Chroniques d'albums
9 novembre 2007
Blue States - The Soundings
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Blue States - The Soundings

Nation surprise de l’Euro 2004, la Grèce possède en Andy Dragazis le meilleur numéro 10 de la pop moderne, à la fois dribbleur incomparable, passeur décisif et buteur audacieux. Basé en Angleterre, originaire de la région du Sussex mais aujourd’hui basé à Londres, ce multi-instrumentiste (guitares, basse, batterie, Fender Rhodes, orgue Hammond, Glockenspiel, harmonica et, forcément, bouzouki) officiant sous la bannière étoilée de Blue States préférait jusqu’alors le mutisme instrumental aux envolées lyriques, les plages downtempo aux morceaux chantés.

Après un premier album (Nothing Changes Under The Sun} paru en septembre 2000, l’homme – le tout premier artiste signé par ce label génial mais méconnu, Memphis Industries – offre un second volet plus affranchi et moins timoré. Baptisé Man Mountain, ce disque illustrait davantage les influences multiples de son auteur : de Vangelis à The Shadows, de Broadcast à The Smiths. Mais ces deux enregistrements ne pèsent aujourd’hui pas grand-chose en comparaison du millésime 2004, qui est pour la première fois l’oeuvre d’un vrai groupe.

En recrutant le batteur Jon Chandler (déjà croisé avec Birdie, tiens, tiens) et le chanteur-guitariste Chris Carr – un pote d’enfance -, le compositeur-producteur s’est découvert des dons de sélectionneur béni des Dieux. Il suffit d’entendre la chanson d’ouverture, qui est aussi le premier single extrait de The Soundings, pour entendre la métamorphose de Blue States.

En quatre minutes, Across The Wire réussit la rencontre au sommet d’Echo And The Bunnymen et des Doves. C’est que la bande à Dragazis réussit à faire le grand pont entre la décennie 80 et les années 2000, se jouant de la réverbération comme personne (For A Lifetime, pas si éloigné que ça de The Church), tout en utilisant brillamment les outils la technologie moderne. Ainsi, la voix lancinante de Chris Carr se marie-t-elle à merveille avec les arrangements de cuivres et de cordes {The Last Blast). D’ailleurs, on dirait parfois une plage de Badalamenti échappée d’un film de David Lynch {Output).

Dans ces motifs de clavier figurant en contrepoint des lignes de guitare cristalline, il y a parfois quelque chose d’inéluctable qui résonne {One Night On Tulane, Final Fiight), comme l’attraction fatale d’un crash annoncé. C’est à la fois fascinant, beau et effrayant.

Dans un registre plus léger et dodelinant, l’avant-dernier titre du disque, Leaning In, ressemble à s’y méprendre à une comptine mutique aux vertus curatives sinon apaisantes. Mais comme il faut toujours garder le meilleur pour la fin, Blue States signe avec Sad Song la plus belle des ponctuations finales. Entre The Apartments (pour les accents fiévreux de Carr, réminiscents de l’immense Peter Milton Walsh) et The Boo Radleys (pour la trompette hispanisante période Everything’s Alright Forever), le trio remporte le prix de la mise en son panoramique et de l’émotion garantie. Glad to be sad.

Franck Vergeade

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