La nouvelle coupe au bol de Karen O est aussi catastrophique que le deuxième album de son groupe est réussi. La fashionista new-yorkaise problème central des Yeah Yeah Yeahs pour les malchanceux privés des joies dopantes de Fever To Tell aura d'ailleurs beau s'at-teler tout entière à l'entretien méticuleux de son impopularité (en plus d'un mauvais coiffeur, les conditions restrictives interviews distillées au compte-goutte et uniquement par téléphone, sessions photos proscrites , et la paranoïa générale qui entourent la sortie de ce nouvel essai), qu'elle ne parviendrait pas à nous détourner de l'essentiel : une poignée de chansons indispensables dont elle sait rendre mieux que personne toute l'intensité dramatique préméditée dans l'écriture tendue et complexe de ces onze titres. Si le premier single Gold Lion, en ouverture de l'album, semble difficile à dompter (au début, on dirait une Joan Jett féroce reprenant We Will Rock You), on vous somme, avant de mon-trer les dents, de jeter une oreille à Dudley, placé en septième position : c'est la colonne vertébrale de Show Your Bones, le morceau qui indique immédiatement que toute cette histoire tient debout. Un Phil Spector africain semble avoir édicté le son de batterie, la mélodie est instantanée et grâce à quelques notes emprein-tes d'une mélancolie toute new-wave, le mur du son des guitares semble flotter en apesanteur tel le monolithe noir de 2001 : L'Odyssée De L'Espace. Allô la Terre ? Inutile, il n'y a plus âme qui vive. Les Yeah Yeah Yeahs terrassent concurrents et ennemis en trois minutes trente. On peut dès lors rester en orbite et se tourner vers Turn Into, final en forme d'apothéose où Siouxsie croise le fer avec Blondie. Même combat, et même victoire insolente, marquée ici par la plainte aiguë d'un Theremin. La production est impeccable, les arrangements beaucoup moins rachitiques que par le passé, et surtout, les chansons sont là. Cheated Hearts en est une autre, et après l'écoute de ces trois titres empoisonnés, il y a fort à parier que vous trouverez toujours quelque chose à aimer (le solo de guitare squeletti-que, mais néanmoins épique à vous soulever le coeur de Fancy, par exemple), et plus rien à redire sur l'ensemble de Show Your Bones. Karen O n'a pas de bol, mais pas mal de pot sur les os.