Chroniques d'albums
5 novembre 2013
Dominique Dalcan - Cannibale
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Dominique Dalcan - Cannibale

En attendant le nouvel effort de Dominique Dalcan qui sortira en janvier 2014, après la réédition digitale de son premier album Entre L’Étoile Et Le Carré (1991), [PIAS] Le Label ressort cette semaine le successeur Cannibale, paru à l’origine en 1994. Pour l’occasion, on se repasse la chronique de l’époque, on découvre la vidéo promo liée à la réédition, et on vous file en téléchargement libre le tube Le Danseur De Java.

Dalcan arrive à temps. Au moment même où se révèle la génération spontanée de la “nouvelle chanson française”, bric-à-brac médiocre où se retrouve pêle-mêle galériens du caf’ conc’, chanteurs pour minettes, anciens rockers à la crédibilité insoutenable, fils à papa et, plus généralement, tâcherons sans originalité. Pour donner un semblant de vie à cette arnaque montée de toutes pièces, on sponsorise à tout-va, on crée le système des quotas, on inaugure la “semaine de la chanson française”, vaste blague qui a déjà eu le malheur d’entendre Faubert, Sinclair, Obispo, Marco Lipz et consorts. Heureusement, il existe quelques vrais talents (Solaar, Silvain Vanot, Murat, Rita Mitsouko), individualités marquantes qui ont su trouver un style, à la différence des premiers cités. Et de style, il est beaucoup question dans Cannibale, impressionnant deuxième album de Dominique Dalcan. On pourrait le résumer comme un parcours du bon goût, un guide à l’usage des laborieux du couplet/refrain, un manuel destiné aux médiocres.

Pour mesurer le chemin parcouru, il faut se rappeler Entre L’Étoile Et Le Carré (1991), intrigant mais sans plus. On disait “peut mieux faire” et on avait raison. Cannibale est le premier vrai disque de Dominique Dalcan, et les gros moyens sont là : une orchestration parfaite, un vrai producteur (Bertrand Burgalat) et un arrangeur hors pair (David Whitaker) pour donner vie à ces dix chansons méritantes, puisées à la meilleure source du songwriting : Lee Hazlewood, Scott Walker, Brian Wilson, un fameux cercle des poètes disparus dont ont retrouve quelques vestiges tout au long du disque, ce qui crée un climat plus que convivial. Dalcan surprend : pas la moindre fatigue dans l’élaboration de ce programme easy listening, discipline casse-gueule par excellence (un pas de trop et on tombe chez Michel Legrand), mais plus courageuse que le minimalisme à la petite semaine d’un Dominique A. On se laisse couler à plaisir dans les ambiances à la John Barry ou Lalo Schifrin. Ce qui prouve, une fois de plus, qu’un glissando de cordes reste plus émouvant qu’un feedback de guitare.



Hervé Crespy

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