Chroniques d'albums
13 mai 2008
Alain Bashung - Bleu Pétrole
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Alain Bashung - Bleu Pétrole

Depuis Osez Joséphine (1991), c’est la même histoire à chaque album : le nouveau Bashung bouleverse ses contemporains, de blocage momentané d’inspiration (Jean-Louis Murat) en obsession sévère (Dominique A). Et ce n’est pas avec ce Bleu Pétrole d’une profondeur insondable que les choses risquent de changer. Pourtant, après avoir réussi l’impossible – enregistrer deux chefs-d’œuvre consécutivement, Fantaisie Militaire (1997) et L’Imprudence (2002) –, comment Bashung allait-il bien pouvoir rebondir ? Chanteur inclassable à la discographie éparse (douze albums seulement en trente ans), l’homme a pris son temps, comme l’indique précisément le titre de la première chanson (Je T’Ai Manqué).

Au point que les rumeurs les plus disparates ont couru sur la genèse et l’enregistrement de Bleu Pétrole, sans parler du nombre d’auteurs et de compositeurs démarchés. Mais Tant De Nuits valaient bien la peine d’être attendues pour découvrir aujourd’hui ces onze sensationnelles chansons… En retrouvant les accords mineurs et la guitare acoustique, Alain Bashung fait le pont entre Chatterton (1994) et Fantaisie Militaire (1997), signant d’emblée, avec le concours de Gaëtan Roussel, le chanteur de Louise Attaque et Tarmac, deux tubes potentiels (Je T’Ai Manqué et Résidents De La République) à l’évidence immédiate. Si Tant De Nuits, fruit de la collaboration à distance entre Joseph D’Anvers et Arman Méliès, fait admirablement songer à Stuart A. Staples en version française, il faut s’attarder sur la contribution stratosphérique de Gérard Manset, qui bouleverse les tables de la loi. Ses paroles de Vénus (une valse troublante) et Comme Un Lego (neuf minutes célestes venues d’ailleurs) sont autant inimitables que géniales – “Une souche à demi trempée dans un liquide saumâtre/Plein de décoctions”.

Qui saura écouter ces deux chansons sans frissonner, sinon fondre en larmes ? Combien d’artistes de la génération de Bashung sont ainsi capables de magnifier leur art ? Comment expliquer autrement que par le génie des sciences humaines la somme des talents ici réunis (Manset, Simon Edwards, Martyn Barker, Marc Ribot) ? Qui, en dehors de Murat, sait interpréter Leonard Cohen en français sans sombrer dans le ridicule (Suzanne) ? Autant de questions qui trouveront réponse dans Le Secret Des Banquises et au fond de cet inestimable Bleu Pétrole. Où, plus généreux que jamais, cet apache des temps modernes rend à ceux qui l’ont inspiré le plus vibrant des hommages. Alain Bashung voyage définitivement en solitaire.

Renaud Paulik et Franck Vergeade

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