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The Devil's Door
And Also the Trees
AATT

Avec « The Devil’s Door », And Also The Trees ouvre sa boîte de Pandore

Quelle est la raison de la longévité ? Qu'est-ce qui rend une œuvre plus pertinente qu'une autre ? Comment peut-on à la fois se maintenir au sommet de sa créativité tout en combinant modernité et actualité, renouvellement et inspiration neuve ?

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Comment parvient-on à conserver ce qui faisait notre pertinence première, cette force des premiers enregistrements, cette surprise inédite de la découverte, cette curiosité qui, chez d’autres, s’émousserait pour ne plus être qu’un mirage, une fata morgana ? C’est un peu ce qui saute aux yeux et aux oreilles à l’écoute de chacun des nouveaux disques des frères Jones, des vétérans d’And Also The Trees. Ce groupe affilié un temps au courant Post-Punk ou Cold Wave qui fit plus que s’affranchir des carcans de cette étiquette pour aller ailleurs, dans un autre espace-temps, dans des plaisirs inconnus. 

The Devil’s Door, 17ème album d’And Also The Trees, vient clore une trilogie entamée par The Bone Carver (2022) puis Mother Of Pearl Moon (2024) déjà acclamés tous les deux dans les pages de Magic. Ce qui constitue l’esprit commun, le noyau de cette trilogie, c’est peut-être cette espèce de traversée de cette Europe fantasmée, d’une Mitteleuropa, d’un lieu hanté de ruines, de vestiges d’une civilisation ou disparue ou en phase de décadence. Dans ses arrangements et dans ses ambiances, Simon Huw-Jones, son frère et guitariste Justin, le batteur Paul Hill, le bassiste Grant Gordon et le clarinettiste Colin Ozanne dessinent les contours d’une dérive un peu étrange, une déambulation dans les rues de Porto ou de Buenos Aires, dans la fumée ténébreuse d’un cabaret à Berlin dans les années folles, dans un jeu de théâtre d’ombres qui n’en finissent pas d’agoniser et de se décomposer. Il y a depuis toujours chez Simon Huw-Jones quelque chose du geste d’un pasteur mais d’un pasteur halluciné et tourmenté, mangé par sa foi et son désespoir. 

The Devil’s Door est une suite de visions terribles, d’une grande cohérence, d’une forme de linéarité qui avoisine à la monotonie pour mieux nous piéger dans sa torpeur. Les horizons peuvent vite se perturber comme ce I Lit a Light qui nous envahit de son orientalisme de façade. La guitare de Justin Jones sonne souvent comme un sirtaki, comme un clin d’œil au compositeur Míkis Theodorákis. Ecoutez The Silver Key, possible rémanence ou écho lointain de House Of The Heart (1988). Chacune de ces onze chansons sont comme des odyssées vers des Cythère de fortune, le zéphyr toujours à son zénith. And Also The Trees n’est pas seulement un groupe en plein exercice, ce sont aussi des artistes en totale liberté qui ne cessent de chercher encore et encore, des musiciens qui explorent de nouveaux territoires sans jamais se renier, des musiciens qui expérimentent et acceptent de se perdre pour mieux se retrouver ailleurs.

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