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Compte-rendu live - 01/12/10 de Zombie Zombie

interviews
Quand la plupart de leurs contemporains se contentent d'absorber l'influence sans autres formes d'égards, Etienne Jaumet et Neman, alias Zombie Zombie, rendent un hommage revigorant au maître Carpenter en revisitant sa musique avec autant de maîtrise que de déférence. Pour quelques concerts, le duo a même incarné en live son EP Zombie Zombie Plays John Carpenter. Retour sur la prestation sudiste qui a eu lieu le 10 novembre dernier à Seconde Nature. [Article et interview Lyonel Sasso].


« In a horror movie when the car won’t start, you give it one last try… », nous raconte D.C Berman. Fumier de poète va. Bon, j’arrive dans le sud pour voir Zombie Zombie se confronter à John Carpenter. Ah. Les films d’horreur ça attire forcément des tas de choses… Des folies douces, des jeunes filles trempant leur bas dans les fontaines ou encore des chats dormant sur les capots de voitures, sous une petite pluie fine… C’est le cas sur Aix en Provence en tous cas. Bref, je vais regarder le duo dans une sorte d’écurie. Seconde Nature est bien un lieu unique, un corridor vouté étrangement vaste. Un grand bar, des murs incrustés de vidéos : les gens dansent, boivent, lisent. C’est épatant. Deux jeunes femmes s’agitent lascivement ou compulsivement sur des projections vidéo. Moi, je bois trop mais je me tiens debout quand Zombie Zombie arrive. Les bravades rythmiques de Neman discutent avec les évaporations inquiétantes d’Etienne Jaumet. C’est païen, salace, angoissant. On sue et on s’embrasse, d’accord. On entend du russe et de l’italien dans la salle. Le duo, lui, fait de longs mantras collant comme un slip souillé. Carpenter est bien ce monstre polyvalent qui assaisonne toutes nos pulsions. Joie. La prestation est en arabesque, bien troussée. Plus tard, après le concert, une jeune fille se colle à la langue quelques gouttes de Riclès pour embrasser la rue entière. Elle est joliment brune, elle me montre vaguement une peau caramel et se prétend amoureuse des films d’horreur et de Zombie Zombie. Alors ce serait criminel de ne pas leur poser quelques questions à ces morts vivants. Etienne Jaumet s’est gentiment prêté à l’exercice.



Il y a peu, vous vous confrontiez au montage de haute volée de Sergueï Eseinstein (Le cuirassé Potemkine). Comment concevez-vous pareil projet ? Est-ce un simple plaisir de cinéphile ou vous vous orientez directement vers un intérêt musical ?
Etienne Jaumet : Ce ciné concert a été commandé par la Cité de la musique en 2009. On a apprécié alors on a décidé de le rejouer dans d'autres endroits ! C'est pour nous l'occasion de nous confronter à un autre univers mais aussi à un chef-d'œuvre du cinéma. C'est très stimulant. Son montage et ses plans à la fois dynamiques et peuplés de nuances correspondent bien à notre musique...

Dans certains films de Carpenter, il y a ce rythme imposant, haletant. Ce qui est intéressant dans votre prestation, c'est que l'on retrouve cette confrontation entre le rythme, le réel et l'atmosphérique qui relèverait plutôt du fantasme et de l'angoisse. Le pouvoir évocateur des films et musiques de John Carpenter a-t-il été pour vous une expérience musicale fondatrice ?
Effectivement John Carpenter est quelqu'un d'important pour nous : il a su avec très peu de sons électroniques créer des atmosphères très fortes adaptées à ses images. Alors on a essayé avec ce film d'Eisenstein de coller à la narration et au montage afin de suivre au plus près ses formidables montées de tension et de chaos. On a donc utilisé, avec notre instrumentarium, les mêmes principes que ceux qu'utilisait Carpenter : simplicité et efficacité !

Zombie Zombie propose un étrange paradoxe : par son appellation et certains de ses choix, on s'attendrait à voir un combo cold wave drapé de noir proposant un lamento electro bien ficelé. Que dalle : Il y a un aspect jouissif, tribal et païen dans votre musique. Partagez-vous l'ironie (le jeu avec les stéréotypes) plus ou moins radicale de certains films de Carpenter ?
J'apprécie beaucoup le recul dont fait preuve Carpenter dans ses films. En revanche, j'en ai très peu sur ma propre musique... On joue et c'est tout ! Le plaisir l'emporte sur la composition ! J'aime la musique lorsqu'elle est à la fois dynamique et contemplative...

Pour conclure, avez-vous d'autres idées de relecture cinématographique ?
Pas de nouveau ciné concert pour nous ! On préfère se consacrer aux concerts en bonne et due forme. Aucune bande originale à l’horizon non plus… J'espère que ça viendra !
Lyonel Sasso


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