Chroniques d'albums
13 septembre 2012
Animal Collective - Centipede Hz
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Animal Collective - Centipede Hz

Quand même, il nous avait manqué. Non, parce que, Merriweather Post Pavilion (2009), c’était chouette, mais ça allait bien deux minutes. Sans vouloir renier la (super) qualité du dernier véritable album de la bande de Baltimore – passons sur les bandes originales, rééditions diverses, raretés et bizarreries égarées çà et là depuis –, il y avait dans l’air comme un goût de trop peu. Certes, leur son n’avait jamais été aussi opulent (merci la production de Ben H. Allen) et leur écriture n’avait jamais été aussi accessible. Mais les compositions, au lieu de se bonifier avec le temps comme la quasi-totalité du catalogue d’Animal Collective jusqu’ici, s’essoufflaient parfois au fil des écoutes (cf. certains morceaux de Merriweather Post Pavilion et le EP consécutif Fall Be Kind). C’était clair, il y avait un vide, et il s’appelait Josh Dibb, alias Deakin. Un guitariste qui voulait prendre de l’air par rapport à un statut grandissant de groupe incontournable de l’avant-garde pop, et qui avait laissé ses trois copains faire tourner la machine. Fidèle à son habitude, la bande avait alors exploré un chemin inédit, recréant en studio un environnement sous-marin et amniotique, peut-être parce que Deakin et sa guitare leur faisaient garder les pieds sur terre, et que sans lui, autant se laisser couler. Ce qui expliquerait pourquoi l’album de son retour est aussi tellurique. Comme son titre l’indique, Centipede Hz est un disque mille-pattes. Comme toutes les scolopendres, il rebutera les âmes peu averties, mais fascinera irrémédiablement par son aspect complètement unique.

Un disque qui fourmille, qui tire sa vigueur de la chaleur et de l’humus. Jamais depuis Strawberry Jam (2007), on n’avait ressenti un tel déchaînement d’énergie, celle d’un groupe qui recherche à nouveau en studio la ferveur des instruments. Le morceau annonciateur du disque, Today’s Supernatural, en est l’exemple parfait : au milieu des glapissements furieux d’Avey Tare, des rythmes en pagaille, des gimmicks accrocheurs et aussi pop que tout Merriweather, sous les bleeps infernaux qui foisonnent, on sentirait presque la sueur couler le long de la lampe frontale du bon vieux Geologist. Tout ce qu’on adore chez Animal Collective se retrouve ici : leurs mélodies enfantines, leurs batteries frénétiques, un sens du détail et du bruitage sonore qui font de l’écoute répétée un plaisir infini. Grâce à une alchimie parfaite, une tripotée de morceaux (au hasard, Applesauce, Father Time, Amanita) apparaissent comme des classiques du groupe. Deakin hypnotise le temps d’un Wide Eyed aux desseins mystiques. Panda Bear transcende le tumulte le temps d’une pause en apesanteur qui touche au sublime (Rosie Oh). Pas en reste, Avey Tare se fend de quelques-unes des meilleures compositions de sa carrière : Monkey Riches, qui lorgne vers les marais de son Down There (2010), et Mercury Man, qui renoue avec la patte dorée de Spirit They’re Gone, Spirit They’ve Vanished (2000). L’un des quatre peut bien foutre le camp à nouveau, car si dans cinq ans, les retrouvailles sont aussi torrides, on est prêt à accepter la séparation.

Victor Thimonier

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