Pour beaucoup, Yann Tiersen passe encore pour un doux mélancolique, ce que sa très raisonnable BO pour le film Good Bye Lenin! aura encore confirmé auprès de beaucoup. Pourtant, ce n'est pas faute de s'être entouré de gens particulièrement déraisonnables, à commencer par Amélie Poulain, la plus psychotique de toutes, cette dingue à frange, sourire vissé sur la bouche et cuillère brandie dans la main, qui s'immisçait sans coup férir dans les appartement des autres, mais passait étrangement pour une fille bien. Il n'en va pas de même pour Shannon Wright qui, pour sa part, n'en finit plus de concurrencer la folle de Chaillot dans le coeur des Français les plus secoués. Une rencontre entre les deux artistes balayerait-elle ces malentendus, ou alimenterait-elle encore davantage les a priori dont pâtissent l'une et l'autre ? C'est heureusement la première de ces deux options qui s'avère être la bonne. Tiersen semble canaliser quelque peu la folie rentrée de la chanteuse, sans pour autant la diluer, quand la présence de l'imprévisible américaine incite le compositeur à revisiter les facettes les moins policées de sa musique. Sans réveiller de vieilles susceptibilités, on pourrait même rapprocher cette collaboration de celle que Pascal Comelade initia avec PJ Harvey pour l'excellent album L'Argot Du Bruit (1998). Plus vraisemblablement, Tiersen semble poursuivre avec Shannon Wright ce qu'il n'avait fait qu'entamer avec Lisa Germano. Son travail y gagne en intensité, même si cette collaboration semble n'en être qu'à ses balbutiements, et qu'elle n'a visiblement pas donné toute sa mesure.