Si d'aucuns considèrent que”jamais un groupe aussi incroyable qu'Animal Collective n'a foulé le sol de cette maudite Terre” (© Anna Lester), la bande de Baltimore semble avoir débroussaillé une voie de plus en plus empruntée par des formations soucieuses d'ancrer leurs appétences psychédéliques dans une modernité synonyme de décloisonnement. Aux côtés d'Evangelicals, autre quatuor aux multiples possibilités, Yeasayer fait partie de ceux-là. Établis à Brooklyn, Chris Keating (basse), Anand Wilder (claviers) et leurs acolytes Ira Wolf Tuton (guitare) et Luke Fasano (percussions) ont imaginé un premier album incantatoire gorgé de précieuses influences impeccablement recyclées. Marqué par les saisons, All Hours Cymbals s'ouvre sur un Sunrise rayonnant, irradié par le spectre des Talking Heads, Simple Minds ou Depeche Mode, et, un peu plus près de nous, de TV On The Radio. Passées les cithares de Wait For The Summer, le titre 2080, l'un des tubes de l’hiver, fait figure d'hymne néo-hippie pour citadins en mal de grands espaces, tandis que No Need To Worry évoque un Mogwai bohémien (Rhapsody). Sur le haletant Wait For The Wintertime, l'apocalypse s'accompagne d'optimisme lors d'un refrain héroïque pour headbangers, qui agit sur l'échine comme une décharge électrique. S'ils sont assez inégaux entre eux – les petites merveilles de chansons précitées faisant cruellement office de mètre étalon –, les onze morceaux de cet essai inaugural marquent la naissance d'un groupe au potentiel formidable. En 2008, “you're gonna say yea(h)”.