Interviews
12 juillet 2019
Johnny Hostile : « Chelsea Manning était notre muse »
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Johnny Hostile : « Chelsea Manning était notre muse »

La chanteuse Jehnny Beth et le producteur Johnny Hostile, venus du groupe Savages, ont composé la bande originale du documentaire XY Chelsea de Tim Hawkins, qui suit la célèbre lanceuse d’alerte Chelsea Manning à sa sortie de prison. Pour Magic, ils sont revenus  sur cette expérience inédite pour eux.

Comment avez-vous approché cette première composition pour un film documentaire ?
Johnny Hostile : Avec beaucoup d’enthousiasme, c’est le job rêvé. La musique de film a toujours été une grande source d’inspiration en général pour mon travail de producteur. Ca a commencé il y a des années, quand j’ai acheté mon premier sampler, et que je me procurais des tones de bandes originales en vinyle pour les sampler. Donc oui, la première réaction c’était : « Carrément, faisons-le ! »
Jehnny Bet : Quand le réalisateur Tim Hawkins m’a contactée pour le film, il m’a semblé très naturel de faire cette BO avec Johnny Hostile. Il a une telle facilité à créer des ambiances sonores et à transcrire les émotions en musique. Johnny travaille sans cesse de la musique instrumentale dans son studio. C’est un exercice qu’il fait déjà au quotidien. Je savais qu’on n’allait pas galérer.
Est-ce que le personnage de Chelsea Manning vous a inspiré de la musique ? 
J.H. : Oui, complètement. Elle était notre muse. Ses émotions et ses réactions dans le film sont à fleur de peau et 100% honnêtes. En tant qu’êtres humains, mais aussi en tant que compositeurs, la regarder évoluer à l’écran était très émouvant. En quelque sorte, elle était la chanteuse lead que nous essayions de soutenir musicalement dans toutes les situations. Dans certaines scènes, on a même accordé la musique à la tonalité de sa voix. 
J.B. : Tout est centré sur elle dans ce film et le spectateur la suit dans des émotions extrême, parfois contraires. En tant que compositeurs, il s’agissait de ne pas la trahir, de ne pas souligner outrageusement les scènes, de laisser le champ libre au spectateur, de ne pas lui forcer la main pour qu’il se fasse sa propre idée.
Avez-vous essayé de créer une « musique transgenre » ?
J.H. : Non. La musique par elle même se fait sans penser à la question du genre. Je n’essaierais pas de la conceptualiser de cette façon, ça serait juste impossible. La musique instrumentale est un espace libre où les choses peuvent justement arrêter d’être expliquées. C’est d’ailleurs là toute sa beauté. Elle reste dans le domaine de l’émotion. Pas dans le domaine de la pensée rationnelle où tout doit toujours faire sens. 
Participer à ce documentaire engagé, était-ce également une manière de l’être ? 
J.B. : Ce n’est pas la raison pour laquelle on a accepté de faire cette BO. C’est un plaisir de parler de Chelsea, c’est un être humain exceptionnel, une force de la nature et son histoire mérite d’être connue. Mais à mon sens, les fonctions d’artiste et d’activiste sont différentes, parfois même contradictoires.
J.H. : En tant qu’artistes, nous investissons 100% de notre corps et notre esprit dans la musique et l’art. C’est assez difficile de le faire sans se compromettre, ce qui est en soit déjà une forme de résistance. Faire en sorte que notre musique reste pure est une chose difficile à maintenir. Les gens nous demandent sans cesse de les soutenir, de donner notre musique gratuitement, de signer telle ou telle pétition, de défendre telle ou telle cause… C’est sans arrêt. Nous, on veut pouvoir continuer à procurer aux gens une médecine de l’âme, un endroit où, justement, ils oublient toutes ces merdes. C’est pour cette raison que nous devons rester concentrés uniquement sur la musique. Ceci dit, nous votons et il est clair que nous sommes contre toute forme de bigotrie, de sexisme et d’harcèlement, en particulier envers la communauté LGBT.

Propos recueillis par Benjamin Pietrapiana

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