Le yacht rock est une branche de la musique
californienne personnifiée par Michael McDonald, Kenny Loggins ou Toto, des
barbus vêtus de chemise à fleurs dont la musique très produite invitait, à l’orée
des années 80, à apprécier la conduite automatique et les cocktails à la
liqueur de curaçao. Le gringalet et marin d’eau douce Jona Bechtolt n’en a
retenu que la bonne humeur et le dédain du bon goût le plus cartésien. Ce natif de Portland
n’a de plaisancier que le nom et, sous celui de Yacht, sort un album
remuant et électronique dont la traversée de l’Atlantique aura pris huit mois
pour une distribution française. Ce que ce doux excentrique gardait en cale ne
s’est pas gâté : See A Penny (Pick It Up)
reste le meilleur single des Fiery Furnaces depuis Here Comes The Summer (2005), We’re
Always Waiting et son refrain à la Paris Hilton (“We want all that stuff, all that stuff that cost too much”) signe
le retour enfin constructif des Moldy Peaches, quand Platinum et Don’ Stay In Bed
accueillent celui de l’humour chez LCD Soundsystem en lieu et place de l’ironie
snob. Une sélection désopilante, déhanchée et versatile pour une œuvre efficace
qui ne consiste pas seulement dans le déversement du contenu du coffre à jouets
d’un nouveau prodigue américain. Avec la bouille de Julian Casablancas, le
phrasé de Scroobius Pip, l’inventivité de Ween et la manie de dessiner sur ses
pochettes des ancres à la manière des logos sur les cachets d’ecstasy, Jona
Bechtolt s’affiche en garnement magnifique, le seul pour lequel on voudrait
pousser la ritournelle de Michel Legrand : “Les marins sont bien plus marrants que tous les forains réunis”.