Rééditions
6 décembre 2013
Roky Erickson - The Evil One/Don’t Slander Me/Gremlins Have Pictures (Rééditions)
Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Roky Erickson - The Evil One/Don’t Slander Me/Gremlins Have Pictures (Rééditions)


Comme avec Daniel Johnston, autre grand génie texan cramé, on peut prendre le cas Roky Erickson soit sous l’angle de la maladie mentale, soit sous l’angle de la musique. D’ailleurs, il suffit d’écouter It’s Over de Daniel et Anthem (I Promise) de Roky pour comprendre que les points de comparaison vont au-delà des simples considérations géographiques (cette bonne ville d’Austin). Enregistrés à plusieurs années d’intervalle mais parus aux yeux du monde à peu près au même moment, respectivement sur Continued Story en 1985 et Gremlins Have Pictures en 1986, ces deux morceaux sont définitivement jumeaux et la coïncidence est plus que troublante. Sauf que Daniel Johnston n’a jamais fait partie d’une bande aussi influente que 13th Floor Elevators, supposément (les historiens trancheront) la première formation psychédélique recensée à l’échelle mondiale. La faute à l’intitulé d’un premier LP, The Psychedelic Sounds Of The… (1966), suivi de deux autres albums essentiels, Easter Everywhere (1967) et Bull Of The Woods (1969), l’ensemble contaminant durablement les grandes musiques lysergiques produites depuis, de Primal Scream à Yeti Lane en passant par The Jesus And Mary Chain et autres The Black Angels.

Jusqu’à l’incident qui, en 1969, après une simple interpellation pour possession d’un joint d’herbe, conduit le chanteur à l’asile et met fin à la carrière du groupe. Sommé de choisir entre un séjour en prison et ce que l’on n’appelle pas encore une injonction thérapeutique, le pauvre Roky Erickson prend alors la pire décision possible, devenant malgré lui le personnage additionnel d’un mauvais remake de Vol Au-Dessus D’Un Nid De Coucou (1975) et ressortant de l’expérience complètement et durablement dérangé. Si elle est pour lui et ses proches une véritable malédiction, elle semble déjà diagnostiquée avant même l’incident, la schizophrénie de l’homme s’appliquant à sa musique. Et particulièrement à ces trois rééditions déjà ressorties par d’autres labels mais qui bénéficient ici du traitement maniaque que l’on apprécie chez Light In The Attic. Les méticuleuses notes de pochettes renseignent de manière exhaustive sur les méandres laborieux et invariablement chaotiques de ces enregistrements étalés entre 1975 et 1986, alors évoquons simplement ces trois disques décousus. The Evil One est censé être l’album du grand retour de Roky Erickson en 1981. Un LP produit par Stu Cook, le bassiste de Creedence Clearwater Revival, et édité sur une major (CBS) dont la branche anglaise peut à l’époque se permettre ce genre d’audace. On y entend des chansons sublimes (I Walked With A Zombie, Cold Night For Alligators) et terrifiantes (Night Of The Vampire, Don’t Shake Me Lucifer, Bloody Hammer) salopées par un groupe de tâcherons. S’il a assez mal vieilli, The Evil One s’écoute aujourd’hui comme un document appréciable. Il y a cette voix à la fois immanquablement douce et franchement fumasse, rocailleuse, habitée, rivale de Mick Jagger, inspirée autant par les inflexions de l’idole Little Richard que par une poésie toute personnelle influencée par la vision sous psychotropes de trop nombreux films d’horreur. Don’t Slander Me (1986), plus frontalement garage et punk (Don’t Slander Me, The Damn Thing, Haunt), souffre moins de l’épreuve du temps.

L’ex-Jefferson Airplane Jack Casady y tient la basse, et malgré quelques arrangements tout à fait ringards, on y trouve certains des morceaux les plus sensibles de Roky Erickson. Les merveilles pop absolues Starry Eyes (récemment repris par Veronica Falls) et Hasn’t Anyone Told You prouvent ainsi que derrière l’image du fou furieux se planque une grande âme romantique. Gremlins Have Pictures regroupe enfin plusieurs singles et des morceaux enregistrés en concert (dont une effrayante version d’Heroin du Velvet Underground) en compagnie de groupes à géométrie variable (The Explosives, The Aliens, Blieb Alien). Si les conditions techniques et/ou psychiques n’étaient pas toujours optimales, la foi (I Am, Burn The Flames), l’effroi (The Beast, I’m A Demon) et le génie (Anthem (I Promise), I Have Always Been Here Before) restent miraculeusement intacts. On attendra la réédition possible d’All That May Do My Rhyme (1995), chef-d’œuvre intimiste paru presque en catimini sur Trance Syndicate – le label du batteur des Butthole Surfers, Jeffrey Coffey – bien avant une énième résurrection en 2010 avec l’album True Love Cast Out All Evil enregistré en compagnie d’Okkervil River, le groupe qui a inventé Arcade Fire avant Arcade Fire. Autant dire pas grand-chose.



Etienne Greib

Partager sur Facebook Partager sur Twitter