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Sparklehorse
Mark Linkous se donne la mortY'en aura pour tout le monde. Le rockeur impénitent, le nostalgique eighties, le punk incendiaire, le toqué de l'underground, l'amoureux des traditions revisitées, le dévot soul... Depuis une poignée de mois, quel qu'il soit, le mélomane passionné encaisse les coups durs. Et pour peu qu'il ait succombé au blues moderne venu d'Amérique depuis la dernière décennie, après la mort de Vic Chesnutt en décembre dernier, il vient encore de prendre très cher. D'expérimenter cette sensation déstabilisante qui vous fait tourner la tête pour vous rendre veuf de tout cynisme, à réaliser combien la musique compte pour vous. Aussi bête que ça. Aussi bête que d'être consterné par le décès d'un type qui n'avait fichtrement aucune idée de votre existence, et qui, malgré l'attachement, n'a même pas eu la correction de vous twitter ses intentions avant de se suicider, samedi, en se tirant une balle en plein cœur. Mince, dans quel ancien monde vivait-il...
On avait pourtant rencontré Mark Linkous en 2006, à l'occasion de la sortie de Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain, le quatrième album de Sparklehorse. Un entretien quelque peu déséquilibré entre un frêle scribouillard bleubite et un géant déglingué de partout. Entre un fan bégayant et son idole mastoc. À l'époque, il nous avait raconté, à la fois avenant et lassé, le meurtre d'un ami proche, la dépression, le regain de motivation suite à la rencontre avec Danger Mouse, les relents malades d'une chanson titre où il avait reproduit le bip de la pompe à morphine qui lui tint compagnie en 1996, alors qu'une overdose de de Valium et d'antidépresseurs le laissa pour mort. Déjà. Mais pour le coup, ça n'avait duré que quelques minutes.
Dix ans après cet accident, le rural et sudiste Mark Linkous, motard loubard dans ses jeunes années, semblait toujours en convalescence, jamais vraiment remis. De ça et de tellement d'autres choses. Viscéralement tourmenté, d'une Virginie natale à la Caroline du Nord, en passant par une courte évasion californienne. À Paris, on avait patienté quelques minutes dans le couloir de l'hôtel où se déroulait l'entrevue, parce qu'il devait aller "prendre ses pilules". À la fin, on lui avait demandé de nous dédicacer le disque de Good Morning Spider, et la jaquette faite maison d'une cassette de Vivadixiesubmarinetransmissionplot, enregistrée à la fin de l'adolescence après un emprunt décisif à la médiathèque. Il avait gribouillé trois traits sans intérêt sur des disques qui comptent tellement. Des pinacles de mélancolie court-circuitée par des neurones en vrac, de sauvagerie éructée dans une douce ivresse, d'intimité fêlée et déballée avec une candeur déchirante. Du folk psychotique, du punk anormal, de la country parasitée. Des sommets vrillés de l'intérieur.
Combiner le sentimentalisme le plus pur à l'étrangeté la plus malaisée, dire l'amour et ses fantômes, la nature et ses épouvantails, l'Amérique et ses illusions, le monde et ses damnations, Mark Linkous l'a fait quatre albums durant avec Sparklehorse. Des disques auxquels il convient d'ajouter le projet collégial Dark Night Of The Soul, la production sur Fear Yourself du compère de mauvais fortune Daniel Johnston (manquerait plus que lui, d'ailleurs...), et les collaborations avec Fennesz. C'est en compagnie de l'Autrichien que la grande gigue de Linkous est apparue une dernière fois par chez nous, à l'occasion de concerts en octobre dernier.
“Il y a tant de choses négatives qui nous entourent. Mais dorénavant, j'essaie de ne plus m'inquiéter. Je lutte chaque jour contre la mélancolie qui a tendance à m'envahir naturellement. La dernière fois que je me suis laissé aller, j'ai mis cinq ans à refaire un disque", nous disait-il en 2006. Béatement, on évoquait alors une chouette renaissance. Mon cul, ouais.
> Entrevues avec Mark Linkous :
- Octobre 1998
- Avril 2001
- Novembre 2006
> Chroniques d'albums :
- Good Morning Spiders
- It's A Wonderful Life
- Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain.
- Dark Night Of The Soul
> Le cinquième effort de Sparklehorse, quasiment terminé avant le suicide de son créateur d'après Rolling Stone, devrait paraître un jour via Anti-. Un label qui sortira également, le 11 mai, le nouvel essai de Sage Francis, sur lequel apparaît Mark Linkous.
Jean-François Le Puil.
On avait pourtant rencontré Mark Linkous en 2006, à l'occasion de la sortie de Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain, le quatrième album de Sparklehorse. Un entretien quelque peu déséquilibré entre un frêle scribouillard bleubite et un géant déglingué de partout. Entre un fan bégayant et son idole mastoc. À l'époque, il nous avait raconté, à la fois avenant et lassé, le meurtre d'un ami proche, la dépression, le regain de motivation suite à la rencontre avec Danger Mouse, les relents malades d'une chanson titre où il avait reproduit le bip de la pompe à morphine qui lui tint compagnie en 1996, alors qu'une overdose de de Valium et d'antidépresseurs le laissa pour mort. Déjà. Mais pour le coup, ça n'avait duré que quelques minutes.
Dix ans après cet accident, le rural et sudiste Mark Linkous, motard loubard dans ses jeunes années, semblait toujours en convalescence, jamais vraiment remis. De ça et de tellement d'autres choses. Viscéralement tourmenté, d'une Virginie natale à la Caroline du Nord, en passant par une courte évasion californienne. À Paris, on avait patienté quelques minutes dans le couloir de l'hôtel où se déroulait l'entrevue, parce qu'il devait aller "prendre ses pilules". À la fin, on lui avait demandé de nous dédicacer le disque de Good Morning Spider, et la jaquette faite maison d'une cassette de Vivadixiesubmarinetransmissionplot, enregistrée à la fin de l'adolescence après un emprunt décisif à la médiathèque. Il avait gribouillé trois traits sans intérêt sur des disques qui comptent tellement. Des pinacles de mélancolie court-circuitée par des neurones en vrac, de sauvagerie éructée dans une douce ivresse, d'intimité fêlée et déballée avec une candeur déchirante. Du folk psychotique, du punk anormal, de la country parasitée. Des sommets vrillés de l'intérieur.
Combiner le sentimentalisme le plus pur à l'étrangeté la plus malaisée, dire l'amour et ses fantômes, la nature et ses épouvantails, l'Amérique et ses illusions, le monde et ses damnations, Mark Linkous l'a fait quatre albums durant avec Sparklehorse. Des disques auxquels il convient d'ajouter le projet collégial Dark Night Of The Soul, la production sur Fear Yourself du compère de mauvais fortune Daniel Johnston (manquerait plus que lui, d'ailleurs...), et les collaborations avec Fennesz. C'est en compagnie de l'Autrichien que la grande gigue de Linkous est apparue une dernière fois par chez nous, à l'occasion de concerts en octobre dernier.
“Il y a tant de choses négatives qui nous entourent. Mais dorénavant, j'essaie de ne plus m'inquiéter. Je lutte chaque jour contre la mélancolie qui a tendance à m'envahir naturellement. La dernière fois que je me suis laissé aller, j'ai mis cinq ans à refaire un disque", nous disait-il en 2006. Béatement, on évoquait alors une chouette renaissance. Mon cul, ouais.
> Entrevues avec Mark Linkous :
- Octobre 1998
- Avril 2001
- Novembre 2006
> Chroniques d'albums :
- Good Morning Spiders
- It's A Wonderful Life
- Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain.
- Dark Night Of The Soul
> Le cinquième effort de Sparklehorse, quasiment terminé avant le suicide de son créateur d'après Rolling Stone, devrait paraître un jour via Anti-. Un label qui sortira également, le 11 mai, le nouvel essai de Sage Francis, sur lequel apparaît Mark Linkous.
Jean-François Le Puil.
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