Rééditions
19 mai 2010
Soso - Tinfoil On The Windows (Réédition)
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Soso - Tinfoil On The Windows (Réédition)

L’avènement du post-hip hop de blanc-bec incita une nuée de diseurs de franches aventures à évoluer sur un fil, entre confession rendue universelle par une juste sincérité et branlette voyeuriste à demi-mot. Troy Gronsdahl, alias Soso le rappeur canadien venu d’un foutu trou perdu (Saskatoon dans le Saskatchewan, ça se cartographie pas facilement !), a toujours su éviter l’écueil misérabiliste en dépeignant son nombril avec un aplomb de sage cadencé par des beats d’ascète. Si la prose reste invariablement mature sur Tinfoil On The Windows, un album paru à l’origine en 2007 via la turne québécoise Endemik Music, la parure minimale laisse la place à des arrangements plus ambitieux concoctés par l’ami du coin Maybe Smith.

Riffs de guitare qui filent comme des spectres en déposant derrière eux des traînées de larsen, halo bruitiste mortifié par le piano, vibraphone qui tapote joyeusement sur les nerfs, sprint final libérateur… D’emblée, les neuf minutes de la montée dramatique Rubber Rings aiguillent sur les intentions éclectiques du tandem et anticipent, par sa transversalité enflammée des styles, Alopecia (2008) de Why?. Sur All The Useless Things These Hands Have Done, la familiarité avec Yoni Wolf surgit de plus belle au moment où Troy délaisse son spoken word professoral pour vocaliser comme un chanteur soul, rugissant tel un oisillon déphasé à grand renfort de falsetto en carton-pâte. Mais si le refrain chanté de Your Mom Is In The Next Room borde agréablement l’emballement pop de la chose, les cordes vocales se distendent au-delà du bon sens sur One Eye Open, jusqu’à gâcher la complainte ralentie et son final gavé de guitares hurlantes. On redoute que For A Girl On A Faraway Hill, avec son introduction de fausset, subisse le même sort, mais la suite disperse les doutes avec le souffle et l’entrain d’une fanfare typiquement montréalaise (l’accordéon, les chœurs à l’unisson, tout ça).

Une exaltation qui tranche avec Floorboards And, instrumental dont le piano résonne au ralenti, à la vitesse de l’affliction. Ne manque que la voix branlante d’Andrew Broder pour entendre un inédit soustrait à Ether Teeth (2003) de Fog. Si le critique Sylvain Bertot, spécialiste français du genre intime et rappé (Popnews, Fake For Real), trouverait sûrement à redire quant au choix précis de cet essai comme plus juste porte d’entrée à l’œuvre de Soso, la réédition de Tinfoil On The Windows vient densifier à-propos le catalogue de l’écurie auvergnate Kütu Folk, voisine de confession de Pastry Case et envieuse des possibilités instrumentales du Delano Orchestra. De quoi inaugurer une union que l’on soupçonne passionnante.

> Écoutez deux extraits de Tinfoil On The Windows.

Jean-François Le Puil

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