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Chroniques d'albums
10 novembre 2015
Battles – La Di Da Di
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Battles – La Di Da Di

(Warp/Differ-Ant)

Des boucles, encore des boucles, toujours des boucles. Un vertigineux festival de boucles se percutant à une vitesse folle comme les fameuses particules du Grand collisionneur suisse, telle est la méthode du trio new-yorkais, qui parle lui-même “d’art de la répétition”. Disons-le tout de suite, dans le domaine des loopings cérébraux, acrobatiques, hypnotiques et logarithmiques, Battles reste imbattable !

Depuis la sortie de l’introductif et fondamental Mirrored (2007) – enregistré à l’époque avec Tyondai Braxton – puis de Gloss Drop (2011), si le travail de Ian Williams (guitare, machines), Dave Konopka (basse, guitare, machines) et John Stanier (batterie) a maintes fois été imité (pour ne pas dire plagié), nul ne leur est encore arrivé à la cheville. Et au regard d’une telle puissance démoniaque et de l’excitation que procure l’écoute de La Di Da Di, affirmons que ce n’est pas pour demain la veille.

Imbriquées les unes dans les autres, lesdites boucles (aux parfums ethniques indéfinis) sont rejointes à mi-parcours par la métronomie pachydermique de John Stanier. Comme tous les grands batteurs (Elvin Jones, Robert Wyatt, Art Blakey), Stanier n’a besoin que du strict minimum de matériel pour pilonner puis complexifier la matière (The Yabba). À ce stade, si le son est déjà énorme, ce ne sont que les prémices, car bien vite débarque la stupéfiante Dot Net, qui relie à “une tonne d’électronique” le jazz funk hybride d’On The Corner (1972) de Miles Davis.

Débutant dans le même climat, FF Bada se métamorphose en un bouillonnant fleuve electro avant de déboucher sur Summer Simmer, irrésistible moment de bravoure dominé par la science de l’immense Stanier. Un concentré de fusion ascensionnelle qui mêle au jazz rock et au krautrock un zeste de post-rock – ça rappelle au passage NLF3. Le terrain est fertile pour le magistral jeu de guitare de Williams, qui n’a rien à envier à Fred Frith ou Robert Fripp, comme le démontre l’extrait un peu plus calme Cacio E Pepe.

Ce répit est de courte durée puisqu’un terrible riff de basse le fait voler en éclats et génère des décharges élect(ron)iques qui débaroulent, incandescentes comme des coulées de lave multicolore (Non-Violence). Résultat d’une alchimie méticuleuse et réfléchie produite par “l’union improbable de trois perfectionnistes différents”, Battles signe sans doute avec La Di Da Di son meilleur LP.

Le groupe se prépare maintenant à le défendre sur scène pendant deux ans, un exercice qu’il apprécie particulièrement. Les néophytes auront ainsi l’occasion de réaliser qu’en dépit de l’étiquette de rock expérimental, le trio s’adresse facilement autant aux pieds de son public qu’aux têtes. Autant dire que les baskets seront de rigueur.

Marc Gourdon

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