Chroniques d'albums
3 novembre 2014
Mermonte - Audiorama
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Mermonte - Audiorama

Ghislain Fracapane, leader de l’ample formation rennaise (généralement onze sur scène), a de nouveau composé seul. Trois titres sont cocrédités à la flûtiste, vibraphoniste et chanteuse Astrid Radigue, mais Mermonte reste essentiellement la vision d’un homme très bien entouré. Le premier album (Mermonte, 2012) avait été imaginé alors que le groupe n’existait pas encore. La soixantaine de concerts donnés avec ce gang hétéroclite mais merveilleusement uni ont profondément marqué la conception d’Audiorama. Cette fois, Ghislain a écrit en prenant en compte la personnalité et le son des musiciens ainsi que les besoins de dynamiques différentielles qu’on aime entendre en concert. D’où des morceaux aux climats plus changeants, aux extrêmes plus affirmés. Mermonte avait une forte tendance contemplative, Audiorama est porté par une action plus directe. Les chansons qui jouent aux montagnes russes (Karel Fracapane, Cédric Achenza) n’échapperont pas à la comparaison avec Godspeed You! Black Emperor, mais seulement pour leur géographie.

Chacun des morceaux porte le nom d’un proche du compositeur, et ce n’est pas un hommage gratuit. C’était l’autre challenge : prendre pour base un élément musical qui corresponde aux goûts ou à la personnalité de la personne “exposée”, puis le “mermontiser”,  le malaxer dans ce grand orchestre pop qui cache la complexité de sa musique sous des dehors immédiatement plaisants. D’autres cuivres (saxophone et trompette) sont venus rejoindre les cordes, la flûte et le glockenspiel, et les guitares se lâchent beaucoup plus franchement quand il le faut. Les voix – masculines et féminines entremêlées, simples chorales ou déclamant quelques vers plus ou moins cryptés – sont toujours traitées comme de purs instruments contribuant à une élégante cathédrale d’allumettes sonores, avec ses lieux de recueillement et ses flèches hardies. Pour éviter tout débordement baroque ou lourdeur disgracieuse, Mermonte persiste dans sa volonté de concision, affichant trente-cinq minutes de grâce qui renferment d’innombrables détails.

Philippe Richard

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