Chroniques d'albums
9 novembre 2007
Electro Cypher - Electro Cypher
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Electro Cypher - Electro Cypher

Ça y est. Enfin. Il aura fallu le succès d’estime de la pépite electro Belsunce Breakdown, incroyable rencontre entre Bruno Coulais, compositeur de BO reconnu et la bande à Akhenaton à l’occasion de son film Comme Un Aimant, pour qu’ait lieu une prise de conscience à l’ampleur et l’influence déterminante pour la pérennisation à long terme du hip hop. C’est vrai qu’à force de vindicatisme certes justifié (le flow en est son fuel hautement inflammable), et surtout l’utilisation pléthorique de samples gros comme des baobabs (voir l’école Puff Daddy ou comment revisiter tout le catalogue pop eighties à coups de chèques), on avait un peu délaissé les fondamentaux. À force de remplir des pistes d’enregistrement d’orchestrations très Star Wars (maintenant c’est les choeurs de l’Armée rouge…) et de surenchérir dans l’harangue, le rap s’écroule parfois sous sa surcharge pondérale, étouffé par son propre cri, tout le contraire de ses bases originelles. Lesquelles puisaient ses racines dans les beats syncopés et ultraminimalistes d’une musique électronique à la Kraftwerk, et dans les rondeurs d’une disco en pleine euphorie, pour fonder ce groove unique qui usa des containers de K-Way et révolutionna radicalement le paysage musical. Certes, ce mouvement affiche gaillardement plus de vingt ans au compteur et, comme dans le rock, le mercantilisme économique exploite, là aussi, sans retenue le filon inépuisable de la nostalgie des temps révolus, mais Electro Cypher, qui, sous la direction artistique d’Akhenaton, rassemble quinze morceaux produits soit par des membres soit par des proches de la galaxie IAM, plongeant dans les entrailles de l’électro à coups de synthés analogiques et de basses reptiliennes, a le mérite de rappeler à tout un chacun que le rap, loin de l’ostracisme ambiant, peut être lui aussi simplement hédoniste, se focaliser de façon égoïste sur les jambes en négligeant pour une fois la tête. Et y gagner en chaleur, en humanité, tout en privilégiant un retour à la créativité musicale ce disque, il faut le noter, ne comporte aucun sample « grosses ficelles ». D’accord, les hommages à Time Zone et Zulu Nation (les projets annexes d’Afrika Bambaataa qui se focalisaient sur un beat épuré à l’extrême) sont clairement affichés sur des morceaux comme Marseille Is In The House ou Flashback, les clins d’oeil au disco début 80 (Wonder, Who Drives The Car) ou même à Kraftwerk (Space Cannibals) sont très forts, mais, au-delà du pur travail pédagogique (à la Drucker, souvenez-vous…), ils propageront sans aucun doute une bonne nouvelle pour tout le monde, l’envie de foutre le feu, mais sur les dancefloors.

Joël Tanter

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