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20 avril 2018
Pan European Recording : une certaine idée de la pop
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Pan European Recording : une certaine idée de la pop

La troisième compilation du label parisien Pan European Recording, VOYAGE III, paraît ce vendredi 20 avril en partenariat avec Magic. En s’appuyant sur chacune des 16 chansons du disque, le fondateur du label Arthur Peschaud nous raconte la construction, l’histoire et les convictions de son catalogue : rendre possible une pop intense, libérée de tous les académismes.

  1. Arco Iris – Flavien Berger & Etienne Jaumet

Flavien Berger n’avait encore jamais fait partie d’une de nos compilations. Il est plus jeune que les autres artistes. Mais il connaissait Voyage I (2008) et Voyage II (2011). Pour lui, la personne qui incarnait le mieux la signification de “Voyage” c’était Etienne Jaumet de Zombie Zombie. Il m’a dit “moi si je fais un morceau, c’est avec Etienne Jaumet”. Ils n’avaient jamais bossé ensemble et on fait cet inédit. Etienne est comme un vieux cousin. Il figure aussi sur les deux précédentes compilations. C’est un morceau hors-format, avec une intro de 3 minutes de saxophone. Ça rappelle les groupes français à la Urban Sax, qui sont les influences d’Etienne Jaumet. Ce morceau est un fil tiré, entre l’italo-disco et la musique concrète française.

  1. Faith In Tigers – Buvette

C’est un vieux morceau qui était sur l’album Palapa Lupita, dans une version complètement différente. Lorsqu’il a monté un groupe sur les dernières tournées pour son dernier album, Cédric Streuli (leader du projet solo Buvette) jouait ce morceau en concert. Je me suis dit que c’était tellement bien qu’il fallait un enregistrement de ce morceau sur la compilation. Elle est très différente de la version album. Elle est bien plus ambiance “stade” je dirais, avec un côté un peu manga, qui va bien avec son nom d’artiste. Buvette prépare déjà son troisième album sur le label, il est en train de bien avancer et il sortira début 2019. Ce sera beaucoup plus électronique. C’est quelqu’un d’hyper productif. Il travaille avec le binôme Apollo Noir qui est chez signé TigerSushi. C’est une nouvelle façon de travailler pour lui, il est assez content d’appréhender son prochain album avec des nouvelles méthodes.

  1. Hymne Ovide – Richard Fenet

On a une dizaine de morceaux de Richard, ex-Calypsodelia. Il fait une musique qui ne ressemble à personne. C’est un morceau instrumental, mais il chante maintenant ! C’est une musique du futur qui serait nourrie d’influences d’époques mélangées dans son cerveau. C’est un mini aperçu de ce qu’il va faire ensuite. Une fenêtre sur sa composition. Il fait tout tout seul. Oud, guitare, boîtes à rythme… C’est super dansant. Un croisement d’époque et d’influence très intéressant entre Acid Arab et Gong. C’est une mini fenêtre sur son album qui va arriver à l’automne prochain. Il chante à la Jean-Jacques Burnel (The Stranglers). Tirer le fil de ce qu’il fait est pratiquement impossible.

  1. Your Words, Our World – Lisa Li-Lund

On va sortir son album dans pas longtemps, c’est une vieille collaboration, une vieille amie. Elle vient de la bande d’Etienne Jaumet et des toutes premières compilations du label. C’est un extrait de l’album qui va sortir l’hiver prochain. C’est un morceau assez triste, soul. J’adorais déjà ses démos à l’époque, trois ou quatre ans avant que je monte le label. C’est quelqu’un que je suivais et qui est devenue une très bonne amie. Pour les dix ans du label, on s’est dit qu’il était temps de faire un disque ensemble. Ce seront des chansons assez folles et plutôt mélancoliques. Elle a une sorte de sensibilité qui n’appartient qu’à elle, à la fois pop légère et pleine d’émotion. On est super fier de cet album qu’on vient juste de terminer.

  1. Mountain – Fantomes

C’est notre dernière signature. Fantomes c’est Mus (membre de Bagarre) et Paul. On a fait le constat qu’on n’avait plus beaucoup de groupes de rock. Dès les premières écoutes, c’était évident. C’est un peu « revivaliste » mais ça amène plus loin que ça. L’album s’annonce très bon. Il faut trouver le temps de l’enregistrer… Lorsqu’on remonte le fil du label, on se rend compte qu’on a sorti beaucoup d’albums de rock, que ce soit Aqua Nebula Oscillator ou Kill For Total Peace. On n’est pas un label de genre musical, mais plutôt un label sociologique, de musiques qui nous plaisent. Notre identité se trouve dans la poésie et la manière d’aborder la musique. Il y a une certaine quête de liberté. C’est important de nourrir le débat sur la musique, sur les possibilités.

  1. The Shower (Maud Geffray Edit) – Hanaa Ouassim

C’est un peu mystérieux car Hanaa Ouassim, je ne l’ai rencontrée qu’une seule fois dans ma vie, il y a cinq ans. C’est Facebook qui me l’a rappelé. A l’époque, elle faisait une sorte de concert avec Léonie Pernet, juste en percussions et voix. Elle branchait tous ses câbles pendant les balances. Il y avait un gros morceau de Booba qui passait, et elle rappait par-dessus super naturellement. Je me suis dit : “ah ouais, elle a quand même une certaine technique.” Et juste après, un morceau d’Oum Kalsoum et pareil, elle chantait par-dessus en connaissant les paroles par coeur. J’étais hyper impressionné. On a sympathisé. Et après je ne l’ai plus jamais revue. Ça fait cinq ans qu’on parle par internet. Pour la compilation, elle nous a envoyé un morceau qui était super long. C’est Maud Geffray qui s’est chargée de faire l’edit avec son savoir-faire un peu dancefloor. J’ai vraiment envie qu’on fasse un disque avec Hanaa Ouassim, une chanteuse et une musicienne hallucinante.

  1. Variations – Koudlam

C’est un inédit de Koudlam. Hyper dur. Ambiance “perdu dans les bois”. Un morceau de sensation, dans la veine fin du monde, post-apocalypse. Il faut écouter ça au casque et voyager dans les bois glacés. J’aime beaucoup, c’est hyper cinématographique. Mais ça peut être compliqué à un dîner de famille ou pour chiller. Koudlam, c’est l’artiste historique du label et j’espère que ce le sera toujours. On prépare un nouvel album, mais il a une temporalité qui est plus lente que d’autres artistes. Il est toujours dans des questionnements qui sont supra-musicaux. La musique est là chez lui pour souligner des idées plus grandes. Chaque album est une vraie construction mentale. Ce n’est pas qu’il met longtemps pour composer les morceaux, c’est que intellectuellement il a besoin de mentaliser un disque comme une oeuvre totale. Ça demande beaucoup de réflexion et de remise en question.

  1. Avant/Après – Judah Warsky

Le morceau a le même titre que son dernier album, sorti en janvier, mais il n’y figure pas. On ne l’a pas mis car il était trop différent du reste. Il y a une unité dans l’album et le morceau venait un peu casser ça. C’est un beau morceau de 7 minutes sur l’avant et l’après, sur l’allégorie du présent, presque hip-hop, qui n’est pas forcément dans la veine musicale habituelle de Judah Warsky, mais ça marchait bien après le Koudlam. Une chanson à message. On est en pleine promotion pour son album. Il est toujours présent sur la moitié des disques du label. C’est l’acolyte. Il a fait lui aussi partie du trio Turzi avec Romain Turzi et moi. On tournait beaucoup, mais avec le label et les enfants, il a fallu faire des choix et j’ai arrêté. Mais Judah Warsky a continué.

  1. Une petite sieste – Musique Chienne

C’est une vibraphoniste qui a sorti son disque en France sur le label monté par Flavien et Gaspar Claus. Ils ont un petit label qui s’appelle “Les Disques du Festival Permanent”, sur lequel ils sortent des petites références, dont Musique Chienne, qui joue aussi des vibraphones sur l’album de Buvette. Elle fait partie de la bande. C’est une pote de Salut C’est Cool. Elle fait plein de morceaux éthérés. C’est un morceau que j’ai trouvé dans les tréfonds de son soundcloud. Je l’ai trouvé tout en subtilité, une transition avec un peu de calme après Koudlam et Hanaa Ouassim. Là on peut reprendre un peu de légèreté. C’est le morceau parfait pour ça. Elle a fait beaucoup de première partie pour Flavien, Buvette et elle joue dans Lomboy aussi.

  1. Tiempo – James Darle

Une invitation. Cet album solo est passé un peu inaperçu malheureusement. Il fait partie des deux morceaux de la compilation qui sont déjà sortis. Je trouve que c’est un tel chef-d’oeuvre, ne serait-ce que pour la pochette et l’ambition du disque… J’avais trop envie qu’il soit présent dans notre compilation. Il est signé sur le label Johnkôôl, porté par de très bons amis. Quentin Kôôl et Colin Johnco ont monté ce label, et on les soutient à fond. Ils ont signé des mecs comme Losange. J’adore ce morceau, qui va très bien avec la compile. Le disque de James Darle n’a pas eu la vie qu’il méritait.

  1. Warts’n’all – Thos Henley

Thos Henley est un ami anglais qui vit en Suède. Ce morceau, on l’a enregistré au Point-Éphémère, un soir. Quand on écoute bien, on peut entendre des verres qui tombent, des gens qui parlent. On avait bien rigolé. C’est un morceau qui a vraiment le son du studio du Point Eph’. Lorsque Thos est venu à Paris, on s’est rejoints un après-midi, on a enregistré ça à l’arrache jusqu’au soir, et c’était hyper bien. En l’écoutant, on se croirait dans une sorte de taverne. C’était sur la fin de notre studio au Point-Éphémère. Cet endroit correspond plus à la période d’avant, à celle de Elasticity de Buvette, de Leviathan de Flavien. On prépare d’ailleurs un nouvel album avec Thos Henley. Il sera beaucoup plus moderne que le précédent.

  1. MHOT06 (Miserable Hangover On The Outdoor) –  Louise Roam

MHOT06 est une commande. Elle m’a envoyé ce son spécialement pour la compilation. Beaucoup de gens percutent sur ce morceau exigeant et très bien produit par l’ingénieur du son en live de Flavien Berger. J’ai hâte qu’elle sorte son album, on la suit de loin. On n’a pas pu la signer chez Pan European Recording. Je crois à fond en elle et je la pousse à signer à l’étranger. La France, c’est trop étriqué pour de la musique un peu trip hop. Il faut voir plus large que des signatures à Paris. Mais si j’avais pu la signer, je l’aurais fait…

  1. Cosmos (The Megamix) – Nikko Waves

Nikko Waves, c’est quelqu’un qu’on a rencontré dans le quartier (18ème arrondissement de Paris), qui joue un instrument très spécial, de la “guitarsitar”. Il est complètement possédé par son instrument et persuadé qu’il a un rôle à jouer important dans la musique. Je lui donne tout mon soutien ! Pour la compile, je voulais un morceau « ambiance Vietnam » à la Apocalypse Now, dans les scènes avec les ventilateurs, les persiennes et la suée. Il n’avait jamais vraiment enregistré en studio. Il s’y est mis et on a filé la piste à un ami qui fait du megamix. : ça consiste à superposer huit vinyles les uns sur les autres et à en sortir une mélodie chelou. Quelque chose d’un peu expérimental, mais il s’est attelé, en ajoutant des voix bulgares, des percus. Il en a fait un morceau d’ambiance, super cinématographique.

  1. Right Time – Calypsodelia

Le morceau posthume de Calypsodelia, spécialement fait pour la compilation car ils se sont séparés juste après, en 2017. C’est le groupe le plus compliqué du monde ! Ils ont mis cinq ans pour faire un album de quatre morceaux. C’est tellement intéressant que je pense qu’il y a une biographie de 400 pages à écrire sur ces quatre morceaux et sur le groupe en lui-même. Il n’y aura eu que trois ou quatre morceaux à la fin… Mais vivement le bouquin ! C’était un groupe qui avait un potentiel de fou, des associations de personnes hallucinantes. Mais parfois ça fait des étincelles. Vie et disparition d’un groupe.

  1. Lisboa – Gaspar Claus & Casper Clausen

C’est un disque sorti sur le label des Disques du Festival Permanent de Gaspar Claus. C’est une cour de récréation, où ils peuvent se permettre de sortir des artistes un peu décalés comme Marc Mélià. C’était logique de l’avoir dans la compilation. Il fait partie de la famille. C’est un violoncelliste hallucinant qui joue sur les albums de Flavien Berger. Un morceau très triste, mélancolique. Un morceau qui aura plusieurs autres vies. La musique est là pour exister le plus longtemps possible.

  1. Tokyo Parade – Vincent Taeger

Vincent Taeger est le batteur de Poni Hoax. J’adore ce morceau. C’est un morceau de manga, de jeux vidéos, avec une ambiance musique du futur. C’est un des seuls morceaux que j’ai de Vincent seul, lorsqu’il ne joue pas dans des groupes. Et on peut mieux découvrir ce qu’il a dans sa tête. C’est tortueux, épique. Vincent prépare en ce moment un album mais je n’aurai pas la possibilité de le sortir, car on a trop de sorties à venir. C’était la première fois qu’il me faisait écouter une composition de lui. Avec son côté Blade Runner, Akira, ce morceau est une parfaite conclusion à la compilation. Comme une sorte de générique de fin pour quitter la place.

Charles Delouche Bertolasi

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