Chroniques d'albums
31 août 2009
The xx - XX
Partager sur Facebook Partager sur Twitter

The xx - XX

Un tel phénomène ne se produit que de temps à autre. Et n’en est forcément que plus saisissant. Une poignée d’accords, une bribe de mélodie, une lointaine intonation, une note de basse suffisent pour gommer comme par enchantement cet infranchissable fossé générationnel. Alors, pendant quelques minutes déjà promises à l’éternité (rêvons), tout le monde y trouve son compte, ses repères, ses illusions. Comme si un passé (re)composé fricotait allègrement avec le présent pour mieux se conjuguer au futur simple et donner naissance à des chansons frôlant le plus que parfait… C’est sous une identité cryptique, The XX (référence numérique, pornographique, chromosomique ? On n’en sait foutre rien, après tout), que se cachent les responsables de cet étrange et rare exploit. Une formation mixte – les seules qui vaillent, comme s’amusait à répéter jadis Robert Forster, qui en connaissait un rayon en la matière – et géométrique : deux filles, deux garçons. Et d’infinies possibilités. Des jouvenceaux dont l’histoire, forcément inattendue – comment pouvait-il en être autrement ? –, ne va pas tarder à être sur toutes les lèvres. Il était une fois…

Dans le sud-ouest de Londres, Romy Madley Croft (guitare, cheveux courts, voix féminine) et Oliver Sim (basse, mèche tombante, voix masculine) se connaissent depuis… la crèche et leurs trois printemps. Quelques années plus tard, ils rencontrent au collège Baria Qureshi (claviers, guitare) et Jamie Smith (rythmes, samples, production) et passent ensemble à l’action en 2005. Pour faire très court, voilà les faits. Des faits bien loin d’annoncer les ambitions artistiques d’un quatuor qui affiche dix-neuf printemps de moyenne d’âge, s’attife (un peu) comme ces ados emo – frusques noires et informes – que l’on croise à la sortie des lycées, mais cite des références à foison, quand la plupart de ses contemporains, morgue fluo en guise d’immunité, s’évertuent à s’inventer une virginité. Les quatre gamins de The XX, eux, affichent sur leur site MySpace, armés de ce qui semble être une pointe de fierté, les noms de The Cure et… Missy Elliott, Coco Rosie et… Rihanna, Chromatics et… Justin Timberlake. Drôles de couples pour autant d’associations tenant plus de l’obsession inavouable que de vraisemblances artistiques raisonnées. Et pourtant… Rien d’impossible pour ce groupe vivant en autarcie, laissant à Romy et Oliver les rênes de la composition et à Jamie, les aléas de la mise en son.

Un groupe qui reprend Teardrops de Womack & Womack et Hot Like Fire d’Aaliyah et métamorphose ces chansons jusque-là fières ambassadrices de déhanchements suaves en comptines spleenétiques pour duo feutré, comme si elles avaient toujours été siennes. Avec l’aplomb et l’impétuosité des enfants qui n’ont peur de rien et ignorent littéralement le danger, The XX a façonné son propre univers, où seules sont acceptées les règles qu’il a inventées, se payant même le luxe, à l’heure d’enregistrer son premier Lp, de débouter poliment certains des producteurs les plus en vue du moment. Sur cet Nancy Sinatra et Lee Hazlewood entrer dans le studio de Martin Hannett.

À moins que ce ne soit Bobbie Gentry et Glen Campbell que l’on entend au loin demander de l’aide à Robert Smith. Rythmes souvent minimalistes, guitares fugitives, basse aux rondeurs lancinantes redéfinissent une musique qui serait née sur les cendres d’Altamont plutôt que du nihilisme punk. Comme si les seventies n’avaient jamais existé. Le temps de Islands ou Heart Skipped A Beat, The XX célèbre une soul music née du côté de Crawley ou Salford. D’ailleurs, tout semble permis. Et son contraire aussi. The Passions ou The Chameleons produits par Phil Spector (le temps du renversant Basic Space, magnifié par des arpèges sépulcraux et des percussions presque enjouées), le concept This Mortal Coil revu et corrigé par Tamla Motown (sur le hanté The XX est bien le groupe de toutes les générations.

Christophe Basterra

Partager sur Facebook Partager sur Twitter