Rééditions
9 mai 2016
Souvenirs ‘magic’ : réédition des singles de Duran Duran en 2003
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Souvenirs ‘magic’ : réédition des singles de Duran Duran en 2003

(EMI/Delabel)

Duran Duran est un groupe mésestimé. Injustement mésestimé. Voilà. C’est dit. Pire, c’est écrit. N’en déplaisent aux Ayatollahs du bon goût – ou auto-proclamés comme tels – et autres plaisantins à l’humour forcément désopilant (“Arf, t’as entendu le dernier Dupont Dupont”). Certes, force est de reconnaître que pour arriver au constat préliminaire, il convient de faire quelques efforts. Et d’oublier les tenues “néo-romantico-pirates” ridicules ou les exactions capillaires parfois sidérantes, de fermer les yeux sur des vidéos ampoulées, filmées aux quatre coins du globe dans des endroits “sooooooo” exotiques, peuplées de pétasses (passez-moi l’expression) à la plastique avantageuse. Pour ne s’intéresser qu’à ce qui compte vraiment. La musique. Les chansons.

Et, exceptions faites d’un ou deux faux-pas, entre 1981 et 1985, le temps de treize singles regroupés dans ce coffret luxueux avec pochettes originelles itou, les “Fab Five” – comme on finit par les surnommer en référence aux Beatles, tant ils déclenchaient l’hystérie collective des deux côtés de l’Atlantique – ont démontré qu’ils étaient plutôt (très) doués à l’heure de signer des compos entêtantes et bien troussées. C’est un 1978 que débute à Birmingham cette incroyable éPOPée, initiée par Nick Bates, alias Rhodes, et John Taylor, qui trouvent ce nom rigolo dans le film futuro-culte de Roger Vadim, Barbarella (1968). Le groupe connaît plusieurs incarnations (la première compte comme chanteur un certain Stephen Duffy, que l’on retrouvera plus tard en solo puis au sein de The Lilac Time), avant de trouver sa stabilité au début de l’année 80 avec, outre les deux jeunes hommes précités (respectivement aux claviers et à la basse), Andy Taylor à la guitare, Roger… Taylor à la batterie (incroyable mais vrai : il n’existe aucun lien de parenté entre les trois homonymes) et, last but not least, Simon Le Bon au chant.

Avec son projet initial (marier Chic et les Sex Pistols !), il a pris quelques distances. En revanche, ses fixettes sur David Bowie (la période comprise entre Young Americans et Scary Monsters) et le Roxy Music post-Brian Eno se sont salement aggravées. Alors que les cendres du punk sont encore tièdes, que le mouvement gothique est en passe de prendre son envol et que l’on ne parle pas de “pop indie”, Londres se trouve une nouvelle lubie, avec un mouvement aussi chic que toc, où la mode se doit d’être osée, la musique, stylée.

Dans ce contexte, Duran Duran réalise son premier single, Planet Earth, sur EMI, après avoir été repéré en première partie d’une tournée de Hazel O’Connor. Rythmique impeccablement caoutchouteuse, refrain imparable, guitare raffinée, claviers évanescents : tous les ingrédients sont déjà réunis. Entre hommage à leurs inspirateurs (le groupe reprend le Fame co-écrit par David Bowie, John Lennon et Carlos Alomar sur son deuxième maxi Careless Memories) et faces B soignées (Faster Than Light accompagnant le sautillant Girls On Film), le quintette prouve qu’il est loin d’être un projet préfabriqué. En l’espace de dix mois, il se fend d’un album éponyme et de quatre singles, dont le dernier, My Own Way, annonce – certes dans une version différente – le second Lp. Sans cesse sur la route, il trouve tout de même le moyen de fignoler Rio, le disque qui va lui permettre de mettre les États-Unis à ses pieds. Soyeux, rutilant, truffé de gimmicks accrocheurs et de mélodies exemplaires, il aligne hit sur hit, à commencer par la chanson titre ou le fameux Hungry Like The Wolf, que Courtney Love et Hole reprendront bien pus tard lors d’une prestation aux MTV Unplugged.

Duran Duran s’engouffre dans une spirale ascensionnelle vertigineuse et rien ne semble pouvoir l’arrêter, d’autant plus que l’inédit Is There Something I Should Know? lui procure son premier numéro un dans les charts britanniques. Pris par la folie des grandeurs, les cinq compagnons dépensent alors des sommes astronomiques pour accoucher de son troisième Lp, Seven & The Ragged Tiger, un rien décevant par rapport à ses deux prédécesseurs. Si le “funk blanc” de Union Of The Snake fait largement la nique au Let’s Dance du maître Bowie, The Reflex, qui enfonce un peu plus le clou question popularité, est aussi horripilant (le fameux “The re-fle-flex” de l’intro) qu’ampoulé.

Après cinq années menées sur les chapeaux de roue, le groupe a besoin de faire une pose. Mais auparavant, il collabore avec le génial John Barry le temps de l’excellent A View To A Kill, dernier titre digne de ce nom à illustrer un James Bond, Dangereusement Vôtre. Mais pour Duran Duran, plus rien ne sera comme avant et c’est une longue descente qu’il entame, après les départs simultanés d’Andy et Roger Taylor en 1985 et le dernier succès qu’est Notorious, deux ans plus tard. Survivants d’une époque aussi lointaine que confuse, forts d’une nouvelle crédibilité (les participations de Rhodes et Le Bon au dernier Lp des Dandy Warhols), les cinq amis viennent de se réunir à nouveau. Seulement pour fêter la sortie de ce coffret célébrant leurs jeunes années ou pour tenter de repartir de plus belle, en surfant sur la vague d’un revival 80’s qui n’arrête pas de déferler ?

Christophe Basterra

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