Chroniques d'albums
28 novembre 2010
Smith Westerns - Dye It Blonde
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Smith Westerns - Dye It Blonde

La pop, c’est comme un frisbee. On en lance un, il se trimballe plus ou moins loin, et sur le chemin du retour, il y a toujours quelqu’un pour le choper et s’amuser avec de nouveau. Zouuuuuuu ! Vole petit frisbee, vole ! Eddie Cochran en a envoyé un super loin dans les années 50 avant de mourir écrasé contre un lampadaire. L’engin a virevolté jusqu’à ce qu’un fan du rockeur, Marc Bolan, ne s’en empare. Il l’a ramené à la maison, l’a badigeonné de strass, a formé T.Rex, et a réexpédié de facto le frisbee avant de mourir écrasé contre un arbre. Zouuuuuuu ! Vole petit frisbee, vole ! Trente ans plus tard, après de multiples escales, il passe par Chicago. Les Smith Westerns se calquent sur son allure glam pour gribouiller en 2009 un premier album éponyme de facture pubère : surexcité et crado. À peine deux ans après, surgit le successeur Dye It Blonde. Et il faut moins des quatre mois qui séparent la sortie aux États-Unis de cette parution française pour réaliser que le gap entre les deux essais réside dans une production luxueusement carrossée par Chris Coady (Cold Cave, Beach House, Yeah Yeah Yeahs).

On entend d’ici le casse-couille fan de la première heure s’interroger sur un ton nigaud : “Mais une telle mise en son princière ne porte-t-elle pas atteinte à la candeur des artistes ?” Mon cul ! D’abord, la candeur n’a jamais fait écrire de bonnes chansons, sinon Félicien serait notre Scott Walker national. Ensuite, nonobstant ce statut de suceurs de roues grands copains de Girls qui esquinte leur aura, les Smith Westerns sont fortiches à l’heure de composer d’affriolantes antiennes à l’eau de rose. Pour croquer d’un trait les progrès du groupe depuis son essai inaugural, disons qu’après avoir fait péter les watts en pleine T.Rrexstasy, les freluquets aux grands chœurs tirent profit d’une production ébouriffée pour ajouter du volt à leurs penchants tendrement électrisants – façon The Boo Radleys – tout en gominant leur mèche gayglam – époque Suede. Tant que la Swinging America actuelle, qui allie intentions en marshmallow et talent de platine, engendre d’aussi sonnantes sommes musicales à s’en pâmer la mélodie, le petit frisbee peut planer en paix.

Jean-François Le Puil

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