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The World Ended a Long Time Ago
This Immortal Coil
Ici d'Ailleurs

Chronique : This Immortal Coil, à prendre et à troubler

Second volet de reprises hommages au groupe Coil, "The World Ended a Long Time Ago" de This Immortal Coil pervertit l'héritage du duo britannique pour mieux le célébrer. Magic en fait l'album de la semaine du 9 décembre 2022.

Il y a un je-ne-sais-quoi qui se cache dans l’art délicat de la reprise, un quelque chose parfois effleuré, rarement atteint, un objectif souvent raté. Quelque chose qui pourrait être ce dialogue indicible entre deux créateurs mettant à distance les espaces-temps, les disparitions et qui floute les territoires. À qui appartiennent ces mots ? Qui a écrit cette mélodie ? Quand la reprise parvient à son excellence, on n’en a finalement que faire. Ce qui prime alors, c’est cette conversation entre deux artistes qui s’instaure, cet échange chargé tout autant de respect que d’un besoin de trahison. S’emparer d’une chanson, c’est toujours, quelque part, tuer le père.

On entend cette dimension œdipienne dans ce second volet hommage au répertoire du groupe Coil initié par le label Ici d’ailleurs. Treize ans après The Dark Age of Love, The World Ended a Long Time Ago nous replonge dans les compositions de John Balance et Peter Christopherson. Encore une fois, les fidèles Christine Ott et Matt Elliott sont de la partie sur ce disque qui s’appuie aussi sur la présence de Massimo Pupillo de Zu, David Chalmin, Gaspar Claus, Aidan Baker, Franck Laurino et Eric Aldéa de Zëro, Maxime Tisserand, membre de Chapelier Fou, Ulver, Aho Ssan et Shannon Wright. Le résultat dépasse toutes les espérances à l’écoute. La frontière est insaisissable entre ce qui vient de Coil et ce que chacun des protagonistes apporte. N’attendez pas ici une interprétation paresseuse des morceaux du duo britannique mais plutôt quelque chose qui respecte l’esprit de Coil tout en le pervertissant. C’est un peu comme si l’angle de vue choisi décidait de mettre en évidence tel ou tel élément du décor mis au second plan dans le morceau original. The World Ended a Long Time Ago dégage pourtant une grande cohérence par son homogénéité sonore, avec cette espèce d’ambient neurasthénique qui doit autant au bruitisme de l’industriel qu’aux motets médiévaux. Difficile de ne pas être bouleversé par la vision sublime de Cold Cell, chargée des spectres entendus chez Arvo Pärt et Hans Ek. L’urgence tranquille, l’inquiétude sourde qui habite A White Rainbow ne vous quittera plus.

L’album, avec une belle intelligence, fait la part belle à des arrangements soyeux, parfois portés par des cuivres, parfois le violoncelle de l’indispensable Gaspar Claus. D’un Corybantic Ennui tout en nuances en ouverture à un Where Are You? incarné par Matt Elliott comme si le diable lui-même vous chuchotait aux oreilles, The World Ended a Long Time Ago privilégie les atmosphères, il nous enferme dans une cage que l’on se prend à aimer. Titan Arch, porté par Ulver, pourrait ressembler à un inédit du groupe norvégien quand Dark River fait figure de chapitrage dans cette histoire étrange qui nous est racontée. Le spoken word de Magnetic North n’est rien de plus qu’une prière pour toujours plus de vide, toujours plus de chaos. Le disque joue les chauds et froids en permanence comme avec le faussement apaisé Christmas Is Now Drawing Near, le mystique Fire of the Mind ou le perturbé Going Up. This Immortal Coil livre donc un dialogue au-delà de l’au-delà, une conversation entre des artistes d’aujourd’hui et d’autres absents, un échange précieux.

SORTIE CD, DOUBLE VINYLE ET NUMÉRIQUE LE 09/12/2022 | OU DANS UN COFFRET 3 CD OU 5 VINYLES AVEC THE DARK AGE OF LOVE (2009) ET UN NOUVEL ALBUM DE REMIXES, TWISTED BY LOVE

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