Interviews
12 novembre 2018
Rolling Blackouts Coastal Fever, trépidants Australiens
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Rolling Blackouts Coastal Fever, trépidants Australiens

Avec  Hope Downs, les Australiens de Rolling Blackouts Coastal Fever ont sorti un des meilleurs premiers albums de l’année. Voire un des meilleurs tout court dans un style indie-rock, certes daté dans la production, mais passionnant tant les chansons sonnent comme des classiques instantanés. Ils étaient de passage en France, la semaine dernière, à Paris au Pitchfork et à Nantes au Soy Festival. C’est là que nous les avons rencontrés.

 

Comme sur scène, les voix s’entremêlent pour répondre aux questions. Ici, pas de leader. Rolling Blackouts Coastal Fever se définit lui-même comme une démocratie. Une hydre à cinq têtes qui avance à l’unisson. Joe White, son cousin Fran Keaney et Tom Russo sont les trois songwriters. Les voix et les guitares du groupe. Joe Russo, le frère de Tom, à la basse, et Marcel Tussie à la batterie leur apportent l’assise rythmique indispensable.

Comment a démarré  Rolling Blackouts Coastal Fever ?

Nous avons tous joué dans des groupes garage de façon sporadique à Melbourne. Ensuite, nous avons commencé à écrire des chansons pour s’amuser. Nous n’étions que trois au départ (Joe White, Tom Russo et Fran Keaney). Et la formation basse-guitare-batterie s’est vite révélée trop limitée. Il y a cinq ans, nous avons donc élargi la formation avec une section rythmique.  Nous sommes trois à écrire les chansons et le fait de pouvoir désormais les jouer avec trois guitares nous apportent plus d’espace, plus de possibilités mélodiques.

Trois songwriters ? Ce n’est pas compliqué ?

C’est beaucoup plus simple en fait ! Cela permet d’amener plus d’idées. Chacun apporte sa pièce à la chanson. Nous fonctionnons toujours comme ça. C’est très démocratique. Et puis nous nous connaissons depuis longtemps, il n’y a pas de problème d’ego entre nous.

Quelles sont vos influences ? On vous compare souvent aux Go-Betweens…

C’est vrai que nous les écoutons depuis longtemps. Nous parlons beaucoup d’eux entre nous. Quand on a composé à composer, on écoutait aussi beaucoup ce groupe suédois, The Embassy, qui mélangeait guitares et machines. On apprécie tous les groupes à guitares avec de belles mélodies. Ça peut paraître à certains un peu ringard…

Votre son peut paraître daté. Il fait beaucoup penser aux groupes indies à guitares des années 1980…

C’est sûr que nous ne réinventons pas la roue. Notre approche de la production est très classique. Nous nous imposons un cadre, des règles. Il y des pédales de guitare que nous n’utiliserons jamais, des rythmiques que nous nous interdisons. C’est une façon de nous mettre des limites. Il en faut quand vous avez trois songwriters qui mélangent leurs idées. Cela n’empêche pas les heureux accidents, les choses inattendues. On ne cherche pas à être un groupe passéiste mais on ne court pas non plus après le riff accrocheur, le motif pop qui captera à tout prix ceux qui écoutent.

Vous vous attendiez à venir jouer vos chansons jusqu’aux États-Unis et en Europe ?

Pas du tout ! On vient de finir une tournée qui s’est très bien passé en Angleterre et là nous sommes pour la troisième fois en France… On a vraiment démarré le groupe comme un hobby. Au départ, on faisait des concerts tous les trois ou six mois. C’est avec notre premier EP Talk Tight (sorti en 2016) qui ça a commencé à prendre. Le patron du label australien Ivy League a entendu une de nos chansons à la radio et il nous a signés. Les chroniques de Pitchfork pour nos deux premiers EP nous ont bien aidés aussi. Ça nous  va tant qu’ils nous donnent une bonne note (rires).

Sub Pop vous a ensuite signés. Comment vous êtes vous retrouvés sur ce label ?

Quelqu’un qui travaillait auparavant pour Sub Pop est venu à un de nos concerts en Australie, nous a entendu à la radio et a envoyé un de nos morceaux aux gens du label. Ça nous a totalement surpris. C’est un label mythique. C’était excitant et ça l’ai toujours. Nous avons rencontré les gens du label à Seattle, on a vraiment passé du bon temps avec eux. Ils sont comme une grande famille même si ils sont un des plus gros labels indépendants. Ils restent passionnés par la musique et ne sortent  que des groupes qu’ils aiment.

Votre musique semble toujours naviguer entre mélancolie et euphorie. C’est une définition qui vous convient ?

Dans beaucoup de chansons, nous essayons de trouver un équilibre, un point de tension, entre la joie et la tristesse. C’est plus intéressant que les chansons totalement joyeuses ou complètement plombantes. Parfois, les paroles sont légères et les mélodies déprimantes, parfois c’est l’inverse. Un peu comme chez The Smiths.  Cappucino City, une des premières chansons que nous avons écrites,  évoque ça. Deux amoureux qui se retrouvent à mi-chemin chacun de chez eux, dans un café totalement déprimant, qui vivent leur belle histoire dans un lieu merdique.

Le thème de la solitude revient souvent…

Oui. An Air Conditioned Man évoque justement la solitude de nos sociétés modernes, le fait de passer de différents lieux, son domicile, sa voiture, son boulot, qui sont tous climatisés. Et  Talkin Straight tourne autour l’idée terrifiante que nous serions tous seuls dans l’univers. Si l’on y pense trop, cela devient vite écrasant.  

Cela ne sautait aux oreilles ! Rien n’est jamais évident dans vos paroles…

Elles restent toujours un peu mystérieuses, histoire que chacun y trouve un sens. Elles expriment plus des sentiments que de vraies histoires. On essaie que rien ne soit trop évident. La plupart des chansons sont un mélange de fiction et de nos expériences personnelles, en essayant d’y trouver un peu de romanesque. Même si on a tous des vies très ordinaires.

Et elles sont comment, vos vies, aujourd’hui ?

Cette année a été vraiment bizarre, très occupée, épuisante mais aussi plein de bonnes surprises. On a fait plus de deux cents concerts. Ce ne sera pas comme cela tout le temps. On prévoit d’enregistrer un nouvel album pour l’année prochaine. En attendant, on  va devoir aussi retourner au boulot aussi en rentrant en Australie. Dans l’aménagement paysager, dans un café, dans les médias, la pub, la recherche… C’est compliqué de vivre de sa musique, surtout quand votre groupe est une démocratie ! Il faut partager tout l’argent que l’on gagne ! Et l’on n’en gagne pas tant que ça.

Texte : Philippe Mathé
Photo : Warwick Baker

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