Chroniques d'albums
14 mars 2013
John Grant - Pale Green Ghosts
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John Grant - Pale Green Ghosts

Pour saisir la radicalité et l’audace du geste, il faut sans doute s’en tenir d’abord à la simple restitution factuelle et synthétique des événements, en laissant provisoirement de côté le commentaire et les nuances : alors qu’avec la publication de son premier album solo – l’inusable Queen Of Denmark, 2010 –, John Grant semblait enfin avoir accédé à une reconnaissance critique et publique après avoir manqué de peu de disparaître dans une spirale d’autodestruction, l’ancien leader de The Czars plante ses bienfaiteurs et amis de Midlake à la veille de leur entrée en studio pour s’envoler en Islande et y enregistrer une série de compositions technoïdes en compagnie d’un membre de Gus Gus et de Sinead O’Connor. Étonnant, non ? Suffisamment pour être un instant tenté de balayer d’un revers de main les premières mesures robotiques de Pale Green Ghosts, Blackbelt ou Sensitive New Age Guy, aussi éloignées des entrelacs de cordes sophistiqués et moelleux qui conféraient leur charme majestueux aux précédents albums que Reykjavik peut l’être de Denver, et de ranger au rayon des caprices esthétiques et suicidaires ce virage à 180 degrés vers les grands frimas électroniques. Pourtant, on admire John Grant depuis trop longtemps pour ne pas dépasser cette première impression déstabilisante. Tout d’abord parce que l’on finit par dénicher avec un peu de patience sur ce second album pas toujours cohérent quelques unes de ces ballades country pop déchirantes dont il a le secret (GMF, It Doesn’t Matter To Him), propulsées vers les cieux par une voix capable de transformer la plus poussive des chasses d’eau d’Islande en un geyser bouillonnant. Ensuite parce qu’il y a aussi dans ces tentatives parfois maladroites de fusionner le cœur humain et le chant des machines, le gai lyrisme flamboyant et l’implacable métronomie mécanique, une dimension tragique et presque bouleversante qui n’est pas sans rappeler dans ses meilleures incarnations (Why Don’t You Love Me Anymore, Ernest Borgnine) la sublime démesure de The Stars We Are (1988) de Marc Almond. La qualité du résultat peut donc toujours se discuter mais certainement pas le panache.

Matthieu Grunfeld

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