Interviews
29 mai 2018
Laura Veirs, itinéraire d’une folk grrrl
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Laura Veirs, itinéraire d’une folk grrrl

The Lookout, son dixième album, était un de nos coups de cœur du bimestre passé. Laura Veirs sera en concert au Café de la Danse le mardi 29 mai. L’artiste a analysé pour Magic les ressorts de ce disque inspiré par sa discographie et sa situation de mère de famille de bientôt 45 ans, subtilement traversée par un engagement féministe qui remonte à sa vie de jeune adulte. Un entretien à retrouver dans le numéro 209 de votre magazine.

 

En tant que musicienne, quel regard portes-tu sur le phénomène #metoo, qui a plutôt épargné le monde de la musique ?

Cela m’a justement interpellée qu’il ne l’ait pas touché plus que cela. Le sexisme y est pourtant bien présent, par exemple aux Grammys. J’ai lu que sur les six dernières éditions, 9% des nommés seulement étaient des femmes. Mais plus généralement, il faut constater qu’il y a peu de plaintes dans l’industrie musicale. C’est une bonne chose, comparé à tant d’autres milieux où il est devenu évident que le sexisme a quelque chose de systémique. Je ne dis pas que le sexisme n’existe pas dans la musique, mais il est sans doute moins présent qu’ailleurs. Personnellement, j’en ai, en tout cas, peu fait l’expérience.

Tu as cependant commencé ta carrière au sein d’un groupe punk féministe, nommé Rair Kx!.

Oui. C’était à l’université, à Northfield dans le Minnesota au milieu des années 90, un groupe power punk un peu brut de décoffrage. C’était une super manière d’exprimer mon féminisme précoce. J’avais beaucoup de colère en moi et je sentais que la musique était une excellente façon de l’extérioriser. Je vivais dans le Minnesota à l’époque. J’ai tissé des liens avec pas mal de groupes féministes comme Bikini Kill, à qui j’ai écrit plusieurs lettres. J’ai découvert le mouvement Riot grrrl.

As-tu le sentiment que cette expérience a influencé ta carrière solo ?

Musicalement, c’était évidemment très différent de ce que j’ai fait ensuite. Mais il y avait aussi la démarche : être une communauté, faire les choses soi-même, être éthique, ne pas courir après les grands labels, les managers, rester un peu dans l’underground. Cette philosophie me parle toujours. Aujourd’hui encore, le groupe avec qui je tourne est constitué d’amis. C’est important pour moi. Ils sont un peu ma famille. Récemment, j’ai fait l’expérience d’une approche plus business de la musique. Je n’ai pas aimé. La musique, pour moi, c’est jouer avec des gens que j’aime, voyager ensemble, partager l’intensité des concerts.

 

 

Matthieu Chauveau

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