Chroniques d'albums
6 mai 2012
Nick Waterhouse - Time's All Gone
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Nick Waterhouse - Time's All Gone

Ce n’est une révélation pour personne : le rétro – et particulièrement la période 50-60 – est, depuis quelque temps, furieusement tendance. De la mode aux séries TV en passant par la déco, le cinéma ou la musique, difficile d’y échapper. Et de ne pas s’interroger. Alors que notre époque vit coup sur coup crises et révolutions, court-on se réfugier dans les jupons chatoyants de la nostalgie pour mieux oublier, de peur d’affronter un avenir incertain ? Ou bien y cherche-t-on précisément la force d’avancer, de se réinventer ? Agit-on par fantasme d’un temps déchu ou sincère empathie ? On laissera les penseurs nous orienter et, à vrai dire, nous ne sommes pas sûrs que Nick Waterhouse – vingt-cinq ans, un look classe d’intello binoclard revenu de Mad Men – en ait grand-chose à faire. Ou plutôt opte-t-il pour une autre vision des choses. Pour lui, la musique n’a pas d’âge, “elle est soit bonne soit mauvaise, elle a une âme ou non”. Pis, “la musique n’est pas rattachée à un genre en particulier, c’est LA musique”. Et après tout, oui. Pourquoi devrait-on forcément lire la musique sous le prisme de l’Histoire, rattacher constamment un son à son époque d’éclosion, et le justifier ainsi ? Pourquoi coder des genres, chercher absolument à catégoriser ce que l’on entend ? Au risque de contraindre et frustrer tout nouvel essayiste…

Nick Waterhouse préfère, lui, sentir plutôt que penser la musique. Jouer ce qu’il est, ce qui le constitue, sans trop se poser de question – un état d’esprit finalement très actuel. Et c’est tout à son honneur. Même libérateur – autant pour l’auditeur, le créateur que l’œuvre elle-même. Exemple en est son impeccable premier album, Time’s All Gone, édité par le label d’Hanni El Khatib. Un condensé vivifiant de R&B, soul vintage et rock’n’roll, versant à l’envi un flot suant et brûlant de sons bruts et charmeurs, quasi hypnotiques, sur un tempo aussi éreintant que chaloupé. Le tout porté par une voix rauque de crooner, et accompagné de chœurs féminins, chauds et rageurs à souhait. La force de ce premier essai ? Concevoir sans fausse note une musique définitivement rétro avec le cerveau bien fait d’un jeune génie californien du XXIe siècle. Raviver d’un sang neuf et frais ce que l’on pensait avoir déjà moult fois visité. Tout contemporain que soit Time’s All Gone, certains pourront, et peut être à raison, reprocher à Nick Waterhouse de ne pas prendre suffisamment de risque, de ne pas assez expérimenter. Peu importe, il vise ici, et avec un talent remarquable, le plaisir et la jouissance. Dont acte.

Nick Waterhouse

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