Jamie Stewart est un sadique, lui qui n'affectionne rien
tant que de composer de parfaites pop songs pour ensuite s'acharner avec un
malin plaisir à les saboter, les torturer, leur arracher les tripes et les
coucher sur un album. Dans précédente livrée (La Forêt, en 2005, successeur du sommet de 2004, Fabulous Muscles), le leader des cultes
Xiu Xiu n'y était pas allé de main morte, ne laissant au final à écouter qu'un
tas de cadavres de chansons dissonantes et électroniquement défigurées. Avec The Air Force, c'est tout autre chose.
Déconstruction sonique il y a, mais pour un résultat d'une beauté affolante.
Comme toujours chez Xiu Xiu, l'atmosphère est au tragique absurde, avec ici un
penchant égal pour la tendresse et la violence. Mais peu importe le traitement
que Stewart leur inflige, le cœur des chansons s'avère absolument invincible.
Ainsi, Save Me Save Me, Vulture Piano ou Hello From Eau Claire possèdent une pureté mélodique imparable,
inaltérée sinon renforcée par les étranges et multiples instrumentations dont
elles sont affublées, dissonances, distorsions, attaques de rythmes
électroniques ou hurlements. Ce tour de force fait deThe Air Force le meilleur album de Xiu Xiu à ce jour.