Chroniques d'albums
31 mars 2011
Jeremy Jay - Dream Diary
Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Jeremy Jay - Dream Diary

Depuis l’inaugural et bien nommé Dreamland (2007), Jeremy Jay sort des disques raffinés et délicats comme on tient à jour ses carnets de bord et autres journaux intimes. Si cette régularité dans l’excellence était proprement enthousiasmante, on craignait sans se l’avouer de voir le talent du jeune Américain s’étioler sous le poids de l’habitude, lui qui compose plus vite que son ombre. Il était même question l’année passée de publier coup sur coup Splash (2010) et Dream Diary à quelques mois d’intervalles. Heureusement, il n’en fut rien, car cette double actualité aurait certainement nui à notre esprit critique saturé en nous faisant passer à côté d’un autre disque splendide. Peut-être le plus beau de son auteur. Comme toujours, Jeremy Jay revient aux fondamentaux d’une pop à guitare désuète et insolemment minimaliste, sans autres fioritures que sa voix sublime de crooner candide et quelques vagues anachroniques de claviers réfrigérés.

Cette distorsion du temps apparaît aussi à travers cette magnifique pochette bichromique dont le graphisme rappelle celui de Eat To The Beat (1979) de Blondie, ce qui n’a rien de fortuit puisque notre homme propose ici une relecture de Shayla. Comme son titre le suggère, Dream Diary voit défiler une série des paysages à la lisière du rêve où les sentiments sont baignés d’une étrange clarté, comme à contre-jour. Une virée nocturne en voiture retrouve son pouvoir électrisant de fuite en avant (Out On The Highway), la contemplation des remous d’un fleuve permet d’y voir plus clair sur soi-même (The River’s Edge), une promenade au parc tourne à l’épiphanie amoureuse (It’s Just A Walk In The Park), enfin on dit adieu aux jeux de l’adolescence et à leur belle insouciance (The Dream Diary Kids)… Avec la classe de David Bowie conjuguée à la sensibilité de Jonathan Richman et ses Modern Lovers, l’art de Jeremy Jay n’est jamais aussi éclatant que lorsqu’il pousse, comme ces orchidées sauvages, à l’ombre des passions les plus troubles et insondables.

Thomas Bartel

Partager sur Facebook Partager sur Twitter