Temple Songs est une nouvelle – et la plus belle – pierre posée sur le chemin d’émancipation que Laura Veirs a initié au début des années 2020. Ce quatorzième album studio est une manière de retour à ses tout débuts, quand avec sa guitare elle était seule maîtresse à bord, aux dernières lueurs du XXe siècle – elle a depuis ciselé un art magistral du songwriting ainsi que l’édification d’un style personnel, déployé autour d’un chant à la fois tendre et tranchant, tel un cœur qui continuerait de battre dans une gangue de glace.
Entre-temps, ses albums furent réalisés par son mari et collaborateur, l’incontournable Tucker Martine. Leur séparation initia pour Laura une quête d’indépendance, avec le très beau Found Light en 2022, coréalisé avec Shahzad Ismaily. L’année suivante, de manière radicale, elle fit paraître Phone Orphans, collection de chansons originales livrées sous la forme de simples démos enregistrées avec le dictaphone de son téléphone portable. Nouveau départ, par le biais d’une reconnexion nue aux racines de sa musique.
Jamais Laura ne s’était autant rapprochée d’un de ses modèles Elizabeth “Libba” Cotten, femme libre et forte tête, rêveuse obstinée et blueswoman magnifique, à laquelle elle consacra un livre illustré en 2018 (Libba: The Magnificent Musical Life of Elizabeth Cotten). Voici Temple Songs, le premier album que Laura Veirs a composé, interprété, joué, enregistré et réalisé entièrement seule.
À l’automne 2025, trois mois durant, elle l’a façonné de manière artisanale et solitaire dans son home studio, “Temple of Bloom”, improvisé sous la verrière de son abri de jardin. Les chansons s’articulent naturellement autour de sa voix et de son jeu de guitare acoustique en fingerpicking. L’une comme l’autre éclatent ici par leur subtilité et leur intensité rentrée, l’indocilité qui se glisse comme en contrebande dans leurs moindres frémissements.
L’état de grâce de Carbon Glacier (2004)
Autour de ce noyau circulent d’autres instruments que l’Américaine fait entrer et sortir en de légers tourbillons. La guitare électrique, parfois une basse ou des percussions, le décuplement du chant, viennent apporter aux chansons leurs nuances et reliefs. Chacun des douze titres, qui dépassent rarement les trois minutes, se concentre sur l’essentiel. Au plus près, on écoute les chansons de Laura Veirs comme on en tâterait le pouls, devinerait le squelette sous la peau caressée.
L’album renoue avec l’état de grâce de Carbon Glacier (2004) et sa musique traversée de courants d’air pur, s’élevant au fur et à mesure qu’en défilent les secondes, spirituelle. Le temple de bric et de broc s’incarne haut-lieu liturgique, rappelant l’importance que peut revêtir une poignée de chansons quand elle est ainsi livrée, sous le feu de l’inspiration, en toute sincérité et sans artifice. Accueillant le sifflement des geais autour, le souffle du vent dans les bambous et le tambour digital de la pluie sur les châssis de verre, elle se fait, en un geste intime, écho du monde.
SORTIE CD, VINYLE ET NUMÉRIQUE