Interviews
3 novembre 2015
Rencontre avec Marion Brunetto, qui orchestre la french pop électrisante de Requin Chagrin
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Rencontre avec Marion Brunetto, qui orchestre la french pop électrisante de Requin Chagrin

Le coup de foudre a été quasiment immédiat, en tout début d’année, lorsqu’est parue sur Internet la compilation La Souterraine Volume 5. Adélaide, puis Rose, puis un premier mini-album ont fini de nous convaincre que Requin Chagrin est l’une des plus chouettes découvertes pop de 2015. Son instigatrice Marion Brunetto nous raconte ces débuts réussis.

N. B. Requin Chagrin sera en tournée dans les prochains jours, de Toulouse à Paris en passant par Lyon, dans le cadre des Fêtes Souterraine.

ARTICLE Alexandre Gimenez-Fauvety
PHOTOGRAPHIE Julien Bourgeois
PARUTION magic n°196

Paris, 5 septembre 2015. Rencard est donné à l’Olympic, une salle de concert bien connue des rockeurs (Ausmuteants ou Kaviar Special ont joué là-bas récemment). Les fondateurs de l’entreprise défricheuse La Souterraine y organisent mensuellement des rendez-vous qui honorent leur vision d’une chanson française déviante et excitante.

Ce soir, la tête d’affiche est un grand espoir de la pop francophone, Requin Chagrin, révélation majeure du cinquième volume des compilations chapeautées par La Souterraine, grâce à son tube Adélaïde. Après Titus D’Enfer, c’est Alphatra, une autre découverte estampillée La Souterraine, qui chauffe l’ambiance avant l’arrivée de Requin Chagrin.

La musique d’Alphatra est indéfinissable, avec la guitare qui sature et des textes déjantés écrits par Loïc Pouliquen. La présence et l’humour de ce dernier emballent pourtant un auditoire venu avant tout pour celle qui se tient pour le moment derrière la batterie, la discrète Marion Brunetto. Une fois l’entracte passé, c’est bien la jeune femme de vingt-quatre ans, armée désormais de sa guitare Fender Strato pastel, qui mène Requin Chagrin sur le devant de la scène.

Complétée par trois garçons, la formation délivre un set concis et enlevé. Quelques mois d’existence seulement, mais déjà une élégance folle… L’histoire démarre sept ans plus tôt. En septembre 2008, Marion Brunetto débarque à Paris pour suivre des études de dessin, domaine dans lequel elle excelle par ailleurs. En 2009, celle qui pratiquait la guitare à Ramatuelle (Provence) avec un super prof” depuis ses treize ans, rencontre Loïc Pouliquen via un forum de musiciens.

Avec deux connaissances du chanteur (le bassiste Alexandre Herrou et le guitariste Christophe Baduel), ils donnent naissance à Alphatra. Marion y joue de la batterie en autodidacte. Quelques mois plus tard, c’est avec Les Guillotines que la batteuse s’acoquine, une formation rencontrée lors d’une date dans un squat à Vincennes.

“J’ai été convaincue par le chant en français grâce à ces deux groupes que j’ai rejoints”, nous confie-t-elle. “Leurs styles sont très différents, ça m’a aidée à diversifier mon jeu et à étoffer ma culture musicale (niveau garage par exemple). J’ai fait mes premiers concerts parisiens, une première tournée, des sessions d’enregistrement, etc. J’ai appris plein de trucs !” En parallèle, la musicienne bidouille chez elle des boucles sur ordinateur. Elle se met sérieusement à la composition début 2015, à l’aide d’un vieux 4-pistes à cassette et de sa guitare préférée.

Adélaïde naît de ces sessions domestiques, et quelle réussite ! Une merveilleuse pop song dans notre langue, où le son se révèle rocailleux, bancal mais si trognon, constellé de jolies guitares twangy. À ce moment-là, le projet ne porte pas encore de nom. La photo d’un requin dénichée dans un listing du site Wikipédia va heureusement taper dans l’œil de Marion. “Il donnait l’impression d’avoir raté sa carrière de requin, il ne faisait pas peur mais juste de la peine.”

Ce sera donc Requin Chagrin. Au moment de poster Adélaïde sur Soundcloud, elle “ajoute” le compte de La Souterraine. La voilà prise dans le tourbillon positif. Quelque temps après, Rose, un deuxième extrait plutôt dream pop dont la filiation évoque les grands labels anglais (4AD ou Creation), confirme les espoirs placés en Marion Brunetto.

Il est alors temps pour Requin Chagrin de devenir un véritable groupe avec Yohann Dedy (ami de longue date de la bande) aux claviers, Romain Mercier-Balaz (rencontré lors d’un concert des Guillotines) à la batterie, et Grégoire Cagnat pour assurer le lien indicible entre mélodie et rythme à la basse.

En septembre, le label Objet Disque met en téléchargement le premier mini-album éponyme de Requin Chagrin (vinyle 25 cm dispo fin octobre). Il est enthousiasmant. Outre Rose et Adélaïde, six chansons supplémentaires – à la fois sensibles et intimes – nous saisissent par la justesse de leurs textes. Le Chagrin est un hit immédiat, nerveux et évident.

RC et Bleu Nuit versent dans une surf pop aux lointains échos d’Indochine heureusement filtrés depuis une plage californienne. Riviera converse joliment avec le titre homonyme de Pendentif. Alysson est une cathédrale de réverbération, avec orgue hanté et mélodie poignante. Ciao Rubello conclut l’affaire dans une célébration fuzz. Gageons que Requin Chagrin saura préserver longtemps le charme irrésistible de cette première rencontre.

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