Interviews
8 décembre 2010
Smith Westerns : Entrevue – 08/12/10
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Smith Westerns : Entrevue – 08/12/10

Aux âmes bien nées la valeur n'attend pas le nombre des années comme dirait l'autre. Avec une moyenne d'âge de 20 ans, la sortie du deuxième essai Dye It Blonde en janvier, et un premier single qui luit comme de la brillantine, le quatuor glam pop Smith Westerns n'en finit pas d’attiser les désirs. Juste avant une année 2011 qui s'annonce chargée tel un petit âne, rencontre avec Cullen Omori, chanteur et guitariste à la longue chevelure féminine, pour en savoir plus sur le toujours-casse-gueule-deuxième-album-de-la-maturité. [Interview Emilien Villeroy].

Smith Westerns – Weekend

Magicrpm.com : Comment va ?
Cullen Omori : Ça boume. Je suis juste emmerdé par cette histoire de pédale cassée…

Qu’est ce qui s’est passé ?
De la merde putain. On fait la balance, je branche ma pédale avec un adaptateur anglais qui n’adapte rien du tout, et y’a tout qui grille. Comme je n’avais rien d’autre en stock, on a dû fumer 300 dollars pour s’en payer une autre. J’ai les nerfs…

Mais les choses sont rentrées dans l’ordre, non ?
Ouais, tout se passera comme prévu, je pense que ça va être cool. Mais on aurait vraiment pu se retrouver dans une merde noire…

Votre deuxième LP sort en janvier. Nous ne l’avons pas encore écouté, alors il est comment par rapport au prédécesseur ?
Avant tout, nous sommes toujours le même groupe. Si tu écoutes nos anciens morceaux, tu peux tout à fait piger d’où on vient. Les nouveaux ont été enregistrés dans un vrai studio et produits par Chris Coady, qui a bossé sur le dernier disque de Beach House. On voulait que le son soit très riche. Bon, c’était déjà l’idée pour le premier, mais c’était capturé de façon tellement lo-fi que le résultat était juste bordélique. Cette fois-ci, on peut entendre distinctement les différentes couches de son. On voulait quelque chose d’accrocheur, un truc qui parle à beaucoup de gens, pas se retrouver avec une tambouille bruyante ou snobinarde. On n’a jamais voulu être ce groupe qui dit : « si tu nous piges pas, va te faire foutre ». On essaie vraiment de rendre l’écoute facile pour que tout le monde puisse aimer nos morceaux.

Est-ce que cette clarté est celle que vous souhaitiez avoir dès le début ?
Je ne suis pas sûr. Il y a certains aspects du nouvel album qui me frappent et me font dire que je n’aurais jamais voulu ça avant. Pour ma voix par exemple, qui s’entend bien plus franchement maintenant, mais que j’ai vraiment dû travailler. Auparavant, le brouillard lo-fi permettait de masquer les imperfections. Cela dit, même si nous sommes très fiers de la direction prise sur Dye It Blonde, on adore toujours The Smith Westerns, il indiquait déjà là où on voulait aller. Et puis le plus important, c’est qu’on compose mieux aujourd’hui. À nos débuts, on ne comprenait pas vraiment comment on réussissait nos compositions. Maintenant, on se dit plutôt : « mais ouais, évidemment qu’il fallait écrire comme ça ! ».

Il y a donc eu plus d’efforts dans l’écriture que dans la production ?
Ouais. On cherchait à ne pas jouer tout le temps la même chose. Il y a une palanquée de bons groupes qui se limitent toujours au même type de mélodie ou de rythme, ça devient chiantissime à force. Nous avons souhaité prendre des risques en rendant chaque titre unique, en se concentrant intensément sur chacun d’eux avant d’en choisir dix pour le LP. Pas plus parce qu’on n’en avait aucun autre d’aussi bon à foutre. Nous n’avons enregistré que ces dix-là.

Pourquoi Dye It Blonde ?
Le dernier morceau du disque s’appelle Dye The World. C’est le dernier qu’on a composé et quand on a écrit les paroles, on s’est dit que ça serait cool de faire un truc à la Michael Jackson, avec la paix dans le monde et tout, où je chanterais « blablabla, teint le monde… » en citant toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Mais on a eu la flemme de se taper huit couplets dans le genre, alors on a réduit à « teint-le en blond »… C’est cool, un peu intemporel, comme un vieux morceau des Rolling Stones ou un truc de Lady Gaga.

Vous avez enregistré tout ça quand et comment ?
En juillet et août 2010. Tout a été enregistré en vingt jours, et puis y’a eu le mixage qui a encore pris dix jours.

C’était donc plus court que pour votre premier album…
Ouais, clairement, on avait pris neuf mois pour faire l’autre, mais on n’était pas tout le temps à bosser dessus. Là, c’était intensif et rapide.

Et comment c’était de rentrer dans un vrai studio ?
Super stressant. Quand on négociait avec le label Fat Possum, on a bien insisté pour avoir une somme d’argent qui nous permettrait de faire le disque dont on rêvait. C’était pas non plus un budget à la U2, juste assez pour louer un bon studio avec quelqu’un qui saurait nous guider et nous aider. Quand on a obtenu le fric, on a tout dépensé dans l’enregistrement, que pouic dans un nouveau van ou des conneries dans le genre. Du coup, on avait pas mal de pression, on flippait de ne pas avoir assez de temps, on se disait qu’on n’avait pas le droit de merder. Si nous nous plantions, c’était foutu. Et comme on ne savait rien du rythme propre à un tel enregistrement, on réunissait tout le monde tous les quatre jours parce qu’on flippait en se disant qu’on était à la bourre. Et Chris nous rassurait : « Mais non les mecs, tout va bien là ».

L’expérience a donc filé comme l’éclair ?
Ben… non. Certaines personnes sont étonnées, mais quand tu fais des journées de 15 heures sans avoir l’occasion de sortir ou de te détendre, pfiou, ça fait long.

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Les ébauches des nouvelles chansons datent de quand ?
Tout a été écrit après le premier essai. La première qu’on a composée, ça doit être Smile Now. Je me souviens que pendant notre première tournée avec Girls et Los Campesinos!, j’avais fait écouter la démo à Christopher Owens (Girls). D’ailleurs, une partie des titres a été écrite durant l’hiver 2009, au moment où on squattait avec Girls à San Francisco en cherchant un nouveau batteur. Une autre partie a été écrite chez nous à Chicago. On est restés pendant quelques mois avec pas mal de démos dans les cartons, mais comme on avait l’occasion de faire des tournées, nous n’avons pas pressé le processus d’enregistrement. On a finalisé le tout à New York, une fois en studio.

Quel est ta chanson favorite ?
Dye The World ou Still New. J’adore la première parce qu’elle est super épique. C’est une chanson parfaite pour conduire, ou alors pour accompagner d’énormes beuveries, comme un mariage ou une fête de fin d’année. Still New est trop cool, assez bizarre, elle me plait beaucoup.

Comment arrangez-vous le passage entre cette production plus clinquante et le live ?
Pendant longtemps, le live, on s’en foutait un peu… Au mieux, c’était correct quoi. Mais après avoir enregistré, et après avoir travaillé les nouveaux morceaux ensemble en studio, on a capté ce qu’il nous fallait pour mieux dépoter sur scène. On a grandi et on s’écoute beaucoup plus les uns et les autres. Nous avons répété des journées entières pendant deux mois dans notre garage avant de repartir sur la route. J’aurais voulu qu’on ait un cinquième membre au clavier et parfois à la guitare, mais on n’avait pas les moyens. J’espère qu’on l’aura la prochaine fois qu’on viendra en Europe.

Que racontent vos paroles ? Qui écrit les textes ?
C’est moi qui m’occupe de tout. Je le fait après avoir pensé la musique… Je ne suis pas comme Elliott Smith, à remplir des cahiers entiers toute la journée. Je trouve plutôt des phrases clés et je brode autour. Quand j’écrivais les paroles du nouveau disque, je réfléchissais pas mal à l’idée de désir, aux trucs qu’on aimerait avoir. Je ne dis pas que ce sont des chansons d’amour hein ! Non, c’est plutôt centré sur nous-mêmes. Quand on était en tournée, on a parfois vécu des situations difficiles en se demandant : « Mince, personne pour nous aider là ? ». Je parle un peu de ça…

Sur le plan musical, vos influences ont-elles évoluées depuis The Smith Westerns ?
J’ai eu le malheur de dire dans une interview qu’on aimait la britpop, et depuis, tout le monde me répète que notre prochain effort le sera. Ouais, on a effectivement écouté pas mal de britpop pendant qu’on faisait l’album, mais comme je le disais, nous savons être éclectiques. À nos débuts, on voulait être glam mais les gens disaient que nous étions garage à cause du son. Pour celui-là, on voulait encore être glam, mais à la faveur de chansons très élaborées, à la John Lennon, avec des refrains qui s’étirent comme des hymnes… Un point de vue plutôt britpop en fait. Des influences 90’s, ouais, mais on reste toujours très 70’s.

Smith Westerns – All Die Young (Live)

Sinon, quand on y regarde de plus près, 2010 a été une grosse année pour vous. Pas trop fatigués par les tournées ?
C’était fatiguant, ouais, mais ça doit être encore plus dur pour les groupes de vieux. Avant, on vivait tous chez nos parents, à leurs crochets, on allait encore au lycée, c’était chiant. La tournée nous a permis de nous prendre en charge pour la première fois, loin de nos familles, et on s’est beaucoup amusés… C’était tellement cool que la fatigue passait après. On a tourné avec Girls, avec Florence & The Machines…

Avec qui c’était le mieux ?
Forcément, on est très potes avec Girls, alors c’était vraiment génial d’être avec eux. Les dates avec Florence & The Machine étaient très drôles parce que leurs fans ne nous aimaient pas du tout, ils ne pigeaient pas ce qu’on foutait là. Mais ça nous donnait encore plus confiance de voir les filles au premier rang se prendre la tête dans les mains pendant qu’on jouait. Et puis c’était dans de grandes salles, Florence est vraiment cool… Nous n’avons aucun regret. Ils n’auront qu’à écouter l’album pour comprendre.

Vous tournez bientôt avec MGMT. Comment ça se fait ?
Bonne question ! J’en sais rien en fait… J’imagine que nous avons de la chance ! Ça a du se faire via des échanges de mails je pense, mais ouais, ça va être génial, j’ai très envie de faire des grosses salles.

Signer chez Fat Possum, ça a changé quoi pour vous ?
Disons que je m’en fais moins pour notre avenir. La distribution est meilleure, du moins aux Etats-Unis, parce qu’en Europe, on est chez personne encore. Internet, c’est génial au début, quand tu veux juste faire écouter ta musique, mais après c’est bien d’avoir un label qui te permet de l’éditer physiquement et de bosser avec des gens qui aiment vraiment ton travail.

Justement, le travail avec le label, comment qu’c’est ?
C’est un jeu dans lequel tu es obligé de rentrer. Ah c’est sûr, tu peux toujours faire ton propre label, mais arrivera le moment où tu devras bosser avec les gens contre lesquels tu te bats, à savoir les majors. C’est bizarre, juste avant qu’on signe, des gens nous disaient : « Ils vont vous bouffer les gars, gaffe ! »… Et ils n’avaient pas tout à fait tort, il y a plein de stéréotypes qui sont vrais. C’est surtout flagrant avec les gens des grosses compagnies qui viennent te voir du genre : « hé, j’adore ton nouvel album ». Tu leur fais : « ah ouais, c’est quoi ton morceau préféré ? », et là ils sont infoutus de te répondre parce qu’ils n’ont rien écouté en fait. Ouais, forcément que tu l’as vachement aimé mon disque… Connard !

Pour finir, le meilleur album du monde à vos yeux ?
Je pense que Last Splash (1993) des Breeders est un disque que je pourrais écouter en permanence. Il y en a d’autres hein, mais celui-ci est le meilleur, au niveau des paroles, du son, de tout. Il est parfait.

Emilien Villeroy

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