Quel est ton légume préféré ? Si tu étais un légume, quel légume serais-tu ?
Tu m’aimerais toujours si j’étais un légume ?
Emily : Tu m’aimerais toujours si j’étais un poireau ?
Henry : Je serais probablement une soupe aux lentilles.
Emily : Et toi, Jules, c’est quoi ta soupe préférée ?
Oh, c’est une bonne question. En France, on a un bouillon de poulet qu’on appelle la poule au pot. Donc je dirais un bouillon de poulet avec quelques nouilles, tu vois, un truc que tu bois en hiver. Quelle soupe serait Slow Pulp ?
Emily : Une soupe alphabet.
Henry : Pas mieux.