Listomania
28 décembre 2018
« Dans ma Time Capsule » : le Top 2018 d’Alexis Tain
Partager sur Facebook Partager sur Twitter

« Dans ma Time Capsule » : le Top 2018 d’Alexis Tain

TOP DE FIN D’ANNÉE. Les rédacteurs de Magic délivrent tous les jours leur Top 2018, sous la forme d’une liste de 10 albums, assortie d’un texte de mise en relief. Épisode 19 avec Alexis Tain.

  1. BEN LAMAR GAY, Benjamin e Edinho (International Anthem)
  2. TIM BERNARDES,  Recommeçar (Risco)
  3. BEAK>, >>> (Invada Records)
  4. TEYANA TAYLOR, K.T.S.E. (GOOD Music/Def Jam)
  5. AVA LUNA, Moon 2 (Western Vinyl)
  6. CHRIS BOWDEN, The Time Capsule (Soul Jazz)
  7. PRINCE, Piano and A Microphone 1983 (Warner)
  8. TECHNICOLOR PARADISE, Rhum Rhapsodies & Other Exotic Delights (Numero Group)
  9. FRANÇOIS DE ROUBAIX, Les Lèvres Rouges (Music On Vinyl/Butler Records)
  10. BOB DYLAN, More Blood More Tracks (Sony)

« Tous les temps coexistent dans l’éternité », écrivait Wilfried Paris il y a peu, à l’occasion de son verdict annuel. Je ne saurais dire mieux pour mon Top 10, exercice fastidieux, tant cette année les nouveautés dépassèrent rarement chez moi le stade d’une écoute. Syndrome foudroyant du «c’était mieux avant» ? Crise du mitan de la quarantaine ? Fatigue auditive passagère ? À l’ouest rien de nouveau ? Un peu tout ça sans doute. Résultat : du neuf, du vieux, parus dans l’année. Ma capsule temporelle s’est échouée quelque part entre hier et demain, au côté de Chris Bowden, dont le Time Capsule, enregistré en 1996 et réddité cette année, convoque Coltrane et Stravinsky au détour de longues suites parfois accidentées, sans jamais reproduire les tics d’un mouvement, l’acid jazz, dont il est à la fois l’acmé flamboyante et la queue de comète…

… sur les rives du lac Michigan, où la capsule de Ben Lamar Gay, révélé cette année au-delà de ses terres post-rock, était resté bien arrimée. Avec rien moins que quatre albums sortis en 2018, le multi-instrumentiste brouille les pistes entre une myriade de genres que l’on ne relèvera pas tous (avant-jazz, hip hop, electro, minimalisme…). Des quatre, le «brésilien» Benjamin e Edinho m’a le plus enchanté.

.. du côté de Tim Bernardes qui, avec son premier album Recommeçar, projette sa capsule vers les orfèvres seventies des grandes œuvres brésiliennes sous influence George Martin (Gilberto Gil, Caetano Veloso).

…plus à l’Est, où Beak> pare de pop son kraut (toutes choses étant égales par ailleurs) et réalise la BO d’une Europe à l’agonie.

…dans les méandres d’un cerveau malade, celui de Kanye West, qui signe en produisant l’album de sa protégée Teyana Taylor, un concentré de soul music défiant le temps : du label Chess aux nineties des Masters At Work, K.T.S.E. est, dans ce genre, le plus beau disque qu’il m’ait été donné d’écouter depuis Moses Sumney.

… sur le Moon 2 d’Ava Luna, dont la sinuosité et la préciosité devraient tenir lieu d’enchantement à tous ceux qui ne sont pas revenus des métissages sonores des Talking Heads et du Prince B-sides et inédit de 1985-1986.

… à Paisley Park, justement, où rôde encore l’âme du maître des lieux, parti à son tour défier les lois de l’apesanteur. En écho, l’intime Piano & A Microphone 1983, sa voix, perchée dans les profondeurs, son pied sur la pédale, comme une grosse caisse, ce doigté imparfait mais implacable de feeling… Prince est un grand bluesman. À rebours de l’exploitation mercantile traditionnelle des Legacy, ce choix d’une séance de travail d’avant Purple Rain, enregistrée sur une cassette, comme premier disque post-mortem de Prince, se révèle une délicieuse anomalie.

… chez les esthètes archivistes de Numero Group, qui, en contrepoint aux grands noms de l’exotica (Martin Denny, Les baxter, Yma Sumac…), sortent un délice de compilation qui regroupe les petits maîtres du genre.

… plus près de chez nous, au cœur d’un studio parisien du XVIIe arrondissement, où François de Roubaix a sans doute enregistré en 1971 cette divine bande originale d’un film de genre avec Delphine Seyrig.

… dans les hautes plaines du Montana, et en réalité à New York, où ont été enregistrées en grande partie les sessions de Blood On the Tracks de Bob Dylan. À l’arrivée, un bootleg series d’apparence répétitive, mais dont l’écoute en boucle des avancées de You’re A Big Girl Now, Idiot Wind ou des premières prises «with band» de Simple Twist of Fate fascine.

Sinon, dans le genre gros coffret de Noël en provenance des US, Bobbie Gentry (The Girl from Chickasaw County), se tient là, aux côtés de l’immense Charles Mingus (Jazz In Detroit, Strata Concert Gallery, 46 Selden).

En bonne compagnie pour la fin du monde.

ALEXIS TAIN s’abreuve à beaucoup de musiques noires (jazz, soul, funk), écoute plein d’autres choses mais s’enthousiasme rarement pour ces nouveautés qui affirment l’être. Il écrit aussi parfois pour Télérama, Les Inrocks, et encourage tout le monde à lire son livre Prince, Le Cygne Noir, Une Autobiographie, paru sous sa signature à La Découverte en 2017. Il écrit pour Magic depuis 2018, où il a commencé par une vaste rétro du genre trip-hop.

A lire aussi :

Les 100 albums de l’année 2018 selon Magic

« Mick Jenkins, meilleur puzzle de l’année » : Le Top 2018 de Julien Bouisset

Partager sur Facebook Partager sur Twitter