Chroniques d'albums
5 janvier 2011
Perio - Icy Morning In Paris
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Perio - Icy Morning In Paris

On aura longtemps la possibilité d’exploiter la mine d’or qu’a constituée la pop nantaise du début des années 90. Il s’agit d’une véritable scène musicale au sens qu’en ont donné les chercheurs anglophones en sciences sociales, de Will Straw à Sarah Cohen. Une profusion de réseaux enchevêtrés qui favorise collectivement la créativité d’un ensemble d’artistes et amplifie leur reconnaissance. Un cercle vertueux qui s’enclencha dans la ville des bords de Loire, mais qui, à quelques illustres exceptions près, resta bloqué au niveau confidentiel des médias spécialisés… La résultante en est que, après plus d’une décennie, nombreux sont ceux qui redécouvrent ce qu’ils n’ont pas su voir alors, et la période dorée s’est transformée. Elle est aujourd’hui devenue une histoire culte. Car le Nantes d’alors ne se limite pas aux carillons de l’église Sainte-Croix qu’on peut entendre sur L’Éducation Anglaise (1994) de Katerine, ni même au chef-d’œuvre de La Fossette (1992) de Dominique A. De Françoiz Breut aux Little Rabbits, en passant par Elliott – qui reprendra plus tard son patronyme civil, Pierre Bondu –, l’émulation qui traverse l’ancienne capitale bretonne est portée par quelques entrepreneurs éclairés comme le label Lithium. C’est cette structure discographique qui, à côté de Dominique A. ou de Diabologum, s’intéresse à Perio, éditant son premier album Icy Morning In Paris (1994). Son leader, Éric Deleporte, n’est pas un inconnu puisqu’il a fait trembler la ville dès la fin des années 80 avec son groupe Picasso Y Los Simios, une sorte d’hybride entre Killing Joke et The Commotions de Lloyd Cole. En dehors des guitares électriques de God With Sweater, plus rien ne rappelle le guitariste à son ancien passé. Entre-temps, lors de ses études aux Beaux-Arts, il a rencontré l’Américaine Sarah Froning avec laquelle il s’est associé à la ville comme à la scène.

Dès sa genèse, Perio est un projet d’une grande maturité. Le duo délivre sur son premier Lp une pop minimale sans batterie dont le socle est constitué par un enchevêtrement de guitares acoustiques auxquelles s’ajoutent quelques ornements acoustiques, électriques ou synthétiques, ainsi que les voix alternées ou simultanées de ses deux protagonistes. Même si le single Shine – qui comprend l’excellent Divorce Song, ici reproduit avec le titre Rabbit en bonus de la réédition de Icy Morning In Paris (1994) – sort en 1995, il faudra patienter quatre ans avant d’écouter le second album de Perio, Medium Crash (1999). Bien que le groupe ait gardé le même cap artistique, la forme des chansons a évolué. Il faut dire que le contexte de composition a bien changé. La scène nantaise a éclaté. Si certains ont migré Paris ou Bruxelles, le couple de Perio s’est exilé outre-Atlantique, posant ses valises à Chicago. L’album est davantage arrangé, et de nombreux instruments additionnels ont fait leur apparition. On trouve notamment à la batterie un certain Christian Quermalet, le chanteur de The Married Monk. D’une pop folk intimiste, on dérive vers un folk rock tout en nuances. Après diverses collaborations dans la troisième ville américaine, Perio rentre en France en 2004, avant publier le récent The Great Divide (2007), aux sonorités empruntant davantage à la pop qu’au folk, à Radiohead qu’à Neil Young. C’est l’occasion pour Deleporte de clore une trilogie d’une grande cohérence artistique élaborée au cours de treize années. L’opportunité donc de terminer un cycle, celui du travail avec Sarah Foning. Savoir s’il s’agit aussi de la fin de Perio est une autre histoire… 

Gérôme Guibert

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