Chroniques d'albums
9 novembre 2007
Hood - The Cycle Of Days And Seasons
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Hood - The Cycle Of Days And Seasons

Est-il vraiment nécessaire de le répéter. Des mois, des années plutôt, que l’on nous, les autres, votre frère aîné vous rabâche les oreilles avec cet album. 1991. Slint. Spiderland. La pierre angulaire, selon certains, de ce que l’on baptisera quelque temps plus tard le post rock. Six morceaux d’une impeccable noirceur, d’une désespérante beauté. Avec un sommet, ce …Washed touché par une grâce mélancolique, morceau de et en rupture absolue. Ces notes de guitare qui s’égrènent, ce chant atonal à peine murmuré. Ces cassures rythmiques. Ces instants quelques secondes qui paraissent durer une éternité de silence. Spiderland ? Premier pas vers un rock moderne. Premier disque véritablement « émotionnel ». Une merveille. Maintenant, il devient vraiment important d’insister. Des mois, des années, que l’on écoute un disque rare. 1994. Bark Psychosis. Hex. Un premier album. Un dernier album… Pouvait-il en être autrement ? Impossible pour ces quatre Anglais de mieux faire. L’amertume transformée en plaisir exquis, le crépuscule figé pour l’éternité. Quelques touches d’un jazz intemporel s’acoquinent avec une pop mutante. Une basse dub répond à des arpèges carillonnants. Encore une fois, une voix, presque (trop) lointaine, susurre. On a envie de sombrer. Hex ? Premier pas vers une pop moderne. Un chef-d’oeuvre. Enfin, il serait temps de le rappeler. Presque deux décennies que ce mini-album se refuse à quitter la platine. 1981. Felt. Crumbling The Antiseptic Beauty. Le fondement. Le disque sans lequel Labradford n’aurait jamais pu devenir Labradford. L’influence majeure (même inconsciente, forcément ? inconsciente) de toutes ces formations qui rêvent un jour de space rock, de défier le rationnel. Ces guitares si fragiles qu’elles semblent à peine avoir été touchées, ni même effleurées. Ces morceaux qui semblent à jamais durer. Cet instrumental, Evergreen Dazed, ouverture immaculée, dans le rôle du premier amendement. Ce chant si détaché qu’il semble presque surréaliste. Ce refus des conventions. Ces absences de structures. Cette désobéissance aux règles. Aux bienséances. Crumbling The Antiseptic Beauty ? L’un des disques majeurs dans l’approche musicale de cette fin de millénaire. Un précurseur. Hood vient de Leeds. Et se moque sans doute de toutes ces références évoquées plus haut. Quoique… Ce groupe, avant tout projet des deux frères Adams, existe aujourd’hui depuis près de dix ans. Depuis 1992, date de la sortie de son tout premier single, la formation a erré de petit label en petit label, de singles introuvables en albums mal fagotés. Manque d’argent, trop de précipitation. Manque de confiance. Peur du vide. Peur de l’affrontement, crainte du néant. Mais on ne peut pas fuir éternellement… Depuis un peu plus de deux ans, Hood a trouvé une structure à la hauteur de ses ambitions, Domino, défenseur de la pop concassée, de la pop fracassée, de la pop décalée. Alors, Hood ne pouvait plus reculer. C’était à son tour de jouer. À son tour de se prendre en mains, d’oser, de fermer les yeux, de ne plus penser. 1999. The Cycle Of Days And Seasons. Huit morceaux, trois interludes. Une même beauté. Une même étrangeté. Un seul album. Un résumé, parfait, effrontément parfait, des trois oeuvres pré-citées. Sur Hood Is Finished, la guitare rappelle Ennio Morricone avant qu’un saxophone ne vienne défier l’espace. Puis, un piano se perd. La voix, lointaine, a disparu. Plus tard, les arpèges de September Brings The Autumn Dawn résonnent comme une invitation au voyage. Imaginaire, bien sûr. Une invitation à la réalisation de vos souhaits les plus fous. L’intro menaçante de Houses Tilting Towards The Sea ne s’explique que par la douceur des accords qui s’ensuivent. Hood se joue du temps. Hood se joue des sentiments. Hood est en roue libre, définitivement libéré du poids difficile à porter de ses prédécesseurs. Ce groupe, adulé jusqu’à présent par une poignée d’extrémistes, renvoient ses contemporains à leurs chères études. Hood se met à nu et séduit. Subjugue. The Cycle Of Days And Seasons ? Le disque définitif, la glorification d’un état d’esprit la mélancolie , l’aboutissement de vingt ans de murmures. Un album que l’on écoutera, forcément, seul. Mais que l’on aurait tellement aimé partager.

Christophe Basterra

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