Chroniques d'albums
14 novembre 2011
Bonnie 'Prince' Billy - Wolfroy Goes To Town
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Bonnie 'Prince' Billy - Wolfroy Goes To Town

Il y a quelques mois, Bonnie ‘Prince’ Billy retrouvait Matt Sweeney le temps de deux chansons magistrales – Must Be Blind et Life In Muscle (single du mois in magic n°152) – que l’on avait alors envisagées comme l’annonce d’une suite (plus conséquente) de l’électrique Superwolf (2005). Il n’en est rien. Immense disque où la forme, paisible comme jamais, contraste avec la gravité du fond, Wolfroy Goes To Town mène le petit prince de Louisville devant sa glace, sans fard et dans le plus simple appareil. L’image renvoyée est sans appel : à l’heure des bilans, l’artiste se montre d’une sincérité confondante (Time To Be Clear, We Are Unhappy). Tel un prisme, ses dix titres démultiplient les sentiments de qui les fréquentent : une âme arrivée là chancelante basculera dans la plus profonde mélancolie, alors que des amants éperdus y trouveront leur bande-son idéale. Ainsi va le monde du pudique Bonnie ‘Prince’ Billy, humain à la faconde surnaturelle, écartelé entre rires et larmes depuis l’ouverture du premier Palace, sur les rives du fleuve Ohio, en 1993.

New Whaling

Black Captain

D’une antédiluvienne guitare en bois précieux, l’homme tire toujours ces mêmes délicates harmonies d’arpèges de grande lignée… On ne connaît guère que Nick Drake, Robert Wyatt ou Leonard Cohen pour transmettre autant d’émotions avec si peu de notes. Dès No Match, placé en ouverture, celui qui fut jadis adoubé par Johnny Cash évoque cet autre monument qu’est Elvis Presley. Frisson garanti. Un groupe l’accompagne, qui s’effacera à mesure que les chansons s’enchaînent. À la guitare, le précieux Emmett Kelly émerveille en bras droit attentionné, tandis que les chœurs aériens de Angel Olsen font honneur à son prénom, de la quiétude sépulcrale de Cows au lyrisme à peine contenu de Night Noises. Perdu dans une quête métaphysique tel le capitaine Achab de Moby Dick (Black Captain, New Whaling), Bonnie cherche toujours sa Clyde, le verbe haut et le ventre noué. Comment dès lors ne pas lui souhaiter d’accéder à la félicité à laquelle chacun aspire ?

Renaud Paulik

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