Interviews
7 mars 2019
Elias Dris: « En studio, le mot « non » ne devrait pas exister »
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Elias Dris: « En studio, le mot « non » ne devrait pas exister »

Pour composer son deuxième album, Beatnik or not to be, Elias Dris s’est mis en quête de nouveaux sons. Il s’est volontairement éloigné de son style folk pour créer un nouvel univers fait de prises de risques et de tentatives sans limite. Le Parisien a raconté pour Magic cette volonté de nouveauté.

 

Quelles étaient tes envies au moment de rentrer en studio pour enregistrer ton deuxième album Beatnik or not to be ?

J’avais envie de tester autre chose, de ne surtout pas me limiter, d’aller là où j’en avais envie. C’était un moment hyper intense et j’avais peur de me censurer. Donc j’y suis allé de façon hyper frontale en me disant « c’est peut-être une mauvaise idée mais j’ai envie de la faire et j’y vais quand même »L’idée, c’était surtout d’explorer, d’accepter des sonorités qui font parfois un peu peur et où l’on se demande si ça va être agréable à l’oreille.

Tu composes toujours tes chansons à la guitare ?

J’ai commencé à écrire avec la guitare et en fait très vite je me suis un peu fait chier. J’étais tombé dans un jeu hyper performatif. Je ne savais plus quoi faire simplement avec cet instrument. Je cherchais de l’excitation, je pense, et je ne la trouvais pas. Je me suis dit que j’allais en changer pour avoir la base des chansons. Je me suis mis au piano, que je ne connaissais pas du tout. Être au piano m’a mis un cadre, m’a limité en quelque sorte et m’a permis de travailler de façon plus instinctive. J’ai écrit beaucoup de morceaux comme ça pour les réarranger ensuite à la guitare. J’ai aussi composé à partir d’un banjo sur Messie’s Storm et Tempest même si, à la fin, ça ne s’entend pas.

Du coup, ce disque est très différent du premier.

J’ai essayé de faire Gold in the Ashes (son premier album, ndlr) en allant au bout des choses. Je crois avoir réussi ce pari : j’ai fait les folk songs dont j’avais envie. Si je devais refaire un album de folk maintenant je ne sais pas ce que je pourrais proposer de nouveau. Donc, ça ne m’intéressait pas. En revanche, j’écris toujours de la même manière, je pense que les chansons sont quand même dans l’écriture, dans la composition, pas si éloignées du premier album. Mais le but, c’est aussi de s’amuser en studio et de chercher des choses excitantes.

Le son de Beatnik or not to be semble plus massif, plus électronique aussi, avec une densité plus importante d’instruments. C’était aussi ça, ton envie de prises de risques ?

Je voulais faire plein de choses mais je ne savais pas si j’étais capable de tout faire. J’ai beaucoup enregistré : pour la plupart des chansons, il y avait au minimum entre 3 à 7 démos, avec des arrangement différents, des idées différentes. Au studio Black Box (à Noyant-la-Gravoyère dans le Maine-et-Loire, ndlr), on a tout utilisé, et David Odlum, notre ingénieur du son, nous ramenait des trucs de chez lui tous les jours, des pédales, des synthés… Ce qui était difficile, c’était d’arriver à un stade où je pouvais me dire « là, j’ai la bonne piste et c’est vers ça que je veux aller« . On a fait beaucoup de recherches et c’est pour ça que chaque chanson est presque une surprise.

As-tu eu ce désir d’expérimentation aussi au niveau de ta voix ?

Sur la voix, ça ne s’entendra peut-être pas. Ça s’atténue toujours quand on enregistre les chansons. J’avais envie de plus déclamer mon texte, de moins me regarder. J’ai fait très peu de prises de voix, trois en général à chaque fois, ce qui n’est vraiment pas énorme. Comme on a tellement travaillé la musique en général, j’enregistrais une voix pour avoir la ligne directrice et puis après j’allais la chanter, deux-trois fois et c’était fini.

Par souci d’authenticité ?

Au contraire, on a essayé énormément, notamment dans le choix des micros. Il n’y a pas une seule chanson où la voix a été enregistrée de la même manière. On a essayé tous les micros du Blackbox, un à un. Parfois j’enregistrais une chanson avec trois micros devant moi, parce que je ne savais pas lequel prendre. L’expérimentation se trouve dans l’enregistrement de la voix, mais dans la façon de chanter c’était très déclamé, très frontal, comme l’ambiance de l’album.

Combien de temps a duré l’enregistrement en studio ?

C’est un album qui s’est fait dans l’urgence. On l’a enregistré en dix jours. C’était super rapide. J’aurais bien aimé que cela soit plus long mais c’était compliqué. J’ai eu une année très chargée et malheureusement tu ne peux pas rallonger le temps. Finalement, c’est bien comme ça, parce que c’est le genre d’album sur lequel j’aurais pu ne jamais m’arrêter.

Tu te dis angoissé de nature. Ca n’a pas été trop dur de travailler dans un laps de temps aussi court ?

Non, parce que j’ai filé droit. Même si j’ai pris plein de détours. Ca faisait déjà un moment que j’avais ce disque dans les pattes. On devait l’enregistrer en juin au départ. C’est ça qui m’a permis de pouvoir prendre une certaine liberté vis à vis de ces titres et m’a donné envie de vouloir casser tout ça et de voir ce que je pouvais bousiller, tordre…

On a l’impression que ce n’était pas un album difficile à faire pour toi finalement…

Je pense qu’il a été plus difficile à écrire qu’à faire, parce qu’il m’a pris du temps et que je n’avais pas l’habitude de ça. Gold in the Ashes m’est venu très simplement. Tout s’est fait dans la simplicité, ça coulait. Là, j’ai un label, j’ai un tourneur, et du coup il y a des attentes…. Et à devoir refaire un album, je me suis vraiment posé la question de ce que je voulais faire. Pendant l’écriture, ça m’a un peu parasité. J’ai écrit beaucoup de chansons mais à la fin j’ai voulu rester à l’essentiel.

Est-ce que la scène a été importante dans ta recherche de nouveaux sons ?

Carrément, la scène c’est un peu un endroit où je recherche ça. J’ai toujours envie de proposer des choses nouvelles. Ça prend beaucoup de temps et c’est beaucoup de travail. Sur scène, cette année j’ai fait plein de concerts très différents.

Depuis un peu plus d’un an, tu as sorti deux albums, fait plusieurs tournées, mais tu as aussi sorti un album avec Morgane Rimbaud dans le projet Homeward Bound. Tu ressens toujours le besoin de créer, de ne pas te reposer ?

De me reposer, j’en ai vraiment besoin ! (rires) Mais en revanche, oui, j’adore le studio, j’adore préparer les concerts, j’adore écrire des chansons, et c’est ça qui me motive à faire de la musique, concrètement… Avec Morgane, c’était un projet hyper intéressant à faire. J’ai adoré travailler avec elle. On s’entend à merveille. Mais à la fin être en studio et ne pas enregistrer mes chansons, ça m’a vachement frustré. Je pense que c’est ça qui, sur cet album, m’a donné envie de ne pas me retenir. En studio, le mot « non » ne devrait pas exister et je me suis retrouvé en studio avec des gens qui, justement, ne m’ont jamais dit « non ». C’était absolument génial. 

Propos recueillis par Luc Magoutier

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