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Entrevue - 16/03/10 de Young Man

interviews
Colin Caulfield, alias Young Man, a à peine sorti un album qu'on lui a déjà tout fait. Des louanges avant l'heure, une Sans Piles Session, un article dans la revue pop moderne, et voici venir l'entrevue complète avec le jeune héritier qui a tété tous nos albums préférés des années 00. Où il nous raconte comment Smash Mouth a changé sa vie naissante, pourquoi Animal Collective est le meilleur groupe qui soit, en quoi aligner des reprises a forgé son identité, ce qu'il pense de ses premières semaines à Paris, et comment le Ep Boy n'est que le début d'un diptyque en pleine croissance. D'ailleurs, pour agrémenter la lecture, vous pouvez écouter Boy dans son entièreté en cliquant .
[Interview par Jean-François Le Puil].


Magicrpm.com : Est-ce que tes premières semaines en France se passent bien, Colin ?
Colin Caulfield : Oui ! C’est vraiment d’enfer. Je suis très occupé, il y a tellement de choses à faire ici. Je crois bien que ça va être comme ça pendant tout mon séjour.

Comment décrirais-tu Paris par rapport à Chicago ou St Paul ? Est-ce que tu t’y sens bien ?
J’apprécie les grandes villes, c’est ce que je préfère, j’aimerais y passer le plus clair de mon temps, et Paris me convient tout à fait. C’est assez comparable à Chicago en fait, avec l’accent mis sur les transports en commun et la construction autour/le long de l’eau. Paris est une cité sûrement plus cher et stressante que d’autres, mais c’est pas grave, j’adore quand même.

Tu as déjà fait plusieurs concerts en France. Comment juges-tu tes performances ?
Disons que ce sont vraiment mes premiers concerts, je suis toujours en phase d’apprentissage. J’essaie de nouvelles choses à chaque fois, les approximations sont donc inévitables, mais là où je suis le plus exigeant, c’est sur le chant. Si je ne chante pas bien, c’est un échec.

Étais-tu prêt à être placé aussi tôt sur le devant de la scène ?
Pas du tout !

Tu es venu chez nous pour étudier le français, n’est-ce pas ? Quel est ton planning ?
Oui, j’espère apprendre un maximum pendant que je suis ici. J’ai des cours quatre jours par semaine, dont deux jours où je vais au studio le matin pour répéter, et deux autres où je passe mon temps au musée pour mes leçons de postimpressionnisme. Je jongle entre l’école et la musique, et au milieu de tout ça, j’essaie de ne pas oublier de faire mes devoirs.

Comment appréhendes-tu la musique en ce moment ? Une passion ? Ton futur job ?
C’est quelque chose dont je ne peux pas me passer, mais qui ne me nourrit pas non plus. Dans ce sens-là, c’est mon principal centre d’intérêt et ma passion. Mais si je peux faire carrière là-dedans, bien sûr que j’opterais pour ça. J’espère surtout pouvoir écrire et enregistrer le plus longtemps possible, peu importe le reste

J’imagine que faire la première partie de Deakin (Animal Collective) en janvier dernier représentait beaucoup pour toi…
Absolument ! Avoir l’opportunité d’ouvrir pour un musicien que j’idolâtre dès mon premier concert allait au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer. C’était complètement surréaliste et inoubliable.

Comment as-tu trouvé le spectacle ? Je t’avoue avoir été un brin déçu, comme un sous-Panda Bear en action.
Moi j’ai trouvé ça génial ! Je ne m’attendais pas à découvrir un chanteur fantastique vu que je ne l’avais jamais entendu pousser la chansonnette avec Animal Collective. Mais j’ai été très surpris par sa voix. C’est difficile de se pointer seul sur scène, particulièrement quand tu dois gérer autant de choses entre la guitare et les effets. C’est ce que j’ai apprécié, il sort des sons inimaginables avec sa guitare.

Je t’ai vu deux ou trois fois avant de monter sur scène, et tu as toujours l’air formidablement détendu. Tu ne ressens jamais de stress ?
Bien sûr que si, je suis terriblement flippé ! Je suis content que ça ne se voit pas tant que ça, mais j’ai définitivement le trac avant chaque concert. J’essaie juste de ne pas penser au public et de me concentrer sur ma façon de jouer.

Est-ce que tu peux mettre des mots sur tes premiers souvenirs musicaux ? Tes parents écoutaient-ils beaucoup de disques ?
Mon père a toujours été à fond là-dedans. Il n’a jamais joué d’instruments, mais il a une énorme collection de vinyles et il continue à aller aux concerts. Je crois que mon intérêt initial et mon respect pour la musique m’ont été transmis par son biais. À côté de ça, mon meilleur pote et moi avons grandi en écoutant de la musique ensemble. On pouvait être obsédés par un album et l’écouter des millions de fois d’affilée. Je crois que mon premier souvenir de ça, c’était le premier album de Smash Mouth (ndlr. Fush Yu Mang, 1997). On devait avoir 9 ou 10 ans, on s’était assis devant les enceintes et on ne faisait rien à part écouter les chansons. C’est sûrement la première fois que j’essayais de comprendre la musique. Avec le recul, le fait que ça soit Smash Mouth est très très amusant.

La guitare était-elle ton premier instrument ?
Pas du tout. J’ai commencé avec la batterie quand j’avais 16 ans, mais quand je suis rentré à l’université de Chicago, je n’ai pas pu l’emmener avec moi. Pour compenser, j’ai commencé à me mettre au piano là-bas, à écrire de petites mélodies. Quelque temps après, je me suis acheté une guitare classique, et j’ai commencé à en jouer à longueur de journée. En fait, la guitare est le dernier instrument dont j’ai appris à jouer, il y a à peine deux ans maintenant.

Si tu devais sélectionner un album qui définirait tes goûts personnels, celui qui t’a le plus impressionné à la première écoute, quel serait-il ?
Ouch, c’est une question incroyablement difficile (particulièrement d’en choisir un seul). À différentes périodes de ma vie, un album a changé les choses. Comme je l’ai dit avant, il y a ce disque de Smash Mouth vers 10 ans. Après, pour ceux qui m’ont réellement influencé, je dirais Another Green World de Brian Eno, Bookends de Simon & Garfunkel, Person Pitch de Panda Bear, et Smile des Beach Boys.

D’ailleurs, tu es un immense fan d’Animal Collective. Tu traînes même sur leur forum. Est-ce que tu peux pointer ce que tu aimes chez eux ?
Il y a quelque chose d’unique et d’admirable dans leur façon d’envisager la musique. La plupart de leurs chansons peuvent être placées sous la bannière « pop music ». Par exemple, j’arrive très facilement à apprendre leurs morceaux à l’oreille parce que les progressions d’accords sont très simples. Mais ce qu’ils arrivent à tirer de ces compositions est carrément irréel. Et il n’y a pas que ça, ils se forcent aussi à faire quelque chose de différent à chaque sortie, alors qu’il pourrait facilement capitaliser sur tel ou tel style adopté précédemment. Voilà, Animal Collective est une très belle référence pour n’importe quel musicien pop actuel qui débute, comme moi par exemple

Quel est ton essai favori d’Animal Collective ?
Feels. C’est celui que j’ai écouté le plus.



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