La musique, comme l'amour c'est mathématique. Ajoutez un clavier ampliforme aux Yeah Yeah Yeahs et leur formule sans basse s'emballe. Avec It's Blitz!, le groupe new-yorkais a dynamité avec succès sa règle de trois, rudement mise à l'épreuve par l'enregistrement chaotique de Show Your Bones (2006). Magic revient sur son troisième album, diversement apprécié par la presse et les fans à sa sortie, en évaluant précisement sa composition miraculeuse. Éfficace à 100%.
7% de révélation synthétique
À l’annonce que Nick Zinner, ci-devant meilleur-guitariste-de-sa-génération, allait jouer du clavier sur le nouvel album des Yeah Yeah Yeahs, les mines se sont décontenancées, les yeux ont rougi et les promesses de désamour ont été lancées à la cantonade. Il ne fallait pas se mettre dans tous ces états, les amis, car s’il y a bien quelque chose qu’It’s Blitz! prouve, c’est que Zinner réserve souvent le même traitement au synthétiseur qu’à son fidèle compagnon de fortune : larsens conquérants, nappes déchirées, riffs ascensionnels. Si bien que l’identification précise des instruments peine parfois à se faire dans cette zone de trouble assez fascinante. Le sosie de Nick Sirkis d’Indochaïne (sic) a clairement décidé de brouiller les pistes par goût du jeu, et peut-être aussi pour parer à la honte du novice : “Je ne suis toujours pas un expert du synthé…”, sourit-il. “J’appartiens à l’école de ceux qui optent pour une approche ouverte et confiante de leurs instruments quand ils ne savent pas du tout s’en servir ! (Rires.) L’adoption du clavier a entraîné une réaction en chaîne car chacun de nous a modifié son jeu en conséquence”. “C’était un super outil pour dézinguer les formules toutes faites”, enchaîne Karen Orzolek, dite O, qui a ainsi assoupli ses inflexions vocales sur les touchants moments d’accalmie du disque (Soft Shock, Little Shadow, Runaway).
Supplément calorique : Depuis le 19 avril dernier, date du grand raout californien Coachella, la bonne tenue des claviers sur scène en incombe au sévèrement buriné David Pajo, des essentiels Slint, Tortoise… Et surtout de Papa M, comme vous le disent certaines figures de ce noble magazine depuis des siècles.
15% d’amour toujours
On ne donnait pas chair de la peau des Yeah Yeah Yeahs à la sortie de Show Your Bones (2006). Le rôle de médiateur qui échouait jusqu’ici à Brian Chase ne semblait plus suffire pour éteindre les charbons ardents sur lesquels soufflaient sans cesse Karen et Nick, embarqués dans des projets parallèles et des conflits d’ego. Mais finalement le solide lien amical qui unit ces trois-là a tenu. La tournée consécutive à cet accouchement difficile leur a ainsi permis de se raccommoder et même de semer les germes de travaux à venir. “Jouer ensemble et ressentir la réaction du public nous a renvoyés à la véritable nature de ce qu’on faisait”, se rappelle Karen. “Après nous être séparés de notre manager, on a eu la sensation de se recentrer à nouveau sur nous trois. On n’aurait jamais pu sortir cet album si on ne s’était pas poussé à ce point d’inconfort sur Show Your Bones”. Ce qui est une manière pas très polie de dire qu’elle le trouve pourri. (Elle a tort.)
Supplément calorique : Désormais, les Yeah Yeah Yeahs sont tellement cool et zen qu’à l’occasion de leur première prestation à Saturday Night Live le 11 avril, ils ont décrit leur rencontre avec le jeune imbécile Zac Efron, présentateur d’un soir, comme un “délicieux rêve”.
21% d’audace
“Personne de notre entourage ne nous l’a fait remarquer”. Nick Zinner, ton entourage te ment quand il te dit qu’il n’entend pas les accents celtiques de ta chanson Skeletons. Si tout le monde se voilait la face comme toi, Hans Zimmer s’appellerait Michel Legrand, et Braveheart serait un chef-d’œuvre de la Nouvelle Vague. Certains trouvent cette incursion au pays de la cornemuse choquante, nous y voyons une preuve d’audace, un hommage discret à la beauté macho de Glasvegas. Il en fallait aussi dans le futal pour lancer son nouvel album avec des morceaux aussi eurotrash que Zero ou Heads Will Roll. Kanye West a même salué le geste en postant ce dernier en avant-première sur son blog, sans se faire “websheriffer”. Fuité deux mois avant sa sortie, l’album a suivi de près. Dépité, le groupe a eu l’impression qu’on lui “ôtait un cadeau qu’on s’apprêtait à déballer”. Il s’est sûrement consolé depuis avec l’honorable score de 250 000 albums vendus dans le monde jusqu’ici. (Et cent fois moins en France : un record.)
Supplément calorique : Jouer à Tel-Aviv en première partie de Depeche Mode devant 50 000 personnes en pleine visite du Pape, ça vous pose un groupe. C’était le 10 mai au cœur du sublime Hayarkon Park.
10% d’épouvante horrifique maximale
Horrible, cet œil plastique enserré par la lippe carmin de la chanteuse, sur la pochette de Zero. Effrayants, les accents aigus de Dragon Queen, où Karen O gambade à Chinatown, pieds nus sur des bris de boule disco. Terrifiant, le jeu scénique de la miss, tout en jambes écartées, yeux écarquillés et geysers de bière (désormais remplacée par de l’eau, on assume sa trentaine quand même). “Dansez jusqu’à ce que mort s’ensuive”, nous enjoint cette ancienne aficionado du Rocky Horror Picture Show sur le premier single de It’s Blitz!. Depuis leurs débuts dans les clubs new-yorkais il y a neuf ans, ces dignes successeurs des Cramps se sont fixé comme mission de réveiller leurs contemporains par tous les moyens : “À l’époque, les gens se tenaient là, les bras croisés, comme indifférents à notre musique”, se rappelle-t-elle. “On avait envie de les frapper, tu vois ? Leur casser une bouteille de bière sur la tête pour qu’ils ressentent quelque chose, au moins. Notre objectif n’a pas changé aujourd’hui. Secouer les indolents, remuer la marmaille, voilà exactement l’esprit de Zero”, souligne le sosie de Mireille Mathieu de sa bouche éternellement écarlate.
Supplément calorique : Le clip macabro-comique de Heads Will Roll, réalisé par Richard Ayoade (The Mighty Boosh), où une monstrueuse créature aux faux airs de Michael Jackson suscite l’horreur d’un public qui s’aperçoit (trop tard) qu’elle va les dévorer. Le tournage s’est déroulé non loin du Donjon de Londres, “un endroit super flippant et hanté” selon Nick, qui a même retrouvé des traces de vrai fantôme sur ses photos.
15% de nostalgie disco
Régulière de la fameuse soirée Shout!, qui a vu éclore la future scène néo-garage new-yorkaise de ce début de siècle, Karen O assurait le spectacle sur la piste avec ses glissandos et ses bonds d’éclopée. “Je crois que mon personnage est né là-bas, les dimanche soirs au Bar 13”, confiait-elle récemment au magazine Spin. Sur scène, la longiligne chanteuse n’a jamais tu cette énergie séminale née de la danse la plus pure et décomplexée, qui occupe désormais une place essentielle dans le giron des Yeah Yeah Yeahs. Pour qui garde en mémoire les débuts électrico-ébourriffés du groupe, la progression est bluffante. Avec l’intégration des claviers et l’accélération des pulsations qui en a découlé, le trio est devenu une irrésistible machine discoïde alimentée par Giorgio Moroder, Public Image Limited ou Tom Tom Club. Des étincelles de MGMT surgissent parfois mais chut, point trop en dire. Nick situe strictement les inspirations de It’s Blitz! entre 1981 et… 1982. Quand Zinner, c’est l’heure.
Supplément calorique : Les extravagantes tenues colorées, pailletées, chamarrées, démesurées, parfois sexy, parfois clownesques, de Karen O semblent tout droit sorties de l’imagination collective du Studio 54. En réalité il s’agit d’une frêle petite femme, masquée sous le pseudo Christian Joy, qui utilise tout ce qui lui tombe sous la main, d’Éric Rohmer à l’anatomie humaine en passant par les nouilles. Et la protéiforme Karen O assume tout cela sans moufter.
5% d'arty show
Crayonnées, dessinées ou photographiées, les pochettes des albums du groupe ont toujours été mitonnées par des artistes en vue. Sur la toute dernière, Urs Fischer met en scène un œuf qui explose dans la main manucurée de Karen O, exploit irréalisable dans la vraie vie – vous êtes tous invités à le constater par vous-mêmes dans le confort de votre foyer. Déjà enrôlé par le groupe Services pour son Ep Eat Prey Love, le Zurichois s’est maintes fois illustré par des œuvres axées sur des jeux d’équilibre et de défi à la gravité. Mais l’homme n’est qu’homme, et il y a évidemment un truc là-dessous. “Il faut perforer l’œuf en un tout petit trou d’aiguille, et tu peux l’éclater”, ricane Karen de toutes ses belles ratiches. Histoire d’enfoncer le clou, le groupe a aussi fait circuler des bandes annonces vidéos décalées de l’album, qui présentent ses membres comme des personnages d’une parodie de série B façon Tarantino : Karen y incarne la Veuve Noire, Nick, le Scientifique et Brian, le Philosophe.
Supplément calorique : Amateur éclairé d’Henri Cartier-Bresson, Nick Zinner photographie tout le monde : son public, ses fans, ses intervieweurs (votre docile journaliste ici présente en témoigne)… Tous ces instants passés au service de la musique, il en a même fait un livre, You Are All Happy Now, sorti en 2005.
12% d’amour animalier
Un guitariste végétarien. Une chanteuse sachant miauler et croasser en même temps. Un batteur sosie du type qui joue dans La Mouche. Un collage de raton laveur et de pious-pious croquignolets pour annoncer le titre du nouvel album. Inutile de se triturer le steak pour comprendre que le cœur des Yeah Yeah Yeahs penche plus du côté de Brigitte Bardot que de Jean-Pierre Coffe (quoique…). D’amis, ces petits compagnons du quotidien se sont faits muses. Après s’être mis au vert dans une ferme enneigée du Massachusetts, le trio a poursuivi son exil créatif dans le désert du Texas. C’est là, en plein milieu d’un champ de noix de pécan d’El Paso, qu’il a repéré les moustaches de Squeaker, chat sauvage aussitôt rebaptisé et adopté. Le félin a ainsi inspiré la qualité “nourricière et douce” de la tendre ballade finale Little Shadow et le thème de Runaway, sur le paradoxe d’être “toujours en mouvement sans trouver d’endroit où se poser”. Chat devrait parler à tous les globe-rockers.
Supplément calorique : Le remix du single Zero par Animal Collective, que Nick Zinner considère comme la plus belle réussite du chapelet de copies remises par les bons élèves de l’electro débridée (MSTRKRFT et N.A.S.A).
4,9% de vieux copains
Touche pas à mon pote, semblent-ils dire. Même si David Sitek est quasiment passé dans le domaine public, les Yeah Yeah Yeahs ont prouvé leur sens de la (haute) fidélité en renouant avec celui qui offre des ailes à leur musique depuis leur premier Ep en 2002. Cette fois, le binoclard aux doigts d’airain a emporté un copain de Tv On The Radio dans sa besace, Tunde Adebimpe, qui susurre les chœurs de Dragon Queen. Quant au vieux briscard pounk Nick Launay, il rempile lui aussi après la fructueuse expérience éclair du Ep Is Is (2007). Les deux producteurs étaient donc à l’œuvre ensemble mais ne se sont pas pour autant croisés. Si David a passé un coup de polissoir radical à la toute fin, Nick a contribué à l’éclosion des compositions. “Il a fait en sorte qu’on reste ancrés au cœur même de notre personnalité, aussi loin que nous allions dans nos explorations”, précise le batteur Brian Chase dans une de ses rares interventions.
Supplément calorique : Malgré la fin de son idylle avec Jonze, Karen O a eu le chic de continuer à travailler sur la BO de la fable culte enfantine Max Et Les Maximonstres réalisée par son ancienne flamme Spike Jonze (sortie le 10 octobre). Nick et Brian étaient de la partie, tout comme Bradford Cox de Deerhunter et le compositeur attitré des frères Coen, Carter Burwell.
0,1% de mots compliqués
“Totalement”, répondent-ils souvent en guise d’acquiescement (“Yeah” est si galvaudé de nos jours). “Party, party, party”, entonnent-ils pour décrire Heads Will Roll et Zero. Gens de peu de mots, les Yeah Yeah Yeahs contredisent le spectacle rugissant de leurs concerts par une nature franchement réservée. Ils rient, beaucoup, souvent, mais timidement. Ce sens de l’épure se prolonge jusqu’aux paroles de It’s Blitz!, que Karen a désiré “simplifier au maximum”. Histoire de densifier le magnétique champ de mystère qui l’entoure ? Pourtant les Go-Betweens eux-mêmes ont dit l’essentiel sur le sujet : “Karen, yeah yeah, Karen”…
Supplément calorique : L’Amérasienne la joue lo-fi avec son projet parallèle Native Korean Rock & The Fishnets. Dans les cartons également, un premier album solo (produit par son ex beau-frère Sam ‘Squeak E. Clean’ Spiegel), sacrifié sur l’autel de la réconciliation avec son groupe, pourrait révéler des chansons sur la pente douce.
7% de révélation synthétique
À l’annonce que Nick Zinner, ci-devant meilleur-guitariste-de-sa-génération, allait jouer du clavier sur le nouvel album des Yeah Yeah Yeahs, les mines se sont décontenancées, les yeux ont rougi et les promesses de désamour ont été lancées à la cantonade. Il ne fallait pas se mettre dans tous ces états, les amis, car s’il y a bien quelque chose qu’It’s Blitz! prouve, c’est que Zinner réserve souvent le même traitement au synthétiseur qu’à son fidèle compagnon de fortune : larsens conquérants, nappes déchirées, riffs ascensionnels. Si bien que l’identification précise des instruments peine parfois à se faire dans cette zone de trouble assez fascinante. Le sosie de Nick Sirkis d’Indochaïne (sic) a clairement décidé de brouiller les pistes par goût du jeu, et peut-être aussi pour parer à la honte du novice : “Je ne suis toujours pas un expert du synthé…”, sourit-il. “J’appartiens à l’école de ceux qui optent pour une approche ouverte et confiante de leurs instruments quand ils ne savent pas du tout s’en servir ! (Rires.) L’adoption du clavier a entraîné une réaction en chaîne car chacun de nous a modifié son jeu en conséquence”. “C’était un super outil pour dézinguer les formules toutes faites”, enchaîne Karen Orzolek, dite O, qui a ainsi assoupli ses inflexions vocales sur les touchants moments d’accalmie du disque (Soft Shock, Little Shadow, Runaway).
Supplément calorique : Depuis le 19 avril dernier, date du grand raout californien Coachella, la bonne tenue des claviers sur scène en incombe au sévèrement buriné David Pajo, des essentiels Slint, Tortoise… Et surtout de Papa M, comme vous le disent certaines figures de ce noble magazine depuis des siècles.
15% d’amour toujours
On ne donnait pas chair de la peau des Yeah Yeah Yeahs à la sortie de Show Your Bones (2006). Le rôle de médiateur qui échouait jusqu’ici à Brian Chase ne semblait plus suffire pour éteindre les charbons ardents sur lesquels soufflaient sans cesse Karen et Nick, embarqués dans des projets parallèles et des conflits d’ego. Mais finalement le solide lien amical qui unit ces trois-là a tenu. La tournée consécutive à cet accouchement difficile leur a ainsi permis de se raccommoder et même de semer les germes de travaux à venir. “Jouer ensemble et ressentir la réaction du public nous a renvoyés à la véritable nature de ce qu’on faisait”, se rappelle Karen. “Après nous être séparés de notre manager, on a eu la sensation de se recentrer à nouveau sur nous trois. On n’aurait jamais pu sortir cet album si on ne s’était pas poussé à ce point d’inconfort sur Show Your Bones”. Ce qui est une manière pas très polie de dire qu’elle le trouve pourri. (Elle a tort.)
Supplément calorique : Désormais, les Yeah Yeah Yeahs sont tellement cool et zen qu’à l’occasion de leur première prestation à Saturday Night Live le 11 avril, ils ont décrit leur rencontre avec le jeune imbécile Zac Efron, présentateur d’un soir, comme un “délicieux rêve”.
21% d’audace
“Personne de notre entourage ne nous l’a fait remarquer”. Nick Zinner, ton entourage te ment quand il te dit qu’il n’entend pas les accents celtiques de ta chanson Skeletons. Si tout le monde se voilait la face comme toi, Hans Zimmer s’appellerait Michel Legrand, et Braveheart serait un chef-d’œuvre de la Nouvelle Vague. Certains trouvent cette incursion au pays de la cornemuse choquante, nous y voyons une preuve d’audace, un hommage discret à la beauté macho de Glasvegas. Il en fallait aussi dans le futal pour lancer son nouvel album avec des morceaux aussi eurotrash que Zero ou Heads Will Roll. Kanye West a même salué le geste en postant ce dernier en avant-première sur son blog, sans se faire “websheriffer”. Fuité deux mois avant sa sortie, l’album a suivi de près. Dépité, le groupe a eu l’impression qu’on lui “ôtait un cadeau qu’on s’apprêtait à déballer”. Il s’est sûrement consolé depuis avec l’honorable score de 250 000 albums vendus dans le monde jusqu’ici. (Et cent fois moins en France : un record.)
Supplément calorique : Jouer à Tel-Aviv en première partie de Depeche Mode devant 50 000 personnes en pleine visite du Pape, ça vous pose un groupe. C’était le 10 mai au cœur du sublime Hayarkon Park.
10% d’épouvante horrifique maximale
Horrible, cet œil plastique enserré par la lippe carmin de la chanteuse, sur la pochette de Zero. Effrayants, les accents aigus de Dragon Queen, où Karen O gambade à Chinatown, pieds nus sur des bris de boule disco. Terrifiant, le jeu scénique de la miss, tout en jambes écartées, yeux écarquillés et geysers de bière (désormais remplacée par de l’eau, on assume sa trentaine quand même). “Dansez jusqu’à ce que mort s’ensuive”, nous enjoint cette ancienne aficionado du Rocky Horror Picture Show sur le premier single de It’s Blitz!. Depuis leurs débuts dans les clubs new-yorkais il y a neuf ans, ces dignes successeurs des Cramps se sont fixé comme mission de réveiller leurs contemporains par tous les moyens : “À l’époque, les gens se tenaient là, les bras croisés, comme indifférents à notre musique”, se rappelle-t-elle. “On avait envie de les frapper, tu vois ? Leur casser une bouteille de bière sur la tête pour qu’ils ressentent quelque chose, au moins. Notre objectif n’a pas changé aujourd’hui. Secouer les indolents, remuer la marmaille, voilà exactement l’esprit de Zero”, souligne le sosie de Mireille Mathieu de sa bouche éternellement écarlate.
Supplément calorique : Le clip macabro-comique de Heads Will Roll, réalisé par Richard Ayoade (The Mighty Boosh), où une monstrueuse créature aux faux airs de Michael Jackson suscite l’horreur d’un public qui s’aperçoit (trop tard) qu’elle va les dévorer. Le tournage s’est déroulé non loin du Donjon de Londres, “un endroit super flippant et hanté” selon Nick, qui a même retrouvé des traces de vrai fantôme sur ses photos.
15% de nostalgie disco
Régulière de la fameuse soirée Shout!, qui a vu éclore la future scène néo-garage new-yorkaise de ce début de siècle, Karen O assurait le spectacle sur la piste avec ses glissandos et ses bonds d’éclopée. “Je crois que mon personnage est né là-bas, les dimanche soirs au Bar 13”, confiait-elle récemment au magazine Spin. Sur scène, la longiligne chanteuse n’a jamais tu cette énergie séminale née de la danse la plus pure et décomplexée, qui occupe désormais une place essentielle dans le giron des Yeah Yeah Yeahs. Pour qui garde en mémoire les débuts électrico-ébourriffés du groupe, la progression est bluffante. Avec l’intégration des claviers et l’accélération des pulsations qui en a découlé, le trio est devenu une irrésistible machine discoïde alimentée par Giorgio Moroder, Public Image Limited ou Tom Tom Club. Des étincelles de MGMT surgissent parfois mais chut, point trop en dire. Nick situe strictement les inspirations de It’s Blitz! entre 1981 et… 1982. Quand Zinner, c’est l’heure.
Supplément calorique : Les extravagantes tenues colorées, pailletées, chamarrées, démesurées, parfois sexy, parfois clownesques, de Karen O semblent tout droit sorties de l’imagination collective du Studio 54. En réalité il s’agit d’une frêle petite femme, masquée sous le pseudo Christian Joy, qui utilise tout ce qui lui tombe sous la main, d’Éric Rohmer à l’anatomie humaine en passant par les nouilles. Et la protéiforme Karen O assume tout cela sans moufter.
5% d'arty show
Crayonnées, dessinées ou photographiées, les pochettes des albums du groupe ont toujours été mitonnées par des artistes en vue. Sur la toute dernière, Urs Fischer met en scène un œuf qui explose dans la main manucurée de Karen O, exploit irréalisable dans la vraie vie – vous êtes tous invités à le constater par vous-mêmes dans le confort de votre foyer. Déjà enrôlé par le groupe Services pour son Ep Eat Prey Love, le Zurichois s’est maintes fois illustré par des œuvres axées sur des jeux d’équilibre et de défi à la gravité. Mais l’homme n’est qu’homme, et il y a évidemment un truc là-dessous. “Il faut perforer l’œuf en un tout petit trou d’aiguille, et tu peux l’éclater”, ricane Karen de toutes ses belles ratiches. Histoire d’enfoncer le clou, le groupe a aussi fait circuler des bandes annonces vidéos décalées de l’album, qui présentent ses membres comme des personnages d’une parodie de série B façon Tarantino : Karen y incarne la Veuve Noire, Nick, le Scientifique et Brian, le Philosophe.
Supplément calorique : Amateur éclairé d’Henri Cartier-Bresson, Nick Zinner photographie tout le monde : son public, ses fans, ses intervieweurs (votre docile journaliste ici présente en témoigne)… Tous ces instants passés au service de la musique, il en a même fait un livre, You Are All Happy Now, sorti en 2005.
12% d’amour animalier
Un guitariste végétarien. Une chanteuse sachant miauler et croasser en même temps. Un batteur sosie du type qui joue dans La Mouche. Un collage de raton laveur et de pious-pious croquignolets pour annoncer le titre du nouvel album. Inutile de se triturer le steak pour comprendre que le cœur des Yeah Yeah Yeahs penche plus du côté de Brigitte Bardot que de Jean-Pierre Coffe (quoique…). D’amis, ces petits compagnons du quotidien se sont faits muses. Après s’être mis au vert dans une ferme enneigée du Massachusetts, le trio a poursuivi son exil créatif dans le désert du Texas. C’est là, en plein milieu d’un champ de noix de pécan d’El Paso, qu’il a repéré les moustaches de Squeaker, chat sauvage aussitôt rebaptisé et adopté. Le félin a ainsi inspiré la qualité “nourricière et douce” de la tendre ballade finale Little Shadow et le thème de Runaway, sur le paradoxe d’être “toujours en mouvement sans trouver d’endroit où se poser”. Chat devrait parler à tous les globe-rockers.
Supplément calorique : Le remix du single Zero par Animal Collective, que Nick Zinner considère comme la plus belle réussite du chapelet de copies remises par les bons élèves de l’electro débridée (MSTRKRFT et N.A.S.A).
4,9% de vieux copains
Touche pas à mon pote, semblent-ils dire. Même si David Sitek est quasiment passé dans le domaine public, les Yeah Yeah Yeahs ont prouvé leur sens de la (haute) fidélité en renouant avec celui qui offre des ailes à leur musique depuis leur premier Ep en 2002. Cette fois, le binoclard aux doigts d’airain a emporté un copain de Tv On The Radio dans sa besace, Tunde Adebimpe, qui susurre les chœurs de Dragon Queen. Quant au vieux briscard pounk Nick Launay, il rempile lui aussi après la fructueuse expérience éclair du Ep Is Is (2007). Les deux producteurs étaient donc à l’œuvre ensemble mais ne se sont pas pour autant croisés. Si David a passé un coup de polissoir radical à la toute fin, Nick a contribué à l’éclosion des compositions. “Il a fait en sorte qu’on reste ancrés au cœur même de notre personnalité, aussi loin que nous allions dans nos explorations”, précise le batteur Brian Chase dans une de ses rares interventions.
Supplément calorique : Malgré la fin de son idylle avec Jonze, Karen O a eu le chic de continuer à travailler sur la BO de la fable culte enfantine Max Et Les Maximonstres réalisée par son ancienne flamme Spike Jonze (sortie le 10 octobre). Nick et Brian étaient de la partie, tout comme Bradford Cox de Deerhunter et le compositeur attitré des frères Coen, Carter Burwell.
0,1% de mots compliqués
“Totalement”, répondent-ils souvent en guise d’acquiescement (“Yeah” est si galvaudé de nos jours). “Party, party, party”, entonnent-ils pour décrire Heads Will Roll et Zero. Gens de peu de mots, les Yeah Yeah Yeahs contredisent le spectacle rugissant de leurs concerts par une nature franchement réservée. Ils rient, beaucoup, souvent, mais timidement. Ce sens de l’épure se prolonge jusqu’aux paroles de It’s Blitz!, que Karen a désiré “simplifier au maximum”. Histoire de densifier le magnétique champ de mystère qui l’entoure ? Pourtant les Go-Betweens eux-mêmes ont dit l’essentiel sur le sujet : “Karen, yeah yeah, Karen”…
Supplément calorique : L’Amérasienne la joue lo-fi avec son projet parallèle Native Korean Rock & The Fishnets. Dans les cartons également, un premier album solo (produit par son ex beau-frère Sam ‘Squeak E. Clean’ Spiegel), sacrifié sur l’autel de la réconciliation avec son groupe, pourrait révéler des chansons sur la pente douce.